LES IDÉES DE MON GUIDE
ger; j'y débarquai avoc mon guide, Samsou Fiskekjua, qui m'avait été recommandé comme fidèle et familier avec les montagnes. Samson était un célibataire de quaranle-cinq ans, lionnête quoique peu brillant, et dont j'ai conservé le meilleur souvenii'; bavard et amusant, il connaissait bien les manières des gens de la ville à la suite de fréiiuentes visites à Stavanger. Samson devait hériter d'une ferme bien fournie à la mort de son père, âgé pour lors de quatre-vingts ans; il la dirigeait et agissait déjà comme propriétaire ; sa mère avait à peu prés le même âge que son mari.
Avant d'arriver chez lui, il crut devoir s'excuser sur la simplicité de sa maison, qui, disait-il, ne serait pas agréable à un Américain. Il se les imaginait tous millionnaires et vivant dans le luxe. Ayant entendu parler de la Califoi'iiie et de l'Amérique comme du pays de l'or, naturellement, chacun était amplement fourni de ce précieux métal. 11 commença par dire que les vieux seuls étaient à la maison, et que l'on ne trouverait point de lait, puis(iuc le bétail paissait au saeter; la nourriture serait trop simple pour moi, sa mère ne saurait comment la faire cuire et il craignait qu'il n'y eût trop de puces ; linalement, il me suggéra ^^ l'idée d'aller au presbytère. Je lui dis que je ferais mieux de descendre ^^^d'abord chez lui, et ensuite au presbytère, après avoir reçu l'invitation ^^^^ pasteur. Une course de deux heures dans la pittoresque vallée de ^^^Hedal, le long d'une claire rivière, nous fit atteindre sa ferme, où je vis ^^^^■1 père fendre du bois avec une force qui lui promettait encore vingt ^^^nnées d'existence au moins. Le vieux couple me reçut fort bien.
Un bon nombre de fermes étaient disséminées prés de là, et non loin de l'église. Je me dirigeai vers le presbytère, oii le pasteur, célibataire de vingt-ciiK] ans, me reçut très frijidement et non pas comme un Norvégien, bien qu'il n'y eût rien d'impoli dans son maintien. Je fus passablement surpris de cette rècei)tion peu habituelle. Tons mes efforts pour faire sa connaissance demeurèrent infructueux; je lui donnai ma carte : mais cela ne me servit de rien, car il n'avait jamais entendu mon nom, ni vu un de mes ouvrages traduits. A ma question s'il lisait le Skilling Magazine (qui de temps en temps avait donné des récits de mon voyage en Afrique), il ré|)ondit d'une voix sonore : « Je ne lis jamais le Shilling Magazine! » Je perdis donc tout espoir d'une invitation au presbytère et je pensai avec effroi aux millions de i)uces qui viendraient
m'assaillir pendant la nuil ; j'avais passé par cette épreuve peu de jours auparavant et je ne me souciais pas de recommencer si tôt rexpérience; je savais que, si Samson s'en plaii^nait, c'est que le nombre en devait être prodigieux; car ces gens n'y font pas alteulidu quand il n'y en a que cinquante ou soixante dans le lit.
J'allais me retirer, lorsqu'un autre vénérable ecclésiastique, venant du uoid avec sa femme, entra dans le parloir. J'entamai une conversation avec Un ; mais, quand je loi eus dil que, dans un été, j'avais Iraversé le pays, de la Bailique an cap Nord, cl de Bodûà Lulea, il me contredit netlement, eu disant que cela ne se pouvait pas; en un nujt, le révérend genlleman me traitait de menteur. J'en conclus que ces deux dignes messieurs me prenaient pour quelque chenapan, ou pour un agent d'émigration d'Amérique. Si tel fnt le cas, je ne m'étonne pas qu'ils m'aient mal reçu, car de tels individus ne sont pas populaires. 11 faut (lu'il y ait eu quelque raison de ce genre, car, pendant tous mes voyages, c'est le seul exemple où je n'aie pas reçu le chaud accueil norvégien. Lorsqu'à mon retour chez Samson je lui contai cette histoire, il eu rit de bon cœur. Je m'écriai alors d'un ton triomphant : « Ne vous avais-je pas dil (\n"\\ valait mieux aller au presbytère sans bagages? » Pendant uuin absence, une métamorphose complète s'était opérée dans la ferme, où tout était luisant et jjropre; du pain, du beurre, du fromage et du lait caillé couvraient la table, et les bonnes gens s'excusèrent de ne point avoir de lait doux, parce (pie les vaches se trouvaient dans les montagnes. Je dormis ma porte ouverte, car la nuit fut très chaude; je ne crois pas (jn'ils aient ibunii du toiil, atl(Midu qu'à (piatre heures du malin, ils m'olfrireiil le c.dè en me pressant de manger, parce que j'uvuis une longue route ilevanl nmi.
Je partis avec deux bateliers et une femme tenant son enfant dans ses bras. Il n'y avait que peu de temps que nous naviguions, lorsque nous arrivâmes devant une belle maison blanche, résidence d'un Slorliiingsmand, où nous descendîmes. L'hùle n'était pas chez lui ; mais son aimable fenuue, ipii avait été prévenue de ma visite, m'attendait et parut désappointée (juand je lui eus dit (pie j'avais passé la nuil dans la ferme de Samson. Bien que je lui aflirmasse que j'avais d(qeuné, elle insista pour que je prisse un autre re])as.
La vallée du Suledal, prés de rextiémilé basse du lac, est très inlè-