DANS LES MONTAGNES
ressaiile pour ranli([iiairo en raison dos nombreux tiimuli ou tombes des époques païennes, dont (piebpies-unes sont creuses, de forme circulaire, et entourées de pierres; d'autres sont carrées. Eu remontant le lac, nous pûmes voir lessentiers conduisant aux saeters, et des plaques de neige sur les montagnes. Après avoir rnmé pendant quatorze milles, nous prîmes terre à Naes, sur la rive droite, près de l'extrémité supérieure du lac, d'oià un sentier conduit aux nombreux saeters placés entre les lacs Suledal et Rôldal.
La route qui passe sur les montagnes jusqu'à Rôldal côtoie d'abord un torrent que l'on franchit sur un pont ; on laisse derrière soi de nombreux saeters où l'on nous offrit du lait. Vers la fin du jour, le soleil disparut, dorant de ses derniers rayons les collines et les montagnes couronnées de neige. La nuit nous surprit dans de sombres ravins, pend;int que nous descendions à Botten, oîi nous ne trouvâmes à la maison que la tille, son père et sa mère étant partis pour le saeter.
De Rôldal, un sentier conduit par un pays sauvage à la vallée de Valdal. Mon intention était de passer l'été, ou du moins jusqu'à l'apparition de la neige, de saeter en saeter, sur les plateaux des montagnes de Hardanger. Le meilleur moment pour gravir les montagnes est le commencement d'août; la plus grande partie de la neige a disparu, les eaux des courants sont basses, on peut les passer à gué sans danger et l'on traverse assez facilement les marais. Je me procurai vm bon guide, qui dut prendre son cheval, non pour le monter, mais pour porter nos provisions. Un cheval n'est point un embarras dans la région du Rôldal; en général, on peut gravir les collines plus vite que le poney; mais, dans les endroits difficiles, un cheval de montagne, habitué à se rendre aux saeters, a le pied très sûr et ne glisse pas sur les pierres ; si on le monte, on n'a pas besoin de le guider, et on peut laisser flotter les rênes sur son col. Les chevaux trouvent leur nourriture tout en marchant; ils peuvent endurer de grandes privations, la faim et le froid. J'avais un fusil avec moi, non pour me défendre, mais pour me pourvoir de gibier, si possible.
Le sentier, en (piittant Rôldal, monte graduellement le long de la rivière Valdal, et, sur la rive gauche, on voit la blanche colonne do la Risp foss; en descendant de nouveau et en traversant le courant sur un
pont, nous vîmes, sur le bord opposé, le sentier conduisant au lac Staa et à Thelemarken supérieure.
Sur la rive droite de la Valdal, on rcnconlre beaucoup de saeters et de sentiers qui s'embranchent dans toutes les directions. La rivière coule pendant quelque temps à travers un pays plat, constellé de beaux pâturages et de petites fermes. Un autre cours d'eau se jette dans la Valdal et forme une magnifique cascade de 1,000 pieds, au-dessous de laquelle le courant est si rapide, (pie notre cheval eut de la peine à se tenir sur ses pieds pour passer le gué. A 12 milles de Rôldal, nous arrivâmes en vue du lac Valdal; les montagnes descendent en pentes douces jusqu'au bord, près duquel se trouvent plusieurs saeters. Des troupeaux de bétail venus des montagnes pour se faire traire, paissaient sur les bords verdoyants, et, plus liant, à notre gauche, était le saeter Bakken. A la pointe du lac. In fumée s'élevait en spirales du saeter Valdal, et nous entendions les cris des filles appelant le bétail qui revenait lentement, en broutant le long du chemin. Nous suivîmes le bord du lac jusqu'à son extrémité supérieure ; de tous les saeters, on nous regardait, et l'on se demandait qui nous pouvions être, car on n'attendait personne des fermes.
A notre arrivée, on nous pria d'entrer dans la maison, qui était aussi confortable qu'une ferme, et les salutations d'usage suivirent; on nous fit passer du lait, et, après y avoir goûté, nous rendîmes le vase avec des remerciements. Quand ils apprirent que j'arrivais d'Amérique, ils me regardèrent avec surprise et s'écrièrent : « Fra Amérika ! fra Amérika ! » Je fus alors d'autant mieux accueilli que Nels, le fermier, avait une fille mariée aux États-Unis. Il était arrivé d(> la ferme la veille pour rapporter chez lui le beurre et le fromage qui avaient été faits; il demeurait très loin, sur le fiord Sûr, une des branches de l'Hardanger. Sa famille était nombreuse, et il représentait le type du Norseman (homme du Nord, norse), hospitalier, mais iicu déinonsli'atif, avec sa bonne et large figure.
Trois de ses filles passaient l'été au saeter, — Synvor, Marthe et Anne, — pleines de santé et blondes comme des descendantes desVikings aux cheveux cendrés. Synvor, l'aînée, d'une stature un peu courte, avait di.x-neuf ans; Anne en avait dix-sept; elle était grande, musculeuse, auxyeuxbleus perçants, et très capable de se suffire à elle-même; elle aurait parfaitement posé pour modèle de Valkyrie; Marthe, avec ses