LES FILLES DU FERMIER NELS
seize ans, ses cheveux d'or, et ses doux yeux bleus, était de complexion délicate. Toutes trois passaient pour les plus belles filles de l'Hardanger et de jeunes fermiers avaient déjà essayé de gagner leur cœur. J'admirai ces filles du Nord, élevées en plein air, nourries simplement, habituées au travail et dégagées des entraves de la toilette à la mode.
Je ne connais pas de climat plus sain que celui des saeters en juillet et en août, surtout lors(iu'ils sont à 3 ou 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. A cette élévation, l'air est plus bienfaisant et plus fortifiant, même pour les Norvégiens cjui vivent sur les bords des fiords ou dans les vallées basses. L'air qui souffle sur le vaste plateau montagneux et stérile est particulièrement sec et exhilarant. Les elïets se font promptement sentir: l'appétit augmente et souvent un malade en est revenu chez lui en pleine santé.
La vie de la montagne est active, et les filles sont occupées depuis le lever du soleil jusqu'au crépuscule. Les pâturages appartenant à ce saeter s'étendent dans les montagnes voisines et suffisent à 52 vaches laitières, à huit autres, et à quatre chevaux. Le bétail appartenait à trois fermes différentes, y compris celle de Nels ; quelques bestiaux venaient du fiord Sûr, distant de 50 milles ; deux des filles de Nels avaient la surveillance de ceux qui ne lui appartenaient pas, et on les payait pour cela. Le lait de chaque troupeau était mis dans les vaisseaux de la ferme d'où venaient les vaches et on faisait de même pour le beurre et le fromage. Le peuple est si honnête, que pas un fermier ne craint que les filles favorisent l'un au préjudice de l'autre, ou qu'elles mettent du beurre ou du fromage dans des vaisseaux autres que ceux de leurs propriétaires légitimes.
Un grand enclos, entouré d'un mur de pierres, contenait une belle prairie, dont on coupait et séchait l'herbe afin de l'emporter sur des traîneaux pour l'hiver. Plus de 20 vaches laitières paissaient dans les saeters de Valdal, outre un grand nombre de génisses, de veaux et de chevaux. On gardait les veaux à la maison; matin et soir, on les nourrissait avec une mixture de lait écrémé, de farine et de sel; si le lait manquait, on le remplaçait par de l'eau chaude, dans laquelle on faisait infuser des branches de genévrier.
A quatre heures du matin, nous fûmes réveillés par le tintement des cloches que certaines vaches portaient au cou; elles venaient d'elles-
mêmes des montagnes pour se faire Iraiie et les filles se levaient. Aussitôt elles se mettaient à l'œuvre, après avoir bouclé autour de leur taille une ceinture à laquelle pemlail une corne remplie de sel que l'on donne aux vaches, aux chevaux el aux moutons, le malin et le soir, quand ils vont aux montagnes ou qu'ils en reviennent.
Après avoir fini de traire les vaches, les filles les dirigent par un autre sentier vers de nouveaux pâturages, où elles vont et d'où elles reviennent d'elles-mêmes, ipiand elle connaissent le chemin. A leur retour les filles vont dans la cluuahre au lait, dont elles ont soin de fermer la porte; elles enlèvent la crème qui s'est formée, la mettent dans la baratte et en font du beurre. D'autres emportent les vaisseaux vides à la rivière, où elles les frottent en dedans et en dehors avec le sable fin du bord, puis avec des branches de genièvre, et eidln les rincent dans le couiant. Généralement, les seaux sont en lilanc pin, on les tient propres et sans une tache. Le jour du fromage est aussi une glande occupation, et l'ouvrage se fait de la même manière. La chambre où l'on conserve le lait était merveilleusement propre; sur les planches, on voyait plus de 1 oU seaux i)leins de lait, chacun d'environ 20 pouces de diamètre et 5 de profondeur, en bois de pin blanc et cerclés; les seaux pour traire étaient siu' Ir plancher, prêts à servir au moment voulu. Plusieiu's barils pour le lait écrémé et le lait de beurre, d'autres pour le beurre, étaient rangés dans un ordre parlait.
Le dimanche, quand elles ont fini de traire les vaches, les filles procèdent à leur toilette comme si elles allaient se rendre à l'église; elles mettent du linge blanc, leurs robes et leurs souliers des jours de fête. Celles-ci porlaicnt, comme leiu' mère, des jupons en étoffe de laine d'un bleu foncé, avec des corsages de mém(> couleur. Lesjupons étaient bordés tout autour d'un ruban vert; le corsage ouvert laissait voir un mouchoir brodé avec de l'or. Chacune avait pour coiffure un petit bonnet blanc qui semblait n'èlic posé sur la tète que pour tenir les nœuds de leur luxuriante et épaisse ciicvchu-e. On ne procédait à aucun ouvrage, sauf celui absolument nécessaire: un membre de la famille lisait la Bible et chantait des hymnes de louange. Après le dîner, on allait se visiter de saeteren saeter et l'on passait l'après-midi de la manière coutumière au pays.
Je traversai le cours d'eau pour aller voir des amis de Rôldal, (jui