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LA NEIGE ROUGE

encore et nous arrivâmes à plus de 4,000 pieds au-dessus de la mer. Les i'liam|)s de ueige augmeiitaii'iil de pi-npdiiioii, et nous dûmes en traverser un long d'un mille et demi : de Idin cii loin apparaissaient des traces de renne sauvage. Tout à coup nous (niuvàmos une étendue de neige rouge au milieu de la blanche, la première que j'eusse encore vue. Je m'imaginai ipron y avait tué un renne et que la neige était teinle de son sang. « C'est de la gaiiunel snn (de la vieille neige), » dit mon guide. A mesure (|ue nous avancions, les taches colorées de rose devenaient plus nombreuses; queltpies-unes avaient 15 pieds de long ; l'effet en était surprenant. On trouve toujours cette neige rouge dans les grandes fla(jues fondantes, et celte couleur est principalement due à la présence de minuscules organismes végétaux contenant un li(piide rouge huileux, l'algue, connue comme haematococciis (protococcus) iiirt/fis. Seliiii Elircnberg. ce seraient aussi des animalcules qu'il appelle philudina roacula. Puis nous passâmes sur la limite de Vasdals-Eggen, où les montagnes, largement c(mvertes de neige, vont dans la direction du nord-nord-ouest. Quand nous eûmes parcouru ce plateau pendant environ trois heures , nous vîmes (pi'il descendait vers l'est, et un piétinement l'aliganl dans la neige rouge nous amena en vue du lacBjôrne; du bétail broutait sur' ses bords, et, non loin de là , j'aperçus des s[)irales de fumée sortant d'un pifjp sacter (saeter tenu par une hlle) dans ces montagnes, demeure du renne sauvage .

Chaque année, vers la fin de juin, un fermier du tiord Hardanger ou de Rôldal, accompagné de deux filles, avec un troupeau de vaches laitières, traverse ces montagnes. Pendant l'été, on laisse les fdles pour prendre soin du bétail et s'occui)er de la laiterie.

Il était tard (piand nous arrivâmes en cet endroit solitaire; les lilles sortirent iioin- voir quels pouvaient être les étrangers, et disparurent soudain à notre approche, afin de mettre leurs plus beaux vêtements pour nousrecev(jir. Elles portaient le costume des filles de Rdidal, avec leurs bonnets coquettement posés sur la tète ; l'une avait des bas rouges, l'autre des bleus.

Les petites maisons, en pierres brutes, étaient situées l'une à côté de l'autre; les murs avaient environ 30 pouces d'épaisseur et l'ai'riére s'appuyait sur un monticule déterre; les toits étaient formés de grandes

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dalles soulenues iwr dos planclirs mises en long, largement espacées, avec des madriers en travers; par-dessus, on avait étendu de la terre pour empêcher le vent de s'introduire, et, sur cette terre, l'herbe avait poussé; le plancher se composait de larges dalles de schiste. La cheminée, construite à l'extérieur, était couverte à son sommet d'une pierre plate, pour empêcher l'entrée de la [iluie, et la porle consistait eu bois lourd et grossier.

On nous pria d'entrer, et je fus frappé de l'extrême propreté et de l'ordre de la chambre, dont l'unicpie ornement était un petit miroir sur le mur; une seule fenêtre de 20 pouces sur 14, avec cpiatre iietiles vitres, permettait au jour d'entrer; auprès de la cheminée se trouvaient une poêle à frire et une bouillotte à café ; un chaudron île cuivre, dont l'intérieur brillait comme de l'or et contenant de l'eau, pendait au-dessus du feu. D'un côté, il y avait des planches sujjportant des rangées de seaux pleins de lait et devant fournir la crème pour le beurre; au milieu de la chambre, sur le sol, une simple couche de foin cpie des morceaux de bois empêchaient de se répandre dans la chambre; des couvertures en laine et des peaux de mouton servaient de couvertures; sur une corde tendue en travers, pendaient les vêtements. Dans un coin, on avait entassé une provision de genévrier et de saule pour combustible, dont on usait avec beaucoup d'économie, le bois étant très rare.

Les filles ne reçoivent de visite de la ferme iin'iuie fois durant l'été, parce que la route sur les montagnes est fatigante et la distance de 90 milles. Auprès de la maison, il y en avait une seconde un peu plus petite, qui pouvait avoir servi à une autre famille; on y conservait les barils de lait aigre, le fromage et le beurre, et de grandes quantités de branches de genévrier; tout à côté, mais construite bien plus grossiéreremenl, on avait élevé le troisième bâtiment du saeter. L'érection de ces maisons en un tel lieu ne doit pas avoir été chose facile ; car le bois, les solives, les portes, les idanches ont été apportées de longues distances et rassemblement des pierres et la confection des murs ont été aussi des œuvres de patience.

Les filles se montrèrent charmées de notre visite, et, quoiqu'elles ne nous connussent pas, elles n'étaient pas effrayées le moins du monde. Ambiôr, la plus jeune, avait dix-huit ans, et Marthe environ

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