‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 84 sur 147 · BON REPAS ET MAUVAIS LIT · texte numérisé non relu

BON REPAS ET MAUVAIS LIT

vingt-six; elles élaienl filles de fermiers ; — Tune liabilail sur le fiord Hardanger, et l'autre sur les bonis du lac Roldâl. Immédiatement après noire arrivée, elles préparèrent un repas pniir nous; un petit coffre fut converti en table sur laquelle une serviette blanche servit de nappe; elles firent frire des tranches de lard, et placèrent devant nous des pommes de terre (qu'elles me ])arurent bonnes!), restes de leur repas du dimanche, du fromage, du beurre et des galettes. Déplus, elles mirent à notre portée un grand baipiet de lait portant une belle crème épaisse, où nous pouvions puiser nous-mêmes. Quand tout fut prêt, elles nous dirent : « Soyez assez bons pour manger ce modeste repas; nous sommes au saeter et non à notre ferme, vous h? savez, et nous ne pouvons rien vous offrir de meilleur. » Tout me iilut mieux que les i)lals les plus fins d'un banquet, car j'avais graud'faim. Elles firent du café, qu'elles nous servirent après le repas.

A peine avions-nous fini de manger, que le tintement des clochettes des vaches avertit Ambiôr et Marthe que l'heure de traire était venue. Elles ôtèrent leurs belles chemises, les remplacèrent par leur tenue de travail, remplirent leurs cornes de sel, et, prenant leurs seaux, furent bientôt occupées avec leurs vingt-deux vaches laitières, qui étaient revenues d'elles-mêmes du pâturage: les animaux reçurent du sel et se couchèrent pendant quelque temps autour des huttes. Samson, mon guide, alla loger mon cheval dans un saeter éloigné de trois milles, et tenu par un homme; il avait été décidé que Paul ne pouvait pas s'y arrêter, parce que ce saeter était malpropre, sans confort, et infesté de puces.

Quand vint le soir, on procéda aux préparatifs du coucher. Les fdles enlevèrent les barrières en bois du lit et étalèrent Therbe sèche, sur laquelle elles étendirent les couvertures de laine ; nous nous couchâmes tous avec nos habits, mais nous ôtâmes nos souliers et nos bas- Il n'y avait qu'un lit pour tous. Samson ronflait si fort, qu'il ne nous fut pas possible de dormir; nous aurions voulu le voir dans l'autre saeter, mais il nous fit rire toute la nuit. A quatre heures, nous fûmes réveillés par les clochetles des vaches qui appelaient les filles pour venir les traire.

La contrée environnante était belle; do l'autre coté du lac, on apercevait Saucrflol, vaste plateau onduleux. L'aspect de la nature était

sévère, car la verdure ne venait donner ni couleur ni variété au paysage; les lacs gisaient cachés au-dessous, dans les profondeurs, et les vallées, à travers lesquelles serpentaient les courants liiluitaires ressemblaient de loin à des ravins Idiliieux el smnlires sur ces immenses plateaux rocheux. Une vue grandiose était celle de l'ouest, où les chaînes du Vandal-Eggen, et des Nups-Eggen, s'élèvent à o,530 pieds; leurs pics et quelques-uns des plateaux étaient couverts de neige, et les ravins en paraissaient remi)lis.

Je demeurai i)iusieursjours au saeterDiôrn-Vand. parce queSamson élail ;dlé vnii' ini de ses amis dans la niiiiil;igiie. .le passai le temps à

Le saiHer Oioin-Vaiul.

chasser et à errer seul dans cet espace sauvage ; Marthe et Ambiôr ne cessaient [)as de s'éliinncr que j'eusse Iraversé le grand Océan. Elles prirent grand soin de inui, tout en n'él.inl pas salisfailes, car je ne buvais ni ne mangeais assez à leur gré; quand je parlais le malin, il s'élevait toujours nue discussion au sujet des provisions dont elles voulaient me charger plus que de besoin. Quand j'étais prêt pour mon excursion de la journée, elles me disaient : « Ayez soin de revenir avant le soir, car vous auriez de grandes dilTicullés à tnaivcr voire chemin dans l'obscurité! » et les deriuers mois (pu' j'entendais él.iicnl liuijdnrs : Velkonimnn lilbacje (Vous serez le liienvenu à votre retour]. Comme toutes les lilles des saeters elles s'occupaient toute la journée. Quand je rentrais le soir, je les trouvais généralement réparant les filets, qu'elles

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