DEUX LETTRES DE SOUVENIR
allaiolit cnsuilc Iriiilcc à l'cniljoiiclnirt' du ]u'(it cours d'eau qui se ji'lail dans le lac, afin d'y inciidi'c des Iriiilcs pour mon déjeuner du lendemain. Frites dans le licnri'e, ces huiles me semblaient délicieuses.
Le soir du 8 août, le temps changea tout à coup, et le vent glacial du nord souilla dans les interstices de la Imite. Il faisait si froid sur les hautes montagnes que les vaches revinrent au saeter, qui était plus bas et où il faisait beaucoup plus doux; les clochettes nous réveillèrent. Les lillt's siirlireiil poiu' voir ce ipie cela Vdulail dire et comptèrent les vaches afin de s'assurer (pruii iiurs n'était pas venu mettre le trouble dans le troupeau. Le malin, nous nous aperçûmes (ju'unc gelée blanche couvrait le soi.
Le jour de notre départ, ces demoiselles nous servirent un déjeuner substantiel avec deux tasses de café. Marthe, qui avait remarqué que je ne portais que des chaussettes en coton léger, insista }i(jur me donner de gros bas de laine qu'elle me fit chausser en allant au lit. Ambiôr y ajouta de gros gants et un fromage qu'il me fallut emporter. Elles tinrent à m'accompagner jusqu'au déversoir du lac, que je traversais à gué lors de mes excursions de chaque jour. Nous nous séj)arâmes en cet endroit, et, lorsque je mis le pied dans l'eau, je glissai dans leurs mains un peu d'argent, en les remerciant de leur amabilité, de leur hospitalité, et de leur confiance en moi. « N'oubliez pas de venir nous voir. Nos pères et mères, nos familles, seront heureux de vous recevoir. Bon voyage, Paul, et que Dieu soit avec vous ! » tels furent leurs derniers mots. Depuis, je suis allé dans leurs fermes et nous avons entretenu une correspondance; seulement, depuis quelque temps, je n'ai plus de nouvelles do Marthe; peut-être est-elle morte, ou suis-je oublié. — .l'ai été plusieurs fois à la ferme d'Ambior, car elle se trouvait plutôt sur mon chemin. La dernière lettre m'apprenait qu'elle était mariée. Qu'elle soit heureuse, c'est le souhait sincère de son ami Paul.
Je clos ce chapitre en donnant au lecteur la Iradiiclinn d'une lettre que j'ai reçue d'elle, et d'une autre de mon guide dans les montagnes.
Herr Paul du Guaillu. — J'ai reçu liici- ta ijoniie Jclln' du 21- ctécembre, avec le présent qu'elle coutenait pour moi; acceptes-eu mes plus cordiaux remerciements. J'ai vu aussi par ta letlie que tu te portes bien, ce qui me fait grand plaisir; je puis aussi l'assurer que, mes irens et moi, nous sommes tous dans notre
sanlé liabiluelle. Connue il s'était écoulé Ijeaucoup de temps sans nouvelles de loi,
jt' craignais que tu ne m'eusses entièrement oubliée, jusqu'à ce que j'eusse reçu la première lettre du 9 novembre, pour laquelle je te remercie également du lond iluro'ur, car ces lettres et le piéseut luouvent le contraire; tu excuseras ma négligence à répondre à la première.
Je vois par tes lettres (pie lu as foi'uié le projet de venir ici au in'intemps (irodiain; je t'assure que j'allends ce moment avec inq)atience. l't tu me permettras de le demander de m'iiirornier de l'époque on je de\r.\i t'atlendic.
lieniis les alTectuenx son\iMiiis de ton amie.
AiiBioiî ÂLsnoïTi^u.
Hehu Paul du (liiAlixr. — Niels 0. 0\erland. de Sonde, se sou\ieiit coidialeinent de toi ; c'est pourquoi je prends la plume pour l'informer de ma santé. Je n'oublierai jamais le |ilaislr (pie nous avons en (piand nous étions ensemble aux saeters deHaiiKelid. près Holdal. J'ai conservé connue somenir de ce temps le petit pot d'étain que tu m'as donné. Maintenant je te dirai comme nouvelle que je me suis marié le ^0 juin 1875, à la s(eur d'.\mbior, un peu plus âgée qu'elle et qui ne se trouvait pas à la maison lorsque tn \ Ins. Elle était servante chez mes parents de Sonde. Elle s'appelle Bertlie 0. Il \ a huil jouis, j'ai été a\ec mon lieaupère à Ole-Yraalsey ; j'y ai vu le cadeau que tu as eii\o\é à Ambior. et j'ai lu ta lettre. Je vois que tu as riiiteutlon de \isiler lioldal l'c'lé proiliain, et que tu aurais \oiilu venir l'aïuK'e passive mais (]iie tu en as été einpéi'JK'': aussi nous espérons te voir l'été i)rocliain. el j'irai alors à Itoldal pour te parler. Dans le cas on lu penserais venir à Ciiiistiania et où tu aurais besoin d'un guide sur la roule, j'irai t'y trouver et je l'acconipagnerai à lioldal ; mais il faudra me dire à quelle époque tu viendras. La famille d'ObvVraalsey m'a chargé de le faiic parxeiiir les compliments de tous, el enlin Ambior t'envoie une foule de remerciements pour ton présent qu'(>lle conservera comme un cher souvenir de toi. Ma Koiic (femme) désire le voir et le parler, de ce que tu as (■!('' si bon (suildi |)our sa so'iir Amiiior el lout(! la famille. Ainiiior regrette de ne pas être revenue (i'iJdde à lioldal, [larcc qu'elle aurait pu faire avec loi une excursion à Bergen. Je dois aussi te saluer de la part de Helge II. liabjje, Niels H. Heggen, el du lensmand U. H. Juvel; tous souhaitent de te voir quand lu viendras à Roldal. Maintenant il faut que je cesse en te saluant amicalement pour moi et pour ma femme. Écris-moi, cela me fera grand plaisir.
Ton ami. Niels 0. Ovicur.ANn.