C H API TUE XXV
r.luistiaiiia. — Latitude de la ville. — Caiacléristiiiue de ses habitants. — .Maisons. — .Manière de vivre. — Peuple hospitalier et lion. — l'oyers délicieux. — Société de Christiania. — Un repas royal. — Convives distingués. — Écrivains norvégiens. — Le palais royal. — L'Université. — Édilices publics. — Les environs de la ville. — Le liord Christiania. — Oscar Hall. — Le Saeter l'rogner. — Sarabraten. — liépart de la ville.
Christiania est située à i'e.xtrénuté interne du iont; li rli;iiin;iiil lioid de ce nom, au pied de collines boisées. L'automne était avancé lorstiue, pour la première fois, j'entrai dans la capitale de la Norvège, bien des mois après que j'avais mis le pieil en Scandinavie. J'étais fatigué de mes excursions estivales. Dans les dernières semaines, le temps était devenu si jiluvii'ux, (pic je brûlais de me refaire ilans une ville pendant quelque temps. Je ])ris mes (|iiailifrs dans rexcclli'iil liotcl Vicloria, toujours plein de touristes en été, mais désert en cette saison.
La ville est à une latiliidc de 06° .oo ; 3° 08 nord d'Edimbourg, et 1° lo, plus au nord que Dnncaiisliy, le point le plii.^ septentrional de l'Ecosse; elle renferme une popuialion de 116,000 âmes. C'est une cité prospère, dont l'importance augmente tous les jours et qui est le siège du gouvernement norvégien. Le roi de Suéde et de Norvège est tenu, d'après la Conslitiilion, d'y résilier trois mois par ■.m.
L'étranger qui orro dans ses larges rues est frappé du maintien ferme et méditatif des liai)itanls; c'est nn reflet du caractère national, qui me rappela, sous ce rapport, Gôtcborg en Suéde. La ville u'oiïre pas de traits particuliers; les maisons sont généralement enduites de stuc, pas très hautes, couvertes en tuiles, et le peuple habile surtout aux étages supérieurs ; mais, depuis queltpie temps, on a construit un grand noml)re de villas, et, dans la partie neuve de l;i ville, on rencontre de beaux jardins entourant des maisons, et quelques charmantes résidences particulières. Tout offre un aspect de jjrospérilé et de confort; l'ordre et la bonne tenue régnent partout. Le long des quais, les navires chargent et déchargent continuellement leurs cargaisons, les steamers quittent la ville à toutes les heures de la journée pour se rendre aux villes commerciales, aux marchés (pii se tienueiil sur la côte, ou dans les ports lointains de l'Europe.
.l'aime à me rappeler (Ihrisliaiiia, ses habitants si bons et si hospitaliers, l'accueil franc et c()rdi;il ipie je reçus de mes amis norvégiens. Les personnes à l'aise on! des goûts simples, vivent très confortablement el aimeni l;i \ie de f;niiille. On égaie les longs hivers par des réunions joyeuses; le patinage, le canotage, le traînage, les dîners, la danse, la musique aident à passer agréablement la mauvaise saison.
La société est aimable. Les dames, comme leurs congénères suédoises, sont bien élevées, habiles dans l'usage des langues étrangères, très attrayantes, sini|»lrs dans li'ur loili'lle, en un mot charmantes. Les genlli'uu'ii sohl coi'diaux, polis, obligcauls; il y a dans leur tenue une liberté el uni' viiililé ipii nToiil loujoiii-s phi. Uc n"i'sl (pic ipiaiid on est admis chez eux, el non ijuaiid on ne les voil ipie de temps à autre; ce n'est (|ue quand ils vous trailenl en ami, que l'on peut se faire une juste idée des nobles et belles cpialités du caractère norvégien.
.l'ai n'iiconlié lii'aiiriiii|i d'hommes inslrnils, ipii ont toujours été prêts à me servir et à me donner loiis les reiiseigneini'uls donl j'avais besoin, sans se soucier de l'ennui ou de l'embarras ipie j)ouvait leur occasionner ma demande. L'un m'envoyait un ouvrage ipi'il croyait pouvoir m'èlre utile, l'autre une carte, celui-ci des statistiipies gunvernementalcs, médisant où je devais aller, soit dansdes buts scienliliipies, ou pour éliiilirr la vie du peuple ifalk-lir), ou [imir voir qiirhpie scène mngiiiliipie; chaipie fois qiir je parlais, on nrapporlail des Icllres |ionr
LA SOCIETE DE CIII{IST[ANIA 3il
des amis ou des parents, aliii iiue je fusse liien accueilli parloui. Si une personne n'avait aucune relalion dans un district où je devais aller, elle courait chez une de ses connaissances lui demander pour moi des lettres d introduction. Le lendemain di' mon arrivée, j'allai remettre celles que j'avais précieusement conservées. Elle m'ouvraient les portes de bien des maisons où je fus accueilli à liras ouverts et reçu avec beaucoup de bonté. .l'eus bientôt fait des amis, et, pendant les ipiinze jours que je séjournai ici, j'appris ;i connaître ce qu'est riios[iitalité à Christiania.
Ma [iremiére visite fut pour le consul Tho. Jos. Hefige (pii me combla d'obligeances, avant même ([ue je ne l'eusse vu. Le consul est un habile financier, (pii a écrit plusieurs ouviages sur les finances; homme de vastes connaissances et de vues liirurs, malgré ses immenses affaires de banque, il trouve toujours le temps d'être servial)le à un ami. C'est le président et l'un des cinq directeurs de la Tnrist Fôrening (Société des Touristes), cpiia pouroltjel de donnerau peuple le goût des explorations montagnardes. On compte parmi ses membres le roi et la famille royale. Le consul est un infatigable gravisseur et explorateur de montagnes; dans maints districts son nom est connu de Ions; on l'aime à cause de sa géniale bonté, de ses manières simples et sans ostentation; et j'ai souvent entendu des bouder, dire en me montrant sa photographie ; « Voilà un homme qui n'est pas fier. »
Personnellement, je lui dois une reconnaissance infinie pour ses bontés, son amitié et ses utiles renseignements. « Vous dînez avec moi demain, me dit-il, et nous causerons de ce que vous voulez faire; en même temps, je vous présenterai à des savants et autres gentlemen dont je désire que vous fassiez la connaissance. » Si j'avais eu l'idée que l'on ne faisait pas à Christiania de réception splendide, j'aurais été bientôt désabusé. La grande et belle maison du consul est entourée d'acres de terrains bien cultivés d'où l'on a une vue magnifique du iiord Christiania. Je montai un large escalier, au milieu d'une petite forêt de plantes tropicales, et de buissons en fieurs qui me rappelèrent les climats les plus chauds. Les effets de lumière étaient superbes. On m'introduisit dans un grand salon et mon hôte me présenta à sa charmante femme, puis à la nombreuse société d'hommes distingués (pi'il avait invités : professeurs de l'Université, écrivains, journalistes, savants.
ol'lii'iors de l'aniU'C et tic la ilullo, (•(iiisuls (■trangors, membres du Slortliiiig, ecclésiastiques, etc. Plus de qiiaianle convives prirent place à un somptueux banquet. C'était un repas royal. Après le potage, on remplit les verres, et Thôte portant les yeux tout autour de la table, dit : Velhommen til bonlet (Vous êtes les bienvenus à ma table), manière usuelle de saluer les invités. Telle fut ma première introduction dans la capitale. Ma seconde réception eut lieu chez un manufacturier distingué, Halvor Schou, liomme aussi fort riche et très respecté de ses concitoyens.
Ceux qui m'accueillirent les premiers furent les savants amis que j'avais précédemment rencontrés dans le Nord; entre autres, Peter- Christian Asbiornsen, l'un des écrivains les plus distingués de la Norvège, dont le nom est familier dans le cottage du montagnard, dans la cabine des pêcheurs, aussi liien ipie dans la demeure du riche; car, quel Norvégien ne connaît son « Folke Evenlvr», son » Huldre Eventyr », et beaucoup d'autres de ses contes, où sont si bien racontées les vieilles traditions du peuple? En outre, il a écrit sur l'éducation, sur l'art forestier, et sur bien d'autres sujets. Peu d'hommes de ce pays sont plus respectés que lui; mais aussi peu de personnes ont voyagé autant que lui en Norvège; son énergie est élonuanle, en dépit de ses soixantedeux ans et de sa corpulence. Il a beaucoup pairouru l'Europe, et maintenant il fait tous les ans des milliers de milles dans son pays natal. Sa bonté l'engagea tout d'abord à chercher en quoi il pourrait m'être utile dans mes voyages en son pays, et ses lettres m'ont été fort précieuses. Il est, sous bien des rajtports, le type parfait du Normand (Norvégien). Un autre de ses collègues voyageur en Laponie, le professeur J. A. Friis, a bien voulu nu^ donner des idiotographies poiu' illustrer mon ouvrage.
Les édifices publics ne sont pas rcniaiipialilcs par leur beauté architecturale. Le palais, bâti sur trois cotés d'un carré, est pittorosipicmcul situé au milieu de terrains agréables. Le bâtiment de l'Université, qui est massif, contient mie belle bibliothèque, un nuisèe zoologique et gèologi(|ue. La colleilioii d'antiiiuilés septentrionales n'est pas vaste, mais elle reid'ernie des sjiécimens très rares et très précieux, parmi lesipiels se trouvent des ornements d'or et d'argent portés par les anciens habitants à l'époqui' païeiuie, et des monnaies remar-
LA HESIDENCE D'ETE DU ROI ;ii'}
qiiaLlcs. Dans les galeries de peinture nalionaie, on voit des paysages de toute beauté, œuvres d'artistes norvégiens, dont quelques-uns ont obtenu une célébrité universelle.
Le Stortliiug est un bel édiiiee, faisanl face au s(piare Charles-Jean, la plus belle place de Clirisliania. La promenade la plus agréable est au château d'Agerhuus, (|ui défend rapproche de Christiania; on a l'ait de ses remparts des allées délicieuses et admirablement ombragées. La ville renferme de très beaux magasins; ceux des orfèvres argentiers sont particulièrement lenlanls; l'étranger y trouve de superbes objets qu'il achète pour emporter chez lui. Les hôtels sont nombreux mais dispendieux. Les écoles publiipies et autres institutions font honneur à la ville. Les environs sont étendus et fort beaux; le fiord est pointillé d'îles et ses bords contiennent des villas, des bois ravissants, et des campagnes riantes. Des routes carrossables conduisent à des endroits charmants, sauvages et i-elirés; les grandes rouies (pii mènent à la campagne |)asseiil pu' des paysages de hiule beauté. Le fiord Christiania a environ 70 milles de long; mais l'étranger qui ne va pas plus loin (|ue Clirisliania ne peut concevoir la grandeur des fiords norvégiens.
Oscar's Hall, résidence d'élé du roi, est à une courte dislance de la ville, sin- le bord du lioid. Il s'y trouve des peintures de Tidemand, illustration de la vie du ])aysan en Norvège, ([ui son! remarquables.
Le saeler Frogner, à 1 ,700 pieds au-dessus île la mer, appartenant au consul Heftye, n'est qu'à queh[ues milles de la 'ville. De là, on jouit d'un superbe panorama du fiord, s'étendant jus([u'à la mer, et si l'on regarde dans la direction opposée, on olilienl la même vue aussi étendue. On en appi'orlie en Iraversant une grande el sondjre forêt par une roule conslruile aux frais du propi-iélaire. Sarabràlen, situé dans une région sauvage, dominant un lac pitlores(pie, est un lieu romantique, appartenant au même propriétaire, dont l'amour pour les scènes sauvages l'a engagé à bâtir dans ces endroits des maisons comme celles que l'on construisait aux lenqis anciens. .Je puis dire avoir passé de l)(dles journées au saeter Frogi\er et à Sarabràlen. Une communicalion directe i)ar chemin de fer existe avec Stockholm l't Trondhjem. Les moyens de sortie de la ville sont divers. En été, les touristes préfèrent sénéralement vovasïer en carriole. De confortables steamers iiartent
■Ail
joiinielleiuent pour le'S diiït'iviilos pailics du fionl ol pour Frcilt'riksstad, près de laquelle on voit la lielle chute d"eau, la Sarps foss. Ceux qui désirenl l'aire un i)lus long voyage, et voir les scènes de la côte, doivent prendre les vapeurs qui vont à Bergen ou au cap Nord.
Le l'asvig.
iiivière la jilus seiitiMilrionsIe d'Eurojie.