CHAPITRE XXVI
l/ilc (le Gollanil. — Wisby. — Son nncieiine imporlance fommerciale. — Saga sur l'ilp. — Restes des anciens temps. — Pierres eommémoratives. — Les anciens liabitaiits wikings. — Fortifications et ruines de Wisby. — Son ancienne prospérité et sa chute. — Vieilles monnaies. — Marchands princiers. — Églises. — La crypte île Saint-Gr'iran (Saint-Georges). — Saint-Lars. — Saint-Mcolas. — Ruines. — Excursions dans l'ile. — .N'onibreuses églises. — Un pays fertile.
Un autre liiver était passé; le beau temps reparaissait, le soleil devenait plus chaud chaque juur, (pioitiue l'air fût piquant; la végétalion semlilait plus avancée que Tannée précédente. Les bords méridionaux de la Suède sur la Baltique étaient, revêtus d'un manteau printaiiier; les oiseaux et les liirondelles revenaient, et l'on entendait déjà dans les bocages, près de la mer, le ramage du rossignol. Les jours grandissaient à vue d'œil, le soleil se levait vers trois heures et les longs crépuscules ajoutaient au charme du malin et du soir.
Le 22 mai, je naviguais de nouveau sur la Baltique; au loin, les contours adoucis d'une île s'élevaient au-dessus de la mer, — c'était Golland. En approchant, la vue devint belle; la ligne étendue était marquée par de jaunes falaises calcaires, ponctuées de bois sombres, de fermes bien tenues et de moulins à vent ; l'ancienne ville de Wisby, avec ses murs massifs ruinés, sur lesquels de vieilles tours se dres-
saienl comme des sentinelles et semblaient veiller sur la place comme aux jours anliciues, et legardei la mer avec défiance. La ville s'élève en forme d'am|)liithéàtre ; les blanches maisons aux formes bizarres, et les ruines des églises, en partie cachées par des liduipiets d'arbres, faisaient paraître l'endroil plus vénérable encore au grand soleil.
Gotland, l'ile la plus importante de la Balli(iue, est située entre le 56° 53', et le 58° de latitude, presipie au milieu de la mer, en face de la province russe de Courtaude et de la Siualand suédoise. Elle se rapproche davantage de la côte de Suède avec larpielle elle court jtarallèlement. Celte île fid autrefois le siège d'une grande puissance, l'entrepcM principal du commerce de l'Europe septentrionale, et elle n'avait point de rivale.
La date de son étaljlissement se ])erd dans la luiit des temps, et le seul souvenir que nous ayons de son histoire se trouve dans le « Gotlands lagarne. "que l'on croit être un supplément auxloisdupays. On suppose que cette « saga » a été écrite vers l'an 1200, dans la vieille langue gotlaniIi(pH\ Gotland ou Gutland, signifie la terre de Gotarne ou Gutarne (des Gotlis), si l'on croit (pie ces colons appartinrent à la race qui vint de la mer Noire, déborda sur la Germanie et s'établit dans la partie méridionale de la Suède et en Norvège.
Aux temps anciens, dit la « saga », une belle île basse et obscure flotlait sur la meri)endanl la nuit el le peuple la voyait en naviguant çàet là; mais, le matin, au lever du soleil, elle disparaissait sons les vagues pour reparaître avec le soir, tlottant à la surfice de l'Oslersjnn (Baltique). Personne n'osait y al)order, bien que la croyance générale prélendit qu'elle se fixerait si on y allumait du feu. Enlin Thielvar ou Thialfer, y débarqua avec ses hommes, et y alluma du feu. L'île devint stationnaire, et anjouni'hui une baie s'appelle Thielvarvik, el l'on suppose qu'un monceau de pierics, ipii en est pmche, couvre la toudje deTliielvar; mais la saga ne dit pas à (prelle époi|iie il y aborda ni d'où il venait.
Celte saga rapporle encore qu'ensuile la |iii|iiilalion s'accrut lellemeul, (jue le pays ne pouvait plus la nourrir; on lira au soit el chatpie troisième sortant fut obligé de partir. Ils refusèrent d'obéir et se forlifièrent dans un lieu nommé Tliorsburg, d'où ils furent expulsés; ils allèrent à F;ln"i, d'où on les chassa encore; ils conslrnisiicnl une villi> à