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CHAPITRE V L'aristocratie transylvaine

Ses biens. — Vie de château. — Intensité de vie physique.

La Transylvanie est moins riche que la Hongrie proprement dite, et Taristocratie transylvaine a été de tout temps moins riche que l'aristocratie hongroise. On ne trouve pas en Transylvanie de ces immenses propriétés foncières qui couvriraient un de nos départements. La modicité de ses richesses a retenu chez eux les nobles transylvains : ils n'avaient pas les moyens d'aller vivre luxueusement à Vienne, à l'ombre de la cour ; ils n'ont pas pu céder aux flatteries aimables de Marie-Thérèse, et prendre femme parmi ses Regollv. r>

dames d'honneur. L'originalité, la pureté de la race se sont maintenues parmi eux plus intactes.

Quand on parle de l'aristocratie, il faut bien parler de sa fortune, puisqu'un aristocrate sans fortune n'est guère plus un aristocrate. Or, leur fortune va sans cesse en s'amoindrissant, et cela par une nécessité fatalft : les revenus restent stationnaires alors que les besoins et les dépenses grandissent. Ils ont le plus souvent, pour exploiter leurs biens, des intendants, et l'intendant exploite le maître plus encore que le bien. Dans les grandes familles possédant de nombreux domaines, c'est bien pis encore : chaque domaine est dirigé par un intendant, secondé par plusieurs sous-intendants, et tous ces intendants sont sous l'autorité d'un personnage unique, le directeur général des biens ; j'ai dit à dessein personnage, car c'en est un : il a maison montée, domestiques, chevaux et voitures. C'est une sorte de Maire du Palais ! Entre le maître et lui la différence au fond est toute petite : le maître possède, mais le directeur gouverne. Qu'il soit fripon et habile (les deux vont souvent de pair), et le sei

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gneur peut ètro ruiné on quelques ans. La chose s'est vue plus d'une fois.

Alors même que, par le fait de l'intendant, les revenus ne sont pas amoindris, ils n'en sont pas moins insuffisants à couvrir les dépenses, qui augmentent toujours. Le luxe devient déplus en plus nécessaire, et de plus en plus les voyages donnent l'occasion de dépenser del'argent. D'ailleurs, il n'y a guère d'économes que ceux qui ont connu la pauvreté, de travailleurs que ceux pour qui le travail a été d'abord une nécessité impérieuse. Quant aux autres, le plus souvent ils ignorent ces deux vertus et ils continuent à les ignorer jusqu'au moment où eux et leurs enfants sont dans l'obligation de les apprendre. C'est partout le train ordinaire des choses 1

On m'a conté de belles histoires de nobles, ruinés, s'acharnant au labeur pour se remettre à flot: un riche fils de famille devenu majeur dévore en quelques années tout son avoir ; il ne lui reste plus pour payer ses dettes qu'un bien dans une des contrées les plus fertiles de la Hongrie méridionale. Il offre cette terre à un juif qui vient la voir, est frappé de sa fertilité et, se trouvant

être un honnête homme, ditau jeune dissipateur: « Je vous donne le moyen de refaire votre fortune en vingt ans, je vous avancerai de .l'argent ; mettez-vous à l'ouvrage et cultivez vous-même ce bien. » Actuellement M. X..., qui fait en grand la culture des primeurs, est le plus riche propriétaire de la région .

D'autres, surtout parmi la jeune génération, n'attendent pas la ruine pour travailler. J'ai vu de près M. X..., qui, possédant un très important domaine, est à lui-même son intendant, surveille et dirige tout, donne tous les ordres, vérifie tous les comptes, et mène une existence des plus laborieuses et des plus exténuantes qu'on puisse concevoir.

Mais c'est là l'exception. La plupart dépensent dans les exercices violents, la chasse, le cheval, les armes, leur excès de force et d'énergie. Ce sont des gaillards solides, au corps de fer, que ces seigneurs campagnards. La ville les ennuie, ils n'y vont guère qu'un peu l'hiver, au moment des fêtes et des bals.

Leur vie physique est extraordinaircment intense ; tant que le jour dure, ils sont sur pieds:

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