L ARISTOCRATIE TRANSYLVAINE
grandes chasses, longues chevauchées, la natation, les armes. Leurs châteaux sont ouverts à tous leurs amis de la région ; on y entre comme à l'hôtellerie; à l'heure des repas arrivent à l'improvisle cinq à six convives, et nul ne s'en étonne. Les domestiques mettent des couverts supplémentaires, et voilà tout. C'est la vieille tradition qui continue : autrefois, plus encore qu'aujourd'hui, tout châtelain tenait table ouverte; tous les seigneurs en voyage s'arrêtaient au château avec leur suite, gens et bêtes, et y séjournaient tant qu'ils voulaient. Comme les communications n'existaient pas, qu'il n'y avait aucun commerce, il était impossible d'écouler l'excédent des récoltes, et les vivres étaient en abondance. Aussi les salles à manger sont-elles d'une grandeur qui surprend : elles étaient faites pour un nombre de convives illimité. On fournissait aux hôtes le vivre ; pour le coucher, on s'arrangeait comme on pouvait, et les hôtes n'étaient pas exigeants : souvent on étendait de la paille dans la salle à manger, et chacun dormait là, enveloppé dans son manteau.
De nos jours, les choses ont changé, et la vie
est devenue moins simple, mais ce qui n'a pas changé, c'est l'habitude des réunions et des visites.
Dans certaines contrées, où les châteaux sont assez denses, c'est une suite ininterrompue de parties et de fêtes. Les châtelains s'invitent d'eux-mêmes chez les uns, chez les autres ; les grands appétits, surexcités par l'exercice et la fatigue, se dépensent en longs dîners qui se prolongent en copieuses beuveries. Sur un signe de l'amphitryon arrive la bande des tziganes. On danse et l'on boit toute la nuit; la griserie des vins se mêle à la griserie des sons et sous cette double action qui plus, qui moins, tout le monde en tient ! Après une nuit passée à danser, j'ai vu des enragés qui, au lieu de se coucher, partaient pour la chasse au sanglier. Et les femmes sont tout aussi ardentes que les hommes, tout aussi résistantes qu'eux !
Ce sont là les plaisirs violents de tempéraments trop vigoureux (i). Les ancêtres avaient la guerre,
(i) Voici quelques traits : à Kolozsvor, il y a un bal traditionnel qui coninience le soir du mardi gras et finit le jeudi malin ; l'origine en est très curieuse : autrefois, ce