‹ Le pays magyarChapitre 2 sur 65 · LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS

trce donnant accès dans le vestibule, une immense salle à manger, un vaste salon, plusieurs chambres, et voilà le château. Vu du dehors, comme construction et disposition de l'édifice, c'est la simplicité même. Mais, dans Faménagement et la décoration, le luxe, un très grand luxe intervient. Car le luxe hongrois est quelque chose de très différent du luxe français.

En France, le luxe se portesur tout également; il s'étend à l'ensemble des besoins humains : maison, nourriture, habillement, et, dans chacune de ces branches il se répartit uniformément sur 'les détails. En Hongrie, il en néglige certains pour se porter tout entier sur les autres. Dans une maison d'une simplicité extrême dont certainement un de nos bourgeois cossus ne voudrait pas, j'ai vu des merveilles d'argenterie, des vieux plats ciselés valant chacun plusieurs milliers de francs, de précieux tapis de soie indiens, bref un luxe que des millionnaires ignorent. Et ce n'est pas seulement dans la classe riche, mais même dans la classe aisée : toujours à côté d'une simplicité presque rudimonlaire, un luxe presque princier !

Recoulv. 2

Ici, la maison n"a pas d'élage, mais les plafonds sont caissonnés, le parquet est d'un noyer merveilleusement ouvré, Timmense salle à manger a un air opulent et somptueux avec sa haute cheminée féodale, sa table chargée d'argenterie massive, servie par un maître d'hôtel correct; le salon est admirablement aménagé, très grand, plein de délicieux recoins qui forment comme des pièces séparées, rempli de meubles de prix, de tapis précieux. Je vois l'étonnement d'une maîtresse de maison française devant cette disproportion du contenant et du contenu. « 11 faut que tout aille de pair, dirait-elle, le mobilier et la maison. » Pour nous, en effet, il le faut; pour le Hongrois, non. L'or, l'argent, les bijoux, les métaux et les pierres précieuses, les belles broderies, les magnifiques tapis : voilà les vrais objets de luxe, les marques de la vérilable opulence. Peu importe la maison qui contient ces richesses. Il y a là je ne sais quel trait de mœurs orientales, quelle habitude atavique chez les fils d'une race qui fut si longtemps nomade, qui ne connut longtemps pour toit que la tente dressée le soir et pliée le matin, pour qui la richesse ne pouvait

Page 1