LE CHATEAU I:T LES SEIGNEURS
consister dans ce qui se fixe au sol, mais dans ce qui s'emporte aisément.
Un jjeau parc d'une trentaine d'iiectares entoure le château ; au-dessus du parterre très soigné, de grands tilleuls, dans une clairière légèrement montante ; derrière et plus haut, de magnifiques sapins qui mettent une note grave dans ce paysage clair; un petit étang avec un radeau; près d'un carrefour d'allées, de grands peupliers sveltes, dont le tronc tout droit fuse vers le ciel.
A l'heure du soleil couchant, le parc devient merveilleux : par delà le noir dentelé, ajouré, des sapins, des lambeaux de pourpre vont s'éteignant. Une large bande d'un gris noirâtre démarque la zone du rouge éclatant, par-dessous des flocons de ouate d'une blancheur moelleuse et caressante... Peu à peu les teintes rouges pâlissent, et c'est le lent, très lent envahissement du noir !
Une immense rumeui- confuse arrive de l'Occident, faite des bêlements prolongés des troupeaux qui rentrent, des aboiements des chiens, des grands beuglements des bœufs, des cris aigus
des pâtres valaques, mais tout cela lointain et comme fondu dans le calme paisible du soir qui descend. De plus en plus, cris et voix se rapprochent : maintenant c'est un assourdissant tumulte dans lequel dominent les cris des bergers invectivant les bêtes. Puis, lentement, à mesure que les troupeaux rentrent, le bruit s'apaise. Là, bas, par delà les noirs sapins, la bande de gris sombre, devenue plus sombre encore, a envahi le ciel tout entier... Toute lumière, toute agitation sont mortes, et sur la campagne endormie la nuit laisse tomber sa paix mélancolique et son mystérieux silence.