CHAPITRE VII
Une promenade au pays des vignes.
Un mets hongrois.
Après plusieurs jours de pluie, voici que le temps redevient beau et nous décidons de partir pour le pays des vignes. Un minuscule chemin de fer, qui grimpe sur les pentes légères de la colline, doit nous conduire ; c'est jour de marché à Szatmàr ; sur le champ de foire une mer mouvante de bœufs, vaches, veaux et cochons, surtout des cochons, de gentils petits cochons dont les soies frisent en tire-bouchon, replets et trottinant, et qui, s'ils étaient moins sales, ressembleraient à des amours. Dans les rues voisines; il y a moins de gens que de chevaux, de vaches et de bœufs; une paysanne entraîne avec
beaucoup de mal un petit pourceau ; le pourceau, têtu, obstiné, se refuse à la suivre, à quitter ses frères ; la paysanne lui a passé à la patte une corde et elle tire dessus, férocement, tandis que le cochon, s'arc-boutant, s'élance éperdument vers le champ de foire, le paradis des petits cochons. Alors la brave femme Fempoigne à bras le corps, le jette sur son dos comme un sac, et le cochon s'en va ainsi, pendant tristement, comme à Fétal, la tête en bas.
Déjà la petite locomotive a écrasé trois veaux. Cela promet. Nous montons ; après un trajet de deux heures nous arrivons...
Dans la grande plaine aux vastes prairies, aux immenses champs de blé et de maïs, un groupe de collines se dresse : c'est le pays des vignes ; pentes doucement inclinées, ondulations légères dont l'œil suit avec plaisir les lignes caressantes, et partout des vignes, des vignes semées d'innombrables taches blanches, qui sont les chalets des vignerons. Tout cela d'un aspect coquet, souriant, si différent de la plaine hongroise !
Au plus haut point de la colline, une petite chapelle ; tout près, une merveilleuse échappée de