CHAPITRE XI Coup d 'œil dans le Passé
Le courant de l'histoire hongroise. — Ce que marque le compromis.
Au dixième siècle, les Hongrois nomades, enfants des plaines, arrivent dans l'immense plaine du Danube et de ses affluents, et, trouvant là le pays qu'ils aiment, ils s'y fixent à jamais. En vain leurs instincts de guerre et de pillage les entraîneront en des chevauchées aventureuses vers les opulentes contrées de l'Occident ; en vain ils s'en iront sur leurs chevaux rapides semer dans les régions allemandes et jusqu'à notre Lorraine l'épouvante et la terreur, leur siège est désormais sur les bords du Danube et
de la Tisza. Ils y fondent un royaume qui vit pendant cinq siècles d'une existence indépendante, qui est un des puissants royaumes de TEurope centrale ; ils développent le goût inné qu'ils ont pour la liberté. En 1222, la petite noblesse, tous les hommes prenant les armes, c'est-à-dire presque toute la nation, obtient la Bulle d'or, la charte de son indépendance. Elle participe à la vie politique, et cette vie politique est éparpillée dans tout le pays, dans chaque chef-lieu de comitat. La Hongrie ne connaît pas de rois absolus, elle a pourtant de grands rois comme Mathias Gorvin, qui font rayonner au loin sa puissance.
Mais la victoire des Turcs arrête tout brusquement. En 1526, l'armée hongroise est détruite à Mohâcs et ce désastre ouvre une ère nouvelle, celle de l'effacement et du malheur. Devant le Turc victorieux, la Hongrie se donne à l'Autriche ; désormais, tout ce qui n'est pas entre les mains du sultan est entre les mains de l'empereur : seule, sous quelques principes nationaux, la Transylvanie garde une certaine indépendance, indépendance bien précaire et toujours