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menacf'e. La Hongrie ne s'appartient plus; elle ne se dégage du Turc que pour tomber au pouvoir des Habsbourg.
Pourtant elle ne s'est pas donnée à eux sans condition : l'empereur n'est que roi en Hongrie ; en recevant la couronne de saint Etienne il jure de maintenir les libertés et la constitution hongroise. Mais ce serment il le viole constamment : il ne veut pas et ne peut pas admettre que son autorité absolue dans ses Etats d'Autriche ne le soit pas de même en Hongrie. Il prétend la traiter comme une province de son empire. Ne l'a-t-il pas d'ailleurs reconquise sur les Turcs. Pendant des siècles, la Hongrie est indissolublement liée à l'Autriche, elle en épouse toutes les querelles, elle en partage tous les malheurs, le glaive fait durer ce mariage. Les Hongrois résistent obstinément (( gens dura et pervicax », dit un vieil historien autrichien : ils veulent bien obéir à leur roi, mais ils veulent que leur roi obéisse à la constitution. Menaces, persécutions, boucherie d'Eperjes et carnages de Ilaynau, rien n'y fait ; l'énergie nationale l'emporte, elle enfante des héros, Ràkoczyet Kossuth. (Cependant
l'Autriche sent bien que la Hongrie est la plus grande force de son empire : pour écraser la révolution hongroise de 1848, elle a dû appeler à son aide deux cent mille Cosaques. Après Sadowa, devant la Prusse formidablement agrandie, il n'est plus possible de se passer de la Hongrie. 11 faut céder et user de la douceur puisque la violence ne peut rien. Les deux Etats, si longtemps réunis, signent le compromis de 1867, ^^^^ commence la séparation. La Hongrie a demandé le plus possible, et l'Empereur a donné le moins qu'il a pu. Mais il y a eu contrat, libre discussion où, pour la première fois, l'un a formellement reconnu les droits de l'autre. Entre ces deux Etats, de puissants liens subsistent, militaire, diplomatique, fhiancier, sans parler du lien dynastique, de tous le plus important. Pourtant, chacun des deux Etats vit maintenant d'une existence à part : en des points innombrables, des intérêts opposés les séparent. S'en tiendront-ils à ce premier stade de séparation ou bien iront-ils brisant sans cesse entre eux quelque ancien lien? A la lin de mon étude seulement j'essaierai de répondre à cette question. Ce qu'il
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faut dès maintenant noter, c'est que la Hongrie, après un long détour de quatre siècles, revient partiellement à son existence autonome d'autrefois. De province qu'elle était, elle est redevenue un Etat.
Telle est la direction générale de l'histoire hongroise. Le trait dominant de cette histoire, c'est qu'elle a été une lutte incessante, un combat de tous les instants, contre les Turcs pour leur reprendre le pays conquis, contre les Autrichiens pour les contraindre à respecter les libertés nationales. Pour la mener à bien, il a fallu que vraiment ces libertés fussent pour les Hongrois une chose capitale, qui valait tous les sacrifices. Ces sacrifices, c'est surtout la petite noblesse, la noblesse des bourgs et des campagnes, celle qui avait arraché à ses rois la Bulle d'or, qui les a faits : non point que les magnats n'aient fourni à la cause de la patrie nombre d'héroïques défenseurs ; mais seuls ils n'auraient rien pu; l'Autriche, par la cruauté et plus encore par la flatterie, en aurait eu facilement raison. On n'a qu'à voir avec quelle facilité Marie-Thérèse apprivoisa et conquit ces grands seigneurs.
122 AU PAYS MAGVAU
Leurs immenses revenus les poussaient vers l'étranger, où ils oubliaient quelque peu leur patrie. Mais la petile noblesse, tous ces gentilshommes des champs, paysans pour la plupart, restèrent invinciblement fidèles à leur pays ; c'est grâce à eux que, malgré les supplices, malgré les violences ou les ruses de l'Administration autrichienne, une vie politique très intense se maintint toujours dans les comitats. Les fonctionnaires de l'empereur avaient beau ne tenir compte ni des représentants élus par les assemblées, ni des résolutions votées par elles, cela n'empêchait ni les élections de continuera se faire, ni les discussions d'avoir lieu. Et ainsi par un usage obstiné de ses libertés politiques, même quand elles ne servaient à rien, cette classe gagna de ne pas désapprendre la liberté !