‹ Le pays magyarChapitre 42 sur 65 · LES VILLAGES FRANÇAIS DU BANAT DE TEMESVAR · texte numérisé non relu

LES VILLAGES FRANÇAIS DU BANAT DE TEMESVAR

nom du village viendrait de là. Je ne garantis pas 1 etymologie.

Nous rentrons à Saint-Hubert. Dans la cour du notaire, une agréable surprise nous attend : les musiciens sont là ; pour la première fois depuis mon arrivée en Hongrie, ce ne sont pas des tziganes, mais des gens du pays. A notre entrée, ils jouent la Marche de Rakoczy ; car, malgré qu'on ait parlé dans le village de menées pangermanistes, les habitants de Saint-Hubert se piquent d'être de fidèles et loyaux hongrois. Nous devons boire encore, et tout d'un coup la Marche de Rakoczy éclate de nouveau, et le plus charmant cortège paraît : douze jeunes filles se tenant deux par deux, dans leurs beaux costumes de fête corsage découvert et serré, jupe très bouffante tout en blanc. Cette toilette est si claire et si fraîche ! La plupart des jeunes filles sont jolies D'ailleurs, dans tout le cours de ma visite, j'ai été frappé de la beauté du type. La baronne B..., qui habite cette région et la connaît fort bien, me disait dernièrement à Balaton Fœldvar : « Ce qui distingue surtout les colons français des Souabes, c'est leur beauté. »

198 AU l'AVS MAGYAR

Le bal commence ; jusqu'aux premières étoiles nous dansons. A ce moment je voudrais m'en aller, rentrer à Témesvar, où beaucoup de lettres m'attendent. Je demande qu'on fasse atteler. Mais ceux qui m'ont conduit le matin ne veulent plus me ramener. Gomme il est déjà nuit, nous nous rendons en cortège dans la grande salle de danse du village. Car ce peuple, grand amoureux de la danse et des letes, possède, au centre du village, une immense salle de bal. Et toute la nuit nous dansons. Voilà que le notaire fait faire silence ; il monte sur une chaise et m'adresse, en hongrois d'abord, puis en allemand, pour être compris de tous, un compliment de bienvenue. Après lui, c'est le tour de l'instituteur de Saint-Hubert, M. Leblanc. Puis l'orphéon du village se masse et me chante plusieurs fois la Marseillaise. U faut bien répondre à tout cela. Je monte, moi aussi, sur une table et je remercie tous les assistants de leur vibrant et chaleureux accueil. Je leur dis combien j'en ai été touché, combien je suis heureux de voir qu'ils n'ont pas ouJjlic la France, etc. Le docteur Taufer leur traduit mes paroles. Le bal continue: czardas, quadrilles et valses.

LES VlI.LAdES FRANÇAIS DU BANAT DE Ti.MICSVAl! liC)

On soupe et on boit. Tout le village est là ; la grande salle est pleine ; le café d'à côté, plein également; à la porte, une foule énorme. Pourtant, il est déjà plus de minuit et presque tous ces braves gens ont travaillé aux cham|)s toute la journée — je retrouve M. Griffaton ; les trois maires des villages veulent trinquer avec moi ; Herr Notarius fait encore un discours ; jamais, à le voir le matin, quand il était à jeun, je ne l'aurais cru si éloquent. Mais

Quem non faceve discrliim fcciindi calices ?

Et ainsi, jusqu'au malin. 11 est cinq heures: Déjà le jour prochain paraît à l'horizon.

J'ai serré tant de mains et vidé tant de verres! Ma tête est quelque peu lourde. Une dernière fois, je remercie tous les assistants, et nous partons. Les musiciens se massent sur le seuil et^ quand notre voiture s'ébranle, ils nous envoient une Marseillaise d'adieu.

Et tel est le récit fidèle de Jiia visite à Snint- Ilubert. — Je n'y ai pas entendu pailer français ; mais j'ai entendu plusieurs fois chanter la Mar-

seillaise. J'ai trouvé un peuple heureux, riant et gai, grand ami des discours, des coupes et des chansons. Si ce sont là des qualités ou des défauts français, les colons lorrains n'ont pas tout perdu du caractère de leur race !

Page 1