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CHAPITRE XXII

Les mœurs politiques.

Un jour d'élections à Szatmàr.

De grand matin je pars à cheval pour Szatmàr; c'est le jour des élections pour la chambre des députés.

Sur la grande place, devant Phôtel de ville, je remarque une affluence inaccoutumée, des paysans, quelques dames gantées, des prêtres, des agents de police très affairés, tenant tous à la main une grosse canne. A tout instant des voitures découvertes passent, décorées de drapeaux flottants, avec le nom et les couleurs du candidat. Car chaque candidat a sa couleur ; il fait dans sa circonscription une ample distribution de plumes de cette couleur, que ses électeurs accrochent à leurs chapeaux. Voitures, drapeaux, plumes et

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couleurs, c'est un des modes les plus voyants, sinon les plus efficaces de la réclame électorale, qui ressemble étrangement à la réclame industrielle ; et cette réclame pourrait sembler un peu grotesque, n'étaient les souvenirs historiques qui l'expliquent et qui l'excusent : c'est un reste du passé, une survivance de cette vie politique si intense qui animait autrefois les comitats. Tous les nobles du comitat se réunissaient périodiquement au chef-lieu pour élire leurs fonctionnaires^ leurs délégués à la Diète nationale ; parmi ces centaines de nobles, pour la plupart de pauvres gens, des paysans venus de tous les coins de leur comitat, à cheval, sur de méchantes charrettes, dans cette foule ardente et batailleuse, toujours prête à faire intervenir le sabre dans la discussion, quoi d'étonnant que la lutte électorale ressemblât à une lutte guerrière? Les partis politiques étaient comme des troupes ennemies, arborant l'une contre l'autre des cocardes et des drapeaux.

Je vois passer des hommes agités ayant au bras un brassard tricolore. Et je remarque que tout cela, voitures électorales et agents électoraux, débouche d'une petite rue au coin de la

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