‹ Le pays magyarChapitre 49 sur 65 · UN JOUR D ELECTIONS A SZATMAR · texte numérisé non relu

UN JOUR D ELECTIONS A SZATMAR

grande place. C'est là le réservoir vers lequel je me dirige, la demeure de M. X..., le candidat gouvernemental qui sera certainement élu.

Au mêpie instant, de la grande porte cochère ouverte à deux battants, sort un étrange et grotesque cortège : en tète une douzaine de gamins, pieds nus, morveux et sales, portant, fixés à de longues perches, des drapeaux du candidat, puis à quelque intervalle, tout un orchestre tzigane. J'avais souvent vu des musiciens tziganes au repos; pour la première fois je les voyais en mouvement, et je dus bien constater que le mouvement ne leur valait rien. Le chef, important et cérémonieux, marque la mesure à ses hommes, qui tous ont accroché à leurs chapeaux la plume du candidat. Un pauvre diable sans souliers porte devant son ventre l'énorme contre-basse, et tout près le musicien tzigane jetant le bras et l'archet par côté, s'en va chercher, d'un geste irrésistiblement comique, les cordes de son instrument. Les tziganes jouent une sorte de marche qui n'est ni entraînante, ni triomphante, ni électorale. Pauvre tzigane, à quoi ne le fait-on pas servir? Il berce la mélancolie rêveuse du fils d'Arpad, il

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excite ses emportements passionnés ; clans ses orgiefe il mêle à la griserie du vin la griserie énervante de sa musique enfiévrée. Voilà qu'on l'associe encore aux factions électorales et qu'on le charge de ranimer le zèle des citoyens. Et toujours sur les traits de ce tzigane, de cet étrange et mystérieux tzigane, fils d'une race inconnue et méprisée, ce m.ême air de soumission craintive, de flatterie obséquieuse et empressée.

Derrière les tziganes venait le gros des manifestants : c'étaient pour la plupart de pauvres hères marmiteux, tristement endimanchés; deux ou trois messieurs à gros ventre, à l'air important, ayant au bras l'éternel brassard, fumant de gros cigares, s'étaient fait les condottieri de cette armée sans panache. Tout cela, encadré de beaucoup d'agents de police et d'une nuée de gamins, défilait parles rues et la grande place ensoleillée. En avant des tziganes, un personnage petit et chafouin, portant une redingote et un gros parapluie de serge, donnait par moment un signal ; gamins et manifestants de crier « éljen ! éljen ! » (vive! vive !). Les gens se mettaient aux fenêtres, sortaient devant leurs portes pour voir passer

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