‹ Le pays magyarChapitre 53 sur 65 · LE COMPROMIS DOUANIER · texte numérisé non relu

LE COMPROMIS DOUANIER

surprit tout le inonde. La veille encore, le 3o décembre 1902, la rupture entre le ministre autrichien, M. de Koerber, et le ministre hongrois, M. de Szell, paraissait définitive et de nouveau leur démission était annoncée. Le lendemain, sur l'invitation de Tempereur, les pourparlers recommençaient et n'aboutissaient pas. M. de Szell, qui devait irrévocablement rentrer le soir même à Budapest allait à son hôtel pour boucler sa valise. On le rappelait ; il s'abouchait avec son collègue et n'arrivait à rien. M. de Szell retournait à sa valise. De nouveau il était rappelé, et cette fois enfin l'accord pouvait se faire. Dans l'intervalle l'archiduc héritier François - Ferdinand avait rendu visite à M, de Koerber.

C'a été, dans toute la force du terme, un dénouement par le deiis ex machina. Nul doute que l'empereur, par Tintermédiaire de l'archiduc héritier, n'ait exercé sur le ministre autrichien une pression énergique, pour l'amener à céder. Aussi les journaux de Vienne ont-ils, à la nouvelle de cet arrangement, laissé paraître peu de joie! Dans le discours qu'il a tenu le lendemain à Budapest, M. de Szell a dit qu'il n'y avait dans

cette bataille, ni vainqueur, ni vaincu ; tout au moins y a-t-il des gens plus ou moins contents ; rimpression générale parut être quon est moins content à Vienne qu'à Budapest (i).

Pour saisir la gravité exceptionnelle des intérêts mis en jeu, il suffira de savoir qu'en 1891, la Hongrie importait de l'Autriche pour 420 millions de florins (2) sur 5o3 millions d'importation totale, soit les 84 p. 100 ; elle exportait en Autriche 412 millions sur 545 millions d'exportation totale, soit le 70 p. 100. En 1901, elle importait 906 millions de couronnes soit le 79 p. 100 de son importation totale et exportait 879 millions, soit les 71 p. 100. Comme on le voit, c'est de la totalité presque de sa vie économique qu'il s'agit.

Les adversaires de l'union douanière avec

(i) Excepté, naturellement, ceux qui, partisans de la séparation douanière, répudient tout arrangement, si favorable serait-il. A l'heure où j'écris ces lignes, on ignore encore la teneur du compromis. M. de Szell interpellé par M. François Kossuth est resté impénétrable. D'après un bruit qui court, M. le comte Apponyi aurait déclaré à un journaliste viennois que la Hongrie serait forcément contente,

(2) Le florin vaut 2 couronnes (environ 2 fr. 10) ; les anciennes statistiques comptent en florins.

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TAutriche se préoccupent surtout de l'industrie: « Tous les efforts des Hongrois intelligents, disent-ils, doivent tendre à doler d'une industrie la Hongrie, pays agricole. La Hongrie a tout ce qu'il faut pour une industrie nationale florissante : les matières premières en grand nombre, la main-d'œuvre à bas prix ; elle trouvera des capitaux quand elle voudra. Mais tant quelle sera liée économiquement à l'Autriche, elle n'aura jamais d'industrie. Le Gouvernement aura beau faire, encourager par tous les moyens, exemptions d'impôts, commandes de l'Etat, l'industrie naissante, jamais cette industrie naissante ne pourra lutter contre la forte industrie autrichienne. Seule la rupture avec l'Autriche, et un système protecteur adroitement combiné, pourraient protéger efficacement ses débuts. L'Autriche et la Hongrie forment en ce moment, au point de vue économique, un Etat un ; or, cet Etat produit, pour ce qui est des articles industriels, autant et plus qu'il ne peut consommer. Comment veut-on que de nouvelles sources de production puissent s'ouvrir '^

Mais, dira-t-on. la Hongrie vend ses produits

agricoles à rAutriche, il est juste qu'elle lui achète en retour ses produits industriels.

Point du tout, répondent les autres. Même après la rupture douanière, l'Autriche nous prendrait nos produits, car elle n'en trouverait nulle part à meilleur compte, et si elle ne les prenait pas, nous n'aurions pas de peine à les écouler ailleurs. Au demeurant, quand nous aurons une industrie, notre pays plus riche, plus peuplé, consommera davantage, et nous serons moins obligés de vendre à autrui. Tout réside pour nous dans ce point : avoir une industrie. Dans la lutte économique d'aujourd'hui une nation sans industrie est une nation perdue.

Avec sa magnifique position géographique, voit-on le développement de la Hongrie si elle possédait une industrie nationale ? A la porte du monde Balkanique, sur la route directe de l'Orient, elle trouverait du premier coup et aux meilleures conditions des débouchés faciles et une clientèle assurée.

11 semble bien, à se tenir au point de vue strictement économique, que les adversaires de l'Union ont raison. Les chiffres sont là : en

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