‹ Le paysage artistique en photographieChapitre 13 sur 38 · En les joignant, verticalement ou horizontalement, et · texte numérisé non relu

En les joignant, verticalement ou horizontalement, et

en prolongeant ces lignes jusqu’aux bordures, on a deux lignes fortes verticales ou deux lignes fortes horizontales.

77. - — Comme exemple, voici un : Paysage de montagne (fig. 33) des plus simples, presque banal. Le sapin du premier plan se trouve approximativement placé sur la ligne forte de gauche, alors que le sommet de la montagne, bordant l’horizon, vient approximativement aussi se placer, avec une accentuation très différente, sur la ligne forte de droite.

Ne vous semble-t-il pas, comme à moi, que ce paysage, si banal qu’il soit, acquiert, par cette application et cette pondération des points forts, un certain caractère d’art ? Cela ne vous amène-t-il pas même à conclure que celui des quatre points forts, ou que celle des quatre lignes de force que nous choisissons pour placer notre effet, ou notre sujet principal, atteindra son maximum de force si la dominante de la composition du tableau passe par lui ou par elle? Car, dans le tableau pris pour exemple, c’est justement le sapin du premier plan qui détermine la dominante du tableau.

Je ne m’attarderai pas à examiner d’autres divisions impaires. Elles sont multiples. Prises isolément, elles rentrent dans le cas de la division donnée comme exemple. Mais il va de soi, que si nous ne les prenons pas isolément, mais toutes ensemble, ou un certain nombre ensemble, nous multiplierons les points forts. Ceci ne veut pas dire qu’on puisse augmenter à I infini la force de la composition. Le contraire arriverait plutôt. On disséminerait, en effet, l’intérêt, et l’on toucherait, au grand dam de l’œuvre, à la règle immuable de l’unité.

78. — D’ailleurs, remarquez bien que les valeurs menées sur les points forts ou les lignes fortes doivent être absolument inégales. En agissant autrement, vous détruirez de prime coup tout l’effet cherché.

Vous pouvez en juger par ce paysage animé que j’intitulerai : Dans le lit de la Dordogne (fig. 34). Deux personnages se tiennent, debout, sur chacune des rives. Ils sont, l’un et l’autre, sur une ligne forte. Ces deux lignes fortes sont symétriquement placées par rapport à la médiane verticale. Comme grandeur, volume et tonalité, ces personnages présentent à peu près la même valeur. Sollicité à la fois, par l’un et par l’autre, votre regard ne sait lequel regarder plus particulièrement. 11 flotte, indécis, ne parvenant point à se fixer. Qu’advient-il ? Ce flotte-

Elude des points fo

POINTS DE REGLE

ment l’empêche d’embrasser tout de suite l’ensemble du tableau, et d’en examiner à son aise tous les détails en suivant la ligne sinueuse de l’eau.

La conséquence est que, tout en se montrant moins simple et moins banal que le paysage précédent, ce sujet ne nous offre aucun caractère d’art. Du moins, les caractères d’art qu’il

Fig. 34. — Valeurs égales sur deux points forts, Dans le lit de la Dordogne (Phototype de l'auteur.)

pourrait nous offrir se trouvent absolument annihilés par la déplorable situation des personnages.

79. — En vous montrant tout le parti que l'on peut tirer des points forts et des lignes fortes, je ne voudrais cependant pas pousser les choses à l’extrême en vous donnant, comme mmuable, de tels points de règle. Ils sont toutefois d’un excellent secours pour une prompte et bonne éducation artistique. Nous devons les classer dans ce faisceau de petits préceptes pratiques, permettant d’arriver au plus près de l’art et le plus sûrement possible, et que, par cela même, on ne doit jamais négliger lorsqu’on veut s’instruire.

Dans le début de vos études, pour chercher les points forts et vous habituer à voir où ils doivent être, je vous engage donc à tracer en bleu, sur le Yerre dépoli de votre chambre noire, une division impaire, et, en rouge, les deux médianes. Vous saurez tout de suite où mettre votre sujet principal.

Opérez de la sorte pendant quelques mois. Vos tableaux, j’en conviens, auront un aspect à peu près semblable, parce que justement, les lignes fortes étant invariables, vos effets, ou vos sujets principaux, seront toujours à peu près au même endroit. N’en ayez cure. Vous travaillez pour progresser, et cette façon de procéder vous apprendra très vite, croyez-m’en, à déterminer, d’un seul coup d’œil, le point fort et le point faible. De sorte que votre œil, étant habitué à cette gymnastique, tout naturellement et sans le secours de ce guide-âne, vous placerez vos motifs principaux en bon endroit.

80. — Un autre point de règle, entièrement important en photographie est 1 e premier plan. Je dis entièrement important, car on a souvent posé en principe que le premier plan est à la photographie ce que la couleur est à la peinture.

A ce principe-là, j’adhère de toute ma force. Je n’irai cependant pas jusqu’à prétendre que, toutes les fois que nous rencontrons un motif ne présentant pas un bon premier plan, net et solide, nous devons nous dispenser d’opérer parce que notre photocopie ne vaudrait absolument rien. Si envie que j’aie d’être exclusif dans l’espèce, je ne le serai cependant pas jusque-là. 11 existe des exceptions, rares, il est vrai, mais il en existe, témoin les grands effets de lumière, par exemple, susceptibles de nous donner de bonnes photocopies artistiques, sans un premier plan net et solide.

Mais laissons les exceptions et gardons la règle que les exceptions, d’ailleurs, confirment. Or, un premier plan, c’est certain, et on l’oublie beaucoup trop, reste absolument nécessaire en photographie. Cette nécessité n’implique pas que le premier plan doive avoir beaucoup d’effet. Nous parlons, bien entendu, du tableau à faire. En photostéréographie, il en va autrement. Un premier plan, très nettement accusé, demeure une des conditions primordiales du genre, et c’est justement dans ce genrelà que l’on méconnaît le plus cette règle.

81. — Ce qu’il faut, avant tout, c’est que le premier plan, quel qu’il soit, se montre toujours en intimité avec l’ensemble du tableau. Il doit participer à cet ensemble en se maintenant en relation constante avec lui.

Comment le premier plan peut-il se montrer en relation constante avec le tableau ? En aidant à porter notre regard vers un des points de fuite.

POINTS DE REGLE

Comment peut-il nous aider à le porter ? Par échelonnement, direction ou continuité.

Nous ne parlerons de ces différents moyens qu’en ce qui concerne les lignes et les formes. Nous les retrouverons, en tant que tonalité, lorsque nous parlerons des valeurs.

Des sillons, des lignes d’arbres, des poteaux supportant des fils électriques, et que la civilisation, hélas ! nous amène trop souvent dans nos photographies, constituent, par leur répétition, des premiers plans qui participent au tableau par échelonnement. En un mot, rentrent dans cette catégorie, toutes les horizontales et toutes les verticales répétées.

Une fabrique, ou un mur perpendiculaire au tableau mis en premier plan, nous donne la participation par direction. La ligne de faîte, la ligne de terre et la ligne des ouvertures symétriques convergent, en effet, , au point principal de fuite. Du fait meme de leurs fuyantes de tels premiers plans participent à l’ensemble du tableau par direction.

Comme on n’a pas toujours une fabrique ou un mur à sa disposition pour mettre au premier plan, la direction peut être donnée par le geste d’un personnage ou par les branches d’un arbre.

Quant au premier plan, participant à l’ensemble du tableau par continuité, c’est la chose du monde la plus facile à trouver dans le paysage. A chaque instant nous avons une colline, une falaise, un tertre : colline, falaise et tertre nous donnent la continuité en s’enfuyant dans la direction du point principal de fuite. Ou bien encore nous avons une route, un sentier, une ruelle ; nous avons une rivière, un ruisseau. C’est le cas le plus simple et je dirai aussi le plus fréquent. »Tout naturellement, ce premier plan vous conduit au but. Aussi est-ce celui qu’on affectionne le plus, parce qu’il est le plus facile à trouver et le plus facile à bien ordonnancer dans la composition d’un tableau.

82. — Il possède, en outre, comme nous le verrons au chapitre suivant, la faculté de constituer une des meilleures entrées dans le tableau.

Mais si un bon premier plan constitue une force très réelle et très efficace pour le développement de l’effet artistique du tableau, il ne faut point exagérer cette qualité en donnant une importance trop grande au premier plan. La qualité deviendrait

alors défaut primordial. J’en prendrai pour exemple ce tableau que je nommerai : 3fle Gulliver à Lilliput (fig. 35).

Par un effet assez fréquent, dans les pays de montagne, alors que la journée a été belle et qu’une légère brise a chassé toute vapeur, les différents plans prennent des tonalités si semblables, qu’ils paraissent ne faire qu’un, et cette fdlette, assise sur la crête de la colline de premier plan, a tout l'air de

Fig. 35. — Exagération du premier plan .

MUc Gulliver a Lilliput (Photol.ypc de l'auteur.)

participer au plan de la colline voisine. De là cette impression grotesque, si l’on compare la hauteur du personnage constituant le premier plan avec celle de la maison du second plan.

Je classerai encore dans les points de règle une petite question qui, de prime abord, paraît un peu bien secondaire. Ce n’est pas, en effet, une question absolument d’art, mais elle prête à l’art et présente, plus qu’on ne croit, une certaine importance en photographie. Quand vous en aurez pris connaissance et que vous réfléchirez aux photographies qu’il vous est donné de voir, vous vous rangerez à mon avis :

Je veux parler de la coupe des épreuves.

POINTS DE REGLE

Couper les épreuves ! C’est justement à qui ne les coupera pas. J’ai vu des personnes qui me présentaient leurs œuvres avec les feuillures ou les taquets des épreuves encore marqués. On a honte de sembler posséder un appareil plus petit que celui qu’on a. Non seulement l’amateur ne sait pas couper ses épreuves, mais il ne veut pas les couper. De cette façon, il enlaidit son album avec de très mauvaises photocopies, alors que le plus souvent il aurait pu les rendre supportables par une coupe bien comprise.

Au demeurant, cette question concerne aussi bien la photographie anecdotique que la photographie artistique. Une cause involontaire, absolument accidentelle, nous fait quelquefois manquer le tableau visé. Voulant faire œuvre d'art complète, on a fait une œuvre d’art méprisable, gâtée qu’elle est par un manque d’aplomb de la chambre noire, par un personnage survenu inopinément dans le champ du tableau, lequel manque d’aplomb, a mis l’horizon de travers, lequel personnage a fait de son corps, de sa tête ou d’un de ses membres, tache sur le premier plan. Un artiste courageux jette tout simplement au rebut nu phototype négatif obtenu dans de semblables conditions. Je ne saurais le désapprouver. Toutefois, la destruction de prime coup n’est pas à conseiller. Elle procède du premier mouvement, et la vieille sagesse des nations nous dit que le premier mouvement n’est pas toujours le bon.

Si en opérant on cherchait à faire une œuvre d’une certaine valeur, examinons-la d’abord attentivement. Peut-être lui reste-t-il quelque qualité. Pour procéder à cet examen, voyons comment l’épreuve se présente à la coupe, en partant de ce principe que j’ai déjà énoncé : l’encadrement du tableau doit toujours rester dans le sens de la dominante.

83. — On atteint aisément au but, en prenant quatre morceaux du carton noir que l’on peut manœuvrer dans un sens ou dans l’autre en les disposant pour former un cadre.

Quelle que soit l’épreuve que vous ayez faite, épreuve d’art ou épreuve anecdotique, prenez ces quatre morceaux de carton, promenez-les sur l’épreuve à examiner, et voyez si le sujet ne se présente pas esthétiquement mieux, dans tel ou tel encadrement, en observant toujours, j’y insiste, que le sens de l’encadrement doit être commandé par la dominante.

Lorsque vous aureztrouvé une bonne position, n'hésitez pas :

fichez quatre épingles aux quatre coins et coupez résolument votre épreuve.

C’est surtout avec les appareils à main, d’un si grand secours pour le paysage animé, et quand on travaille à la main,

Fig. 36. — Mauvais effet d'un horizon de travers et d'un premier plan grotesque.

Sortie du bain

(Phototype de l'auteur.)

que se multiplient les accidents amenant la nécessité de la coupe.

Prenons deux exemples.

Voici la : Sortie du bain (fig. 36).

Dans la rapidité mise à saisir l’animation du paysage, l’horizon a été mal mis d’aplomb et l’on n’a pas aperçu, dans le

viseur, la femme penchée mettant au premier plan une

figure grotesque. L’épreuve ne vaut que le panier. Pourtant avec une coupe bien comprise, nous constituons la figure 37 rétablissant l’horizontalité de l’horizon, supprimant la grotesque figure du premier plan et nous donnant, dans la dominante horizontale, un paysage animé tout à fait supportable.

Voici encore un : A marée basse (fig. 38) dans lequel, au moment de la prise, je cherchais surtout un grand effet de

POINTS DE REGLE

ciel. Deux pêcheuses venaient à moi. J'attendis le moment où elles allaient me former un premier plan. Avant ce moment attendu elles se séparent. Quand je crus que 1 une d’elles se trouvait hors du tableau, je déclenchai. En la voyant sur l’épreuve, je constatai que le champ de mon viseur ne correspondait pas au champ de ma plaque. Par des valeurs égales

Fig. 37 — Rétablissement de la figure 36 par la coupe de l'épreuve. Sortie du b ain (Phototype de l’auteur.)

symétriquement placées sur un même plan, mes pêcheuses déséquilibraient complètement le tableau. Epreuve de rebut. La coupe de l’épreuve en supprimant une pêcheuse, diminuant un peu de ciel et de terrain, pour conserver nettement la dominante horizontale, nous permet d'obtenir (fig. 39) encore un motif présentable.

Ne dédaignons donc pas les petits moyens.

84. — Tenez il en existe encore un autre ayant bien sa valeur. C’est le choix du titre . Au premier abord ceci semble puéril. Pourtant rien que par le titre un tableau si bon soit-il peut-être rendu ridicule ou insupportable, ou voir tout d’un coup son intérêt rehaussé. Mieux vaut un titre vague, qu’un titre prétentieux; mieux vaut un titre court, qu'un titre qui n’en finit plus. Le titre qui amènera au désir de voir et de penser sera de tous le meilleur.

Fig. 38. — Mauvais effet de deux valeurs égales au premier 'plan.

A MARÉE BASSE (Phototype de l’auteur.)

Fig. 39. — Rétablissement de la figure 38 par la coupe de l'épreuve , A MARÉE BASSE (Phototype de rauteur.)

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