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LA LUMIÈRE ET LES VALEURS

PERSPECTIVE AÉRIENNE

94. Nécessité et importance de l’illusion optique. — 95. Ce qu’est la pers pective aérienne. — 96. A quel phénomène est due la perspective aérienne. — 97. Les poussières atmosphériques. — 98. Comment on peut se rendre compte pratiquement de ce phénomène. — 99. Diminution de la visibilité des lointains. — 100. L’altération constante de l’atmosphère. — 101. L’expérience de Tyndall. — 102. Influence de la température sur la perspective aérienne. — 103. Les eaux météoriques.

— 104. La question de la mise au point. - 105. Les diverses manières d’effectuer la mise au point. — 105. La profondeur de foyer de l’objectif.

— 107. Mise au point sur le premier plan. — 108. Mise au point sur le plan moyen. - 109. La perspective aérienne et les appareils à main.

— 110. Ce qu’on entend par la netteté. — 111. La profondeur dechamp.

— 112. Calcul de la profondeur de champ de l’objectif. - - 113. Résultat pratique de ce calcul. — 114. Le rôle des diaphragmes dans la pratique artistique. — 115. Valeurs des mises au point et des diaphragmes pour les limites déterminées d’un champ de netteté. — 116. La différence d’éclairement du champ.

94. — En tant quillusion d’optique, nous avons vu que la perspective linéaire nous donnait déjà, sur le tableau, la perception de l’enfoncement des plans, du relief des choses; mais nous avons vu aussi, qu’elle est déterminée par les lignes et par les formes.

Or, un des moyens d’art, sans être cependant de l’art pur, un des principaux buts de l’artiste est de nous donner, tout d’abord, une illusion optique. L’illusion optique demeure excellente, artistiquement parlant. Meilleure elle est, mieux le tableau sera. C’est en ce qui concerne l’art photographique, une des plus grandes forces de la photostéréographie. Cependant, cela ne veut pas dire que par l’illusion optique seule , nous aurons

une œuvre d’art. Je n’irai pas jusque-là. Toutefois, l’illusion optique aidant puissamment à l’œuvre d’art, nous devons apporter tous nos soins à son rendu. Les lignes et les formes nous ont servi. Les effets de la lumière sur ces formes, c’est-àdire les valeurs, nous y aideront également.

95. — Le premier de ces effets de lumière sur les formes est pour nous, paysagistes, le phénomène optique de la réflexion de la lumière produite par les masses d’air illuminées qui se trouvent entre l’opérateur et les différents objets qu’il a devant lui.

Ce phénomène optique se nomme perspective aérienne.

96. — Nous pouvons nous demander d’où provient ce phénomène. En effet, le paysagiste demeure, en somme, en présence d’une source de lumière unique , le soleil, se trouvant placée très haut et très loin par rapport aux objets terrestres. Conséquemment, il n’y a pas de raison pour que les objets du second, du troisième ou du vingtième plan ne soient pas éclairés de la même façon, ne se présentent pas aussi distinctement à nous au premier plan qu’au dernier, attendu que la distance entre ces plans, fût-elle de quelques kilomètres, n’est en rien comparable à la distance qui nous sépare du soleil.

L’illumination des couches atmosphériques devant être la même partout puisqu’elle émane du soleil, ne l’est donc pas en réalité ?

N’en croyez rien : elle est la même. Seulement, nous ne la percevons pas semblable pour l’objet qui est près de nous et pour l’objet qui est plus loin. Il y a altération des couches.

Quelles sont les causes de cette altération ? Nous gagnerons sans doute à les connaître. Deux surtout sont très intéressantes. Les autres, d’ailleurs, peuvent se fondre en ces deux-là. Ces causes sont : les poussières et les eaux météoriques.

97. — Les molécules constituant ce que je nommerai les poussières , si elles sont très fines, transparentes et ne possédant ni la même densité, ni le même pouvoir réfringent que le milieu où elles flottent, dévieront la lumière de la ligne droite représentant couramment sa trajectoire. Elles la dévieront soit par réflexion, soit par réfraction et détermineront, par cela même, sa diffusion. Moins ces poussières seront nombreuses, moins grande sera la diffusion de la lumière et plus nettement on verra les objets.

PERSPECTIVE AERIENNE

98. — Vous êtes à même de constater tous les jours ce phénomène simplement en vous débarbouillant. Si dans l’eau de votre cuvette, qui a, je suppose, des fleurs ou une autre ornementation, vous projetez une ou deux gouttes d’une liqueur essentielle quelconque, vous voyez immédiatement l’eau se troubler. Votre eau n’est plus limpide; elle a pris une teinte laiteuse. Gela provient justement des molécules microscopiques de l’huile essentielle disséminées dans l'eau ou d’un précipité qui se forme et ne possède pas le même pouvoir réfringent que l’eau. 11 y a diffusion de la lumière. C’est pourquoi vous voyez votre eau laiteuse.

Admettez qu’au lieu de jeter dans la cuvette quelques gouttes de liqueur essentielle, vous y mettiez une grande quantité de cette liqueur. Alors que dans le premier cas vous voyiez encore la matière de la cuvette et les dessins qui ornementent son fond, dans le second cas, vous ne verrez plus rien du tout.

99. — Les choses se passent ainsi dans la nature. Si nous n’avons dans l’atmosphère que de légères poussières, nous voyons les lointains, autant au moins que peut s’y prêter l’accommodation de notre vision. Avons-nous des poussières plus nombreuses, les lointains perdent de leur visibilité et s’estompent de plus en plus comme nous le voyons dans : Toulouse vue de la rive gauche de la Garonne (fîg. 46). La nature, au lieu d’être vue uniformément éclairée à travers une glace sans tain, se trouve vue à travers une gaze plus ou moins épaisse, ou plus correctement, à travers une succession de voiles de gaze.

100. — Cette altération de l’air reste, au demeurant, absolument constante. Je n’entends pas par ces mots qu’elle garde la même valeur, mais bien qu’elle reste constante, en ce sens, que l’atmosphère se présente à nous toujours plus ou moins altérée.

Considérons, par exemple, la chambre dans laquelle nous vivons et où nous croyons respirer l’air le plus pur. L’altération atmosphérique y est considérable. Vous connaissez tous le phénomène suivant : vous êtes dans ladite chambre, vous en fermez hermétiquement les volets alors que le soleil luit au dehors et vous pratiquez un trou de minime ouverture dans l’un de ces volets. Tout à coup, la chambre quitte son obscurité complète pour s’illuminer très légèrement. Grâce à cet infime petit trou livrant passage à la lumière intense du dehors, votre

vision acquiert la sensation des objets environnants. En même temps, autre phénomène, vous percevez une traînée de lumière fusante émanant du trou du volet.

Pourquoi cette traînée ici plutôt que là ?

Tout simplement parce que l’air de votre chambre, qui paraissait si pur, est altéré. Le rayon lumineux, traversant le trou, frappe toutes les petites molécules constituant les pous-

Fig. 46. — Perspective aérienne par différence de visibilité des plans.

Toulouse, vue de la rive gauche de la Garonne (Phototype de l'auteur.)

sières et vous donne, sur le parcours du rayon, une impression plus lumineuse qu’ailleurs. Ce sont les corpuscules organiques en suspension dans l’air qui se trouvent éclairés.

La preuve en est simple. Cherchez à détruire ces corpuscules : la traînée lumineuse échappera à votre vision.

101. — A ce sujet, il existe une expérience fameuse de Thyndall. Elle consiste, tout bonnement, à placer sous la traînée lumineuse une lampe à alcool allumée. Immédiatement, les petites poussières organiques sont chassées ou détruites par la flamme de la lampe, et, au-dessus de l’endroit où se trouve placée celle-ci, il se forme une barre noire.

PERSPECTIVE AÉRIENNE

En d’autres termes, au-dessus de la flamme, l’air étant plus altéré ou l’étant fort peu, vous noterez une différence considérable entre la partie chauffée et les parties non chauffées du rayon pénétrant. De là, par la chaleur, une certaine diminution de la perspective aérienne quand la température atteint des degrés élevés.

102. — Plus que tout autre, le paysagiste de montagne constate fréquemment ce phénomène. Beaucoup de personnes, et je suis du nombre, je l’avoue, n’aiment le paysage Alpestre, que le soir ou le matin et pas du tout dans l’après-midi, en été surtout et lorsque le soleil donne.

Rien de plus compréhensible. Dans ces pays de hautes montagnes, les vallées habitables forment souvent de véritables cuvettes. Quand le soleil darde d’aplomb, qu’il a bien chauffé la vallée par lui-même et par les réverbérations des glaciers environnants, l’atmosphère, sans être absolument dénuée de ses petites matières organiques, s’en trouve considérablement débarrassée. Cette atmosphère alors devient plus translucide, tous les plans se rapprochent, par cela même, que nous les voyons mieux, et tous les objets arrivent sur nous.

Le paysagiste photographe devra donc ne pas perdre de vue ce point important : à certaine heure du jour, à certaine époque de l’année, suivant la température, la perspective aérienne se trouve considérablement diminuée. J’appuie sur cette remarque parce que l’artiste doit toujours tenir grand compte, pour son tableau, de la perspective aérienne.

103. — Les molécules altérantes, ai-je dit, ne proviennent pas seulement des poussières mais encore des eaux météoriques. Ces eaux météoriques peu vent être absolument invisibles. J’entends quelles jouent le rôle des poussières invisibles mais excitantes comme nous l’avons vu. Elles peuvent être fines d’abord pour devenir de plus en plus grosses ensuite. C’est une question de température.

En effet, plus la température s’abaissera, plus les eaux météoriques tendront à se condenser et arriveront à leur point de condensation. En même temps, remarquons que plus nous approchons de ce point de condensation des eaux météoriques, plus grosses seront les vésicules formées, et par conséquent moins visibles les objets lointains. Sur les bords des lacs surtout elles arrivent à former par opposition de ton de saisissants

effets de perspective aérienne comme dans : Au bord du lac de Thoune (fig. 47).

104. — Or, pour atteindre au plus près de l’illusion optique, dont nous nous approchons déjà par la perspective linéaire, bien comprise., suivant l’objectif employé, nous devons considérer ces deux principales altérations de l’atmosphère, se traduisant par la visibilité plus ou moins nette des détails. Cette question de visibilité dans les détails, de perspective aérienne, en un mot, est aussi dépendante de l’objectif que la perspective linéaire, car elle se confond, en effet, avec la question dite de mise au point.

105. — D'une façon générale, et sans nous préoccuper du côté purement artistique, existe-t-il, dans la pratique courante de la photographie, plusieurs manières défaire la mise aupoint?

Certainement. Il existe au moins deux manières : la mise au point sur le premier plan ou la mise au point sur le plan moyen.

Cette question insidieuse de la mise au point peut même influer grandement sur la nature de l’objectif que nous avons à choisir. Certains objectifs nous donnent très nette l’image d’un point sur un plan déterminé et ne nous donnent plus la netteté suffisante sur le plan qui le précède ou le suit immédiatement. D’autres objectifs, au contraire, nous donnent la netteté de l’image de ce point sur plusieurs plans à la fois. On dit que ces objectifs possèdent une grande profondeur de foyer.

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