LE SOLEIL RESTE EN POSITION ARRIÈRE MAIS EN DEHORS DU CHAMP DU TABLEAU
282. — Lorsque cette position arrière se trouve telle que le rayon principal, envoyé à l’objectif, forme avec l’axe principal de celui-ci un angle d’une ouverture plus grande que 45° et que de plus il se trouve sous nuages, comme dans le cas de cette : Moulière de Bènermlle (fig. 107) nous n’éprouvons véritablement pas de difficultés réelles. Nous n’aurons, comme nous l’aurons toujours à partir de ce moment dans les effets de contre-lumière, nous n’aurons qu’à bien surveiller notre développement pour éviter la montée trop brusque ou la trop grande intensité du voile général produit par une trop forte abondance de rayons réfléchis sur les parois intérieures de la chambre noire.
Lorsque l’astre est dans le plan perpendiculaire à l’axe principal de l'objectif nous nous trouvons, mais pour des raisons autres, dans une situation plus difficile encore, si possible, que celle où le soleil est placé à 45° dans la position arrière du tableau.
La difficulté cependant n’est véritablement très réelle qu’autant que le plan vertical du soleil tombe entre l'objectif et le premier plan ou très légèrement en arrière de ce premier plan, comme dans cette vue : le Port et la tour Solidor à Saint- Serran (fig. 74, p. 197), où cette position un peu arrière est franchement indiquée par des taches de soleil ti quêtant l’eau de l’ avant-plan.
Ainsi placé, le soleil détermine entre le motif et l’objectit, de par le fait des altérations de l’atmosphère, une grande nappe lumineuse, semblable à la tramée lumineuse aperçue dans une pièce obscure et dont je vous ai parlé à propos de la perspective aérienne.
Cette nappe lumineuse contient de nombreuses radiations jaunes. Elle paraît très dorée. Les poètes décadents la nomment brouée d'or. Notre objectif la transperce bien difficilement. La difficulté qu’elle présente s’accroît encore d’une façon très considérable lorsque l’avant-plan du tableau se trouve constitué par une surface réfléchissante comme dans le cas de ce dernier exemple que je viens de vous rappeler. La trop fameuse
brouée d’or se double, en effet, de la réflexion très vive des eaux.
Aussi le plus souvent, dans ce cas, l’image se présentet-elle, non pas seulement avec un voile assez accentué, mais encore avec un grisaillement général qui peut affaiblir l’image jusqu’à la compromettre. Un bon rendement dépend alors strictement de l’habileté que l’on a acquise dans la conduite intelligente d’un développement.
Plus cette nappe lumineuse s’éloigne ou se rapproche du
Fig. 108. — Le soleil en position arrière du tableau dans le plan vertical et hors du tableau. Dans l’anse de Mers (Phototype de l’auteur.)
plan vertical de la face antérieure de notre objectif, moins difficile devient l’obtention du motif. Nous l’avons même sans le moindre effort lorsque le soleil, arrivant à la limite extrême de l’angle embrassé, son plan vertical tombe sur les tous arrièreplans de notre motif.
Dans le cas des marines, nous avons ainsi, comme le montre ce : Dans l’anse de Mers (fig. 108), des luisants sur la mer lesquels nous présentent toujours un effet saisissant. Ces luisants peuvent également se produire quand le soleil se trouve dans le champ du tableau mais masqué par les nuages. C’est
SOLEIL ET LUNE
le cas de la figure 49, p. 133, que je vous ai donnée au chapitre ii du livre deuxième.
A tout prendre, même lorsqu’il y a des difficultés, ces effets n’ont rien d’insurmontable. Les exemples que je viens de vous fournir à l’appui me semblent suffire pour vous le prouver. Le résultat dépend surtout de la bonne conduite du développement. Par conséquent dès que vous connaîtrez à fond la façon de conduire un développement et les ressources que le développement fournit l, braquez franchement et hardiment votre objectif devant un tel motif, si ce motif vous séduit.
Entendez-le bien, il n’y a absolument qu’à oser. Malheureusement, avec le préjugé ridicule du soleil dans le dos, on n’ose pas oser. Je vous en prie, osez : vous serez tout étonnés de constater que rien au monde n’est plus simple que l’obtention de ces effets.
283. — L’écran jaune doit-il être employé et quel est le coefficient de cet écran ?
L’on peut dire, et les trois exemples que je viens de fournir sont là pour le prouver, l’on peut dire que l’écran jaune peut être ou ne pas être employé. Ainsi la : Moulière de Bênermlle a été obtenue sur plaque ordinaire. Lumière étiquette bleue, sans écran; le : Dans Vanse de Mers aussi avec une plaque Lumière étiquette bleue, mais avec écran jaune à coefficient 2; le Port et la tour Solidor (fîg. 74, p. 197), avec plaque orthochromatique Lumière série A et écran jaune à coefficient 4.
A première vue il semble y en avoir pour tous les goûts. Détrompez-vous. Ces différents exemples nous offrent une sorte de classement.
Dans la : Moulière de Bênermlle le soleil est de côté et sous nuages, les rayons, s’ils frappent de côté sur la mer, en face de l’opérateur, ne viennent en aucune façon frôler l’objectif ni pénétrer dans son tube.
D’autre part, le ciel très chargé de nuages ne laisse que peu ou point les radiations bleues de l’éther envahir le tableau. En outre, le soleil étant sous de gros nuages gris, donc tamisé par eux, ce sera surtout la dominante du jaune, composant ces gris, qui envahira le tableau.
(1) Voir mon ouvrage : le Développement en photographie , principalement le chapitre intitulé : la Conduite du développement.
De là cette double possibilité de travailler sans écran et même avec une plaque ordinaire.
Avec le : Bans Vanse de Mers, les conditions sont les mêmes en ce qui concerne le bleu de l’éther et la dominante ^en jaune des gris des nuages, avec cette différence très caractéristique toutefois que les rayons du soleil tombent verticalement devant l’objectif constituant cette brouée d’or que j’ai signalée plus haut.
Si donc nous nous trouvons, comme dans le premier exemple, avec la possibilité de faire usage d’une plaque ordinaire, nous devons cependant faire emploi d’un écran jaune clair à coefficient 2 au moins, pour combattre les inconvénients que nous présente l’interposition de cette brouée dorée et la réverbé* ration qu’elle produit aux premiers plans.
Avec : le Port et la tour Solidor (fig. 74, p. 197), nous avons cette même brouée d’or et la réverbération très vive sur l’avantplan, mais en plus le ciel est très clair, constitué par de grandes plaques du bleu de l’éther et des nuages blancs vivement éclairés.
De là les nécessités absolues de la plaque orthochromatique d’un écran à coefficient supérieur à 2.
Le coefficient 4 est, à mon sens, le minimum que l’on puisse employer. D’une façon générale, je l’aimerais mieux un peu plus fort.
Quoi qu'il en soit, mieux vaut ici, comme toujours, faire emploi de la plaque orthochromatique, et jouer des écrans à coefficients 2, 4 ou 6, suivant le besoin.
Tout aussi simple pour le moins se montre l’obtention des effets de la deuxième catégorie. Là, plus que jamais, il n’y a qu’à oser. Voyons donc cette seconde catégorie.