LE SOLEIL DANS LE CHAMP DU TABLEAU MAIS MASQUÉ PAR DES NUAGES
284. — Soit que le soleil se sente au haut du tableau près de la bordure du cadre ainsi que nous le rencontrons souvent avec un ciel moutonné comme dans ce : Un soir, en rade de Saint-Malo (fig. 109); soit qu’il se sente en plein tableau sous les amoncellements de nuages orageux d’une chaude matinée
e soleil, dans le haut du champ du tableau et masqué par des nuages .
110. — Le soleil dans le champ du tableau et masqué parades nuages. Rentrée [des bateaux au Tréport (Phototype de l’auteur.)
SOLEIL ET LUNE
d’été ainsi qu’on le voit dans cette : Rentrée de bateaux au Tréport (fig. 110); soit qu’il arrive aux approches de son coucher, après une forte averse et caché par des bandes opaques d’où il envoie en éventail des rais lumineux que nos marins désignent sous le nom de pieds de pluie , dans un aspect semblable à celui de cet : A la pointe du roc de Granville (fig. 1 11) ; soit qu'il transperce avec une difficulté très marquée les brumes épaisses s’élevant certains soirs d’été au-dessus de la mer comme cela a lieu dans ce : Calme dru soir (fig. 112); soit qu’il fasse des bavures lumineuses et des foisonnements de clarté autour d’un paquet de nuages venant l’obscurcir par la chasse d’un coup de vent annonçant l'orage prochain comme cela a lieu dans ce : Coucher de soleil sur la grève (fig. 113) ; soit enfin, lorsqu’il est complètement arrêté par d’épaisses frondaisons ne semblant plus envoyer ses rayons que vers le zénith en nous donnant ces belles lueurs crépusculaires de l’automne nous le constatons avec ce : Crépuscule dans le parc de Versailles (fig. 114); le soleil, se trouvant dans tous ces cas dans le champ du tableau et masqué par des nuages, ne gêne absolument en rien l’opérateur, et il peut, sans difficultés sérieuses, saisir tout les beaux effets s’offrant ainsi à lui.
285. — Quel que soit le cas, l’artiste se trouve toujours en présence delà contre-lumière franche , c’est-à-dire de la source des plus beaux effets de la nature, de ses plus grandioses même, car la contre-lumière franche comprend les levers et les couchers du soleil.
Que se passe-t-il de particulier à ces moments-là ?
286. — L’atmosphère altérée nous a donné dans le courant du jour des radiations plus ou moins bleues et violettes, formant la perspective des couleurs, change de nuance le soir et le matin.
Le soir, l’atmosphère paraît alternativement rouge, orangée et jaune.
Le matin, elle nous apparaît très rarement avec le rouge franc, mais très souvent avec le rose plus ou moins vif mélangé de jaune et constituant cette teinte que nous nommons, sur la palette du peintre, couleur aurore.
Le soir, la lumière qui, pendant tout le jour, a dépensé, par éparpillement, une quantité énorme de rayons bleus et violets s’est trouvée considérablement appauvrie. De plus, lorsque le
soleil se montre très loin de nous, à 1 horizon, il a beaucoup plus de couches atmosphéricpies à traverser par rapport à notre objectif qui le voit directement. Les rayons à arrêter ne seront plus seulement les bleus et les violets. Il n’y en a presque plus. Il restera surtout à arrêter les rayons jaunes et orangés; fréquemment aussi les rouges.
Le matin l’atmosphère , beaucoup plus reposée, beaucoup plus tranquille, se montre moins altérée. Si nous avons affaire à des particules en suspension ce sont surtout à des particules d’eau, des particules chargées de rosée. Les radiations alors seront moins chaudes de ton. Les teintes, par conséquent, se présenteront plus actiniques que le soir.