Tout d’abord se présente à nous Y objectif
C’est l’oeil du photographe. Avant tout il doit être choisi irré-
prochable, c’est-à-dire corrigé au mieux du possible de toutes les aberrations.
Ainsi corrigé et fait avec les matières les plus pures, l’objectif, au point de vue spécial du travail artistique, doit pré-
Fig. 118. — Anastigmat Zeiss-Krauss avec un élément de la série VII.
senter, ainsi que nous l avons vu, les qualités particulières suivantes :
1° Nous donner sur le verre dépoli, donc sur la plaque photographique, un degré de netteté ou de dégradation de plans qui nous procure, autant que possible, la sensation que notre vision distincte nous fait éprouver en face de la nature. Plus
Fig. 119. — Anastigmat Zeiss-Krauss avec deux cléments de la série VII constituant la série Vlla.
l’objectif nous approchera de cette sensation, plus parfait il sera pour nous.
A toute ouverture, nous travaillerons toujours avec lui dans de bonnes conditions.
2° Sa distance focale principale doit être, au moins , égale à la longueur de la diagonale de la plaque qu’il doit couvrir.
3° Dans ces conditions, il doit fournir à toute ouverture la netteté sur un cercle ayant sa distance focale pour diamètre.
LES OUTILS
C’est ce que nous devons considérer comme un minimum, pour nous permettre le décentrement de l’objectif sur la chambre noire.
D’autre part on se souviendra, d’après ce qui a été dit au chapitre de la perspective aérienne, que la profondeur de champ demeure pratiquement égale pour deux objectifs dont le produit de la distance focale principale par le diamètre de l’ouverture utile employée se présente le même. Donc on ne pourra comparer deux objectifs, qu’autant qu’on les aura diaphragmés de telle façon que ce produit indiqué soit le même pour les deux.
Comme type d’un objectif propice à l’Art en photographie, donc au Paysage Artistique, je signalerai l’objectif Zeiss-Krauss de la série VII a formé de deux éléments de la série VII, chaque élément pouvant travailler séparément en constituant ainsi un objectif simple de premier ordre1.
306. — Les diaphragmes , ce qui a lieu d’ailleurs dans les objectifs de nouvelle fabrication, devront être des diaphragmes iris.
Le diaphragme, comme je l’ai dit dans le cours de cet ouvrage, doit être employé avec la plus grande circonspection, en ayant toujours présent à la mémoire que plus sera grande l’ouverture avec laquelle on travaillera, plus l’image obtenue aura de brillant et de relief ; plus accentué sera l’effet de perspective aérienne.
307. — En ce qui est de la Chambre noire, nous avons constaté que le tableau photographique destiné à être vu à la main, donc collé dans un album, devra être compris dans les dimensions 18 X 24 et obtenu avec un objectif de 30 centimètres de distance focale principale.
Toute image primaire inférieure devra être agrandie à ces dimensions dans le rapport de 30 centimètres à la distance focale de l’objectif employé pour l’obtention de cette image primaire .
Il en résulte donc que, si l’on veut obtenir une image d’album dans des conditions d’art et sans avoir recours à l’agrandissement, il faut employer une chambre noire à pied 18 X 24,
1 Voir mon ouvrage : les Nouveautés photographiques , année 1897, chapitre : Nouveaux anastigmats Zeiss-Krauss, séries VII et VIL
On pourra employer le 13 X 18 ou tout autre format, mais à la condition absolue que l’objectif, dont ces chambres noires seront munies, devra présenter 30 centimètres de distance locale principale.
308. — Ces formats rentrent forcément dans la catégorie des chambres noires à pied.
D’une façon générale, chaque modèle de chambre noire à pied présente, au dire de son constructeur, des avantages à nul autre pareils. Il y a décentrement de l’objectif; il y a mouvement de bascule du châssis porte plaque, dans le plan vertical ; il y a mouvement de bascule de la planchette de l’ob-
Fig. 120. — La chambre noire Huillard repliée.
jectif dans le plan horizontal; il y a... il y a... tout ce qu’il n’y a pas dans la chambre noire du confrère et ce « ce qu’il n’y a pas » est de la plus haute importance en photographie.
Eh bien ! je ne me range pas du tout au dire des constructeurs. Qu’un mouvement de bascule dans un sens ou dans un autre puisse avoir, dans certains cas restreints, une utilité pratique pour le photographe documentaire, je n’en disconviens point. Mais nous ne sommes pas, nous, photographes documentaires. Nous voulons faire de l’Art, et ce qui nous importe c’est que notre chambre noire réponde aux exigences artistiques.
Ces exigences, nous l’avons vu, sont :
1° La possibilité de changer la place occupée par l’horizon ;
2° La possibilité de changer la place occupée par le point principal de fuite.
Pour atteindre à ces possibilités, nous savons qu’il faut que l’objectif puisse librement se déplacer dans le plan vertical et
LES OUTILS
dans le plan horizontal. Or, si les chambres noires à pied du commerce présentent généralement, je veux bien le reconnaître
ces décentrements de l’objectif, dans les deux sens, elles les présentent le plus souvent insuffisants, surtout dans le plan
Fig. 122. — La chambre noire Huillard avec son minimum de tirage et son maximum de décentremcnt dans le plan vertical.
horizontal, car, comme je l’ai fait remarquer, les constructeurs n’ont par conscience de l’effet, donc de la nécessité de ce déplacement.
S’il est permis d’admettre que, pour une chambre noire à main visant à un volume réduit et à des commodités de transport, s’il est permis que les décentrements nous offrent une course relativement minime, il n’en va pas de même des chambres noires à pied. Du moment qu’on se charge d’elles, il importe fort peu qu’on les ait plus ou moins alourdies par des modifications destinées à en faire des outils d’art de premier ordre.
Comme type d’une chambre noire à pied d’artiste je prendrai celle construite par la maison Gilles, d’après les études de M. Iluillard. Elle est carrée et du format 15 X 21, ce qui
Fig. 123. — La chambre noire Iluillard avec son maximum de tirage et son maximum de décentrement dans le plan vertical.
nous permet de garder à la rigueur l’image telle que, même en employant un objectif de distance focale principale égale à la longueur de la diagonale de la plaque, puisque cette longueur est de 25 centimètres, ce que l’on considère comme la limite antérieure de la vision distincte, la limite postérieure étant 35 centimètres et la moyenne 30 centimètres.
Cette chambre noire possède 95 millimètres de décentrement en haut et 75 millimètres de décentrement en bas, soit 170 millimètres de mouvement vertical, et 72 millimètres de décentrement de chaque côté de l’axe vertical, soit 144 millimètres de mouvement horizontal. Pour le format 15 X 21 ce sont de très bons décentrements.
309. — Comme je l’ai démontré dans ce volume, en parlant de la surface utilisable, et du tableau, nous pouvons par-
LES OUTILS
3il
faitement faire de 1 art avec la chambre noire à main. Toutefois, faut-il que 1 appareil à main remplisse certaines exigeances. Tout d’abord :
1° Il doit être mixte c’est-à-dire tout en étant appareil à main, permettre de travailler sur pied et notez-le bien, avec Y emploi de la glace dépolie.
2° Présenter le décentrement de l'objectif dans le plan vertical et dans le plan horizontal.
Gomme type d’un tel appareil je signalerai le Spido-Gaumont 9x 12, non pas seulement parce que c’est celui dont je me sers
couramment, mais par qu'il résout d’une façon éminemment pratique, le problème du décentrement dans les appareils à main1. C’est pour cela d’ailleurs que je me sers de lui couramment.
De plus, il permet admirablement le travail sur pied en se servant de la glace dépolie et est muni d’un anastigmat Zeiss- Krauss de la série VIL, ayant une distance focale de 133 millimètres, ce qui n’est pas la diagonale de la plaque employée (9 Xl2) il est vrai, mais reste la diagonale de la surface réellement utilisée (8 X H).
Le Spido-Gaumont répond donc à toutes conditions nécessaires comme je l’ai indiqué en le décrivant2.
310. — Au point de vue du tableau pictural, qui n’a rien à voir avec le document absolu, on peut, à la grande rigueur,
1 Voir mon ouvrage : les Nouveautés photographiques , année 1900, chapitre : Spido-Gaumont.
2 Voir mon ouvrage : les Nouveautés photographiques , année 1900.
Fig. 124. — Le Spido-Gaumont à décentrements horizontal et verlical et à visée automatique.
travailler avec une chambre noire non munie du décentrement de l’objectif. Mais alors dans ce cas il faut faire usage d’une chambre noire beaucoup plus grande. Ou bien, en d’autres termes, il faut se résoudre à faire des 61/2x9 avec une chambre 9 X 12, du 13 X 18 avec une chambre 18 X 24, etc., etc.
J’entends par là , qu en ne prenant , par exemple , qu’un 13 X 18 dans un 18 X 24, nous pourrons, en faisant la coupe de l’épreuve, abaisser ou élever l’horizon, porter à droite ou à
gauche de la médiane verticale, aussi loin qu’il nous plaira, le point principal de fuite.
Soit, par exemple la surface utilisable A B G D. L’objectif étant fixe, l’horizon, comme nous l’avons vu coupera la surlace par le milieu, en II II', et le point principal de fuite sera en O, en plein centre.
Or, si nous n’utilisons que la surface a b c d, nous aurons notre horizon, au tiers ou au quart du tableau, suivant le sujet, et notre point principal de fuite O rejeté très en dehors du centre, sans que rien, en somme, soit visiblement modifié au point de vue de la perspective donnée par l'objectif.
Le grand danger de ce procédé est de déséquilibrer la composition du tableau. Il est cependant un moyen de l'éviter. Ce
LES OUTILS
moyen consiste à faire emploi d'un cadre de carton, ouvert aux dimensions de la surface à utiliser , à appliquer ce cadre, au moment de la composition, sur la glace dépolie, et à ne composer son tableau que pour la surlace comprise dans l’ouverture du cadre.
Quand il s’agira, par l’agrandissement, de ramener le tableau aux dimensions normales 18 X 24, on n’aura qu’à couper préalablement, au diamant, le phototype négatif suivant, la dimension réduite que l'on a choisie. Encore cette coupe n’est-elle
rcHELLE X* DEPOSE
Fig. 126. — Amplificateur télescopique.
nécessaire qu’autant qu’on fera emploi, pour l’agrandissement, d’un amplificateur à dimensions déterminées.
311. — Ces amplificateurs ont ceci d’excellent, qu'ils facilitent le travail d’une façon considérable. Ils sont le complément nécessaire de tous les appareils à main aussi bien que des appareils à pied, donnant des surfaces utilisables inférieures à 18 X 24.
Car je le répète, toute photographie, pour être vue avec sa perspective exacte, doit être, pour l’album, ramenée aux dimensions d’une photographie ayant 18 X 24 et prise avec un objectif mesurant environ 30 centimètres de distance focale. En réalité, mesurant 25 à 33 centimètres, 30 centimètres étant la moyenne de la vision normale.
Comme type d'un tel appareil, je signalerai Y amplificateur
télescopique , parce qu'il est le plus pratique, par son étonnante facilité d’emploi1.
312. — La plaque sera une plaque panchromatique ou tout au moins orthochromatique. J’entends par ce dernier mot, une plaque sensibilisée aux radiations jaunes et vertes, comme types de ces plaques j’indiquerai les plaques Lumière orthochromatiques, série A.
Lorsqu'on n’est pas en voyage et que l’on pourra manipuler facilement et sûrement les plaques sensibilisées à toutes les radiations, on fera usage de la plaque panchromatique delà marque Lumière.
Dans les cas où le antihalo est nécessaire on en emploiera les plaques ïsolar orthochromatiques , ou l’on badigeonnera le dos des plaques précédentes d’un antihalo efficace.
313. — Pour compléter l’orthochromatisme, il sera bon de posséder une série d’écrans jaunes, dont le nombre, comme nous l’avons vu, peut être pratiquement réduit à trois. Les coefficients de ces écrans étant : 2, 6 et 16.
314. — Du moment qu’il s’agit du paysage artistique, donc d’une oeuvre d’art, le développement joue un rôle considérable., pour obtenir aussi complètement que possible, sur le phototype négatif, la relation exacte des valeurs à laquelle nous avons déjà essayé d’atteindre, par une pose correcte, l’emploi des plaques orthochromatiques, del’antihalo, et des écrans jaunes.
Je préconise, presque exclusivement le développement lent, non pas parce qu’il donne, comme d’aucuns le croient, plus de détails avec une pose courte, mais bien parce qu'il amène à l’harmonie par une attaque simultanée de toutes les parties impressionnées de la plaque. Pour l’effectuer on emploiera soit le système du développement à deux cuvettes, soit celui du développement à trois cuvettes2, soit encore et surtout celui du développement en cuvette verticale.
Dans ce dernier cas, le meilleur, on ne perdra pas de vue que n’importe quelle cuve verticale ne peut servir. Il en faut une construite tout exprès suivant des conditions nettement déterminées. Il n’existe actuellement dans le commerce que
1 Voir mon ouvrage : le Développement en photographie, paragraphes 283 et 291.
2 Voir mon ouvrage : les Nouveautés photographiques, année 1898, chapitre : Amplificateur télescopique.
LES OUTILS 345
celle faite sur mes indications et connue sous le nom de Cuve universelle1 .
J’ai donné d’autre part toute la théorie du développement lent2. Le choix du révélateur est d’une importance capitale. Pour la cuvette verticale, le plus apte de tous à ce travail est le glycin suivant la formule donnée dans mon ouvrage : Le développement en photographie page 206. Je le préfère meme au pyrogallo-iconogène que j’avais signalé avant l’apparition du glycin. Toutefois, comme il faut un peu tenir compte de
Fig. 127. — Cuve universelle pour le dcveloppemeut lent.
la paresse de certains artistes, ne cherchant qu’à employer des cléveloppateurs commerciaux je leur rappellerai le Panchro B qui rend des services analogues3.
Unseulrévélateur: le chlorhydrate de diamidophénol permet le développement rapide, en laissant une grande harmonie au phototype négatif4, moins grande cependant, à mon sens, que celle qui est donnée par le développement lent lequel, encore, donne un grain plus fin à l’image.
On y arrive aussi par le développement rationnel à l’acide pyrogallique, mais avec beaucoup moins de certitude.