L. Galloche (i670-i76i
L'étude du paysage n'a pas simplement poui' but de savoir le peindre, on y apprend encore à connaître les effets de lumière théoriquement et par principes, c'est une des meilleures leçons de clair-obscur. Je ne feindrai point de dire qu€ c'est dans cet examen de la nature en grand que j'ai trouvé la solution de toutes les difficultés qui pouvaient m'arrêter à l'égard de cette partie importante de la peinture. Le jardin du Luxembourg où les arbres sont plantés en tant de manières différentes, m'a éclairé bien des doutes, et j'y ai puisé des principes applicables à toutes. On y voit des allées droites de longueur et de largeur différentes, des bosquets de toutes les formes, des endroits irré-
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guliers où les arbres sont plus ou moins serrés : toutes ces circonstances produisent autant d'effets différents nécessaires à observer pour Tintelligence du clair-obscur.
Traite ih Peinture (Manuscrit de l'école des Beaux-Arts, n*^ 203).
Natoire (i~oo-i777;.
A quoi bon peindre d'après nature ? Est-ce que la nature peut fournir des figures de second et de troisième plan ? La belle difficulté de prendre un modèle et de le copier^ !
Propos cité par 0, Merson. {Histoire de la peinture française au XVW et au XVIW siècle). Paris, 1901.
J. Vernet (1712-1789).
Le moyen le plus court et le plus sur est de peindre et de dessiner d'après nature. Il faut surtout peindre parce qu'on aie dessin et la couleur en môme temps.
Il faut d'abord bien choisir ce qu'on veut peindre d'après nature ; il faut que le tout se compose bien tant par la forme que par la couleur et le clair-obscur.
Il faut ensuite se placer, si on le peut, de façon à être éloigné de l'objet qui est sur le premier plan de deux fois sa hauteur, ou de deux fois sa largeur, si cet objet du premier plan est plus large que haut.
Il faut après s'être placé ainsi, prendre, pour sujet de notre dessin ou de notre tableau, ce que le même coup d'œil peut embrasser, sans remuer ni tourner la tête ; car, chaque fois qu'on la tourne pourvoir un objet qu'on n'apercevait pas, ce sont tout
1. Ce qui atténue la portée de ce paradoxe, c'ebt que Natoire lui-niêine, élaut directeur de l"EcoIe de Rome, s'adonna avec passion au paysage et y encouragea ses élèves. (Voir Archives de l'arl français, tome VlU, l'.U6, Naloire paysagiste, p. 230. Noie de l'E.).
autant de tableaux nouveaux qui demanderaient le changement de la forme des objets, celui de leurs plans, et par conséquent celui de la perspective.
Apres avoir bien choisi ce qu'on veut peindre il faut le copier le plus exactement possible, tant pour la forme que pour la couleur, et ne pas croire mieux faire en ajoutant ou retranchant ; on pourra le faire dans son atelier, lorsqu'on veut composer un tableau et se servir des choses qu'on a faites d'après nature.
Une chose qui nuit infiniment aux jeunes gens, ce sont les faux principes qu'ils ont reçus, ainsi que les faux raisonnements qui en sont la suite.
Ils ne peuvent se défaire des uns et des autres qu'en copiant ou en examinant la nature qui les fera apercevoir des erreurs dans lesquelles l'habitude et la routine des ateliers les avaient fait tomber.
Il faut absolument faire ce qu'on voit dans la nature ; si un objet se confond avec un autre, soit par sa forme ou par sa couleur, il faut le faire tel qu'on le voit ; car, s'il fait bien dans la nature, il fera bien en peinture.
Les choses dont la couleur paraît fade dans la nature ne le seront pas en peinture, si elles sont bien imitées ^
Si l'on veut bien voir la couleur des choses, il faut toujours les comparer les unes aux autres ; comme, par exemple, les verts des arbres, des plantes, des herbes, etc., sans cette précaution, elles paraissent d'abord de la même couleur, quoiqu'elles soient cependant d'une teinte différente, selon les distances de l'interposition de l'air qui existe d'un plan à un autre.
... Il faut que l'heure que l'on choisit pour peindre un tableau
1. Voici donc un réaliste convaincu. A-t-il raison? Degas, d'après un propos qui nous a été rapporté, disait : « On n'harmonise pas la nature. » (Noie de l'E.)
se fasse sentir partout et que chaque objet participe du ton général qu'ofïre la nature.
... Quels que soient les objets que puisse représenter un tableau, il ne sera beau qu'en proportion de l'harmonie générale qui y serarépandue ; c'est pour cela qu'il faut souvent parcourir avec un œil rapide tous les objets que nous offre la nature et ne jamais perdre de vue cette harmonie générale si séduisante, mais à laquelle on n'arrive qu'en comparant lestons que prennent les objets dont notre tableau se compose, en raison de leur distance.