‹ Le paysage; choix de textes précédés d'une étudeChapitre 19 sur 67 · L.-J. Jal. Recueil de Lettres · texte numérisé non relu

L.-J. Jal. Recueil de Lettres

Ch.-N. Cochin (1715-1790).

Je voudrais, autant qu'il serait possible qu'on n'étudiât point le paysage sans le secours de la couleur, parce qu'elle conduit à en imiter tous les effets, sans prendre de licence. La couleur à l'huile exige à la vérité trop de précautions et trop de temps ; mais on peut se servir de pastels ou de couleur à la gouache. Le pastel se prête difficilement à un feuillet délicat, néanmoins, en pratiquant on surmonterait cette difficulté ; d'ailleurs les tentatives que l'on ferait à cet égard, instruiraient autant que le pourraient faire des moyens plus commodes. De plus, comme on ne peut former en détail le feuille délicat que présente la nature, il faut se faire une manière de le rendre par masses et avec une touche qui l'indique, et il n'est point du tout impossible d'y parvenir avec le pastel.

Discours prononcés à Rouen en 1777.

Gessner (1730-1786).

Comment Gessner devint un paysagiste. — Ce fut au paysage que mon penchant me fixa. Je cherchai avec ardeur les

moyens de satisfaire mes désirs ; et, embarrassé de la route que je devais tenir, je. dis : « Il n'est qu'un seul modèle, il n'est qu'un seul maître », et je me mis à dessiner d'après nature ; mais j'appris bientôt que ce grand et sublime maître ne s'explique clairement qu'à ceux qui ont appris à Fentendre. Mon exactitude à lesuivre enrtout m'égara ; je me perdais dans les détails minutieux qui détruisaient l'effet de l'ensemble ; je ne saisissais pas cette manière, qui, sans être servile, ni léchée, exprime le véritable caractère des objets. Mes arbres étaient dessinés avec sécheresse et ne se détachaient point par masses ; l'ensemble était interrompu par un travail sans goût ; en un mot, mon œil, trop fixé sur un point, n'était point exercé à embrasser un espace.

J'ignorais cette adresse qui ajoute ou retranche dans les parties que l'art ne peut atteindre. Mon premier progrès fut donc de m'aperceyoir que je n'en faisais pas ; mon second d'avoir recours aux grands maîtres et aux principes qu'ils ont établis par leurs préceptes ou par leurs ouvrages ; et cette marche n'estelle pas celle qui est naturelle à tous les arts ?

Lettre sur le paysage.

J.-J. Taillasson (1746-1809).

0 vous, jeunes élèves, qui vous sentez entraînés par le plaisir de peindre le paysage, si véritablement vous reçûtes, en naissant, l'instinct, le feu sacré qui fait les grands artistes, quittez, quittez vos froides Écoles : eh ! que sont toutes leurs leçons devant l'amas immense des richesses de la nature ! Près de son langage sublime que sont leurs préceptes usés! Fuyez dans les campagnes; volez aux pieds des monts; là, sont les vrais, les seuls principes du beau ; vous les verrez partout écrits par une étemelle main ; c'est là que tout est grandeur, pro-

portion, harmonie ; c'est là que, ravis, embrasés à la vue de tant de tableaux divins, vous aimerez sans effort tous les peintres vos rivaux.

Observations sur quelques grands peintres (Paris, 180T\

P. -H. Valenciennes (1750-1819;.

11 faut d'abord se borner à ne copier, le mieux possible, que lestons principaux de la Nature, dans Teffet que l'on choisit; commencer son étude par le ciel qui donne le ton des fonds; ceux-ci, celui des plans qui leur sont liés, et venir progressivement jusque sur les devants qui se trouvent en conséquence toujours d'accord avec le ciel qui a servi à créer le ton local. On sait bien qu'en suivant cette marche, il est impossible de rien détailler; car toute étude d'après Nature doit être faite rigoureusement dans l'intervalle de deux heures au plus ; et si c'est un effet de soleil levant ou couchant, il n'y faut pas mettre plus d'une demi-heure.

Nécessité de la perspective. — Un artiste qui aurait l'œil extrêmement juste, et une grande habitude de copier la Nature, serait sûr de dessiner très bien une vue, et de la mettre parfaitement en perspective sans avoir recours à aucune opération géométrique ; il lui suffirait, pour cela, de se mettre en face d'un site et de dessiner, sans tourner la tête, tout ce qu'il aurait devant les yeux. De cette manière, il n'aurait pas même besoin de savoir les règles de la perspective; mais il faudrait alors qu'il trouvât toujours la Nature agréable et bien composée; car s'il CDoyait nécessaire de changer, supprimer ou ajouter, éloigner ou rapprocher un édifice, un rocher, un arbre, enfin un objet quelconque, dans son tableau, il serait foit embarrassé, et il ne saurait comment s'y prendre pour placer cet objet, et le repré-

senter tel qu'il serait dans la Nature. Ce serait encore pis, si, renfermé dans son atelier, il voulait composer un tableau de fantaisie, et qu'à cet effet, il choisît plusieurs études éparses, et faites dans divers endroits, pour les lier et les ajuster ensemble, de façon qu'un œil exercé ne s'aperçût pas de leur rapprochement.

Éléments de perspective pratique (Paris, 1820).

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