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C-J.-F. Le Carpentier (i74i-i

Les ciels veulent être traités par une main sûre, légère et facile, qui sache les exécuter avec la rapidité de la pensée et avec le moins de travail possible. Cette partie si intéreseante du paysage doit être peinte presque au premier coup.

11 est rare en revenant plusieurs fois sur un ciel, de ne pas en appesantir et la couleur et la forme des nuages.

11 faut autant que possible employer l'outremer dans la confection des ciels, cette couleur est la seule propre à imiter le

vrai ton de la nature, elle a l'avantage de ne jamais s'altérer ; toutes les autres couleurs, telles que le bleu de Prusse et autres changent beaucoup avec le temps et ne peuvent jamais produire la belle transparence du ciel.

Il faut bien se garder d'employer aucunes couleurs lourdes ou terreuses dans l'exécution des ciels, quelques bruns et orageux qu'on les suppose. Que toujours les couleurs légères et diaphanes de votre palette servent à former les teintes des ciels.

Sur le Paysage, 1817.

P.-H. Valenciennes (n30-i8i9;.

Les nuages sont un amas plus ou moins considérable d'eau réduite en vapeur qui est soutenue par l'air et qui vogue au gré des vents.

Quand cette masse est divisée, elle prend diverses formes, toutes variées en épaisseur, longueur et largeur : l'air opère toutes ces divisions qui offrent souvent à l'artiste un spectacle ravissant et magnifique.

Comme ces formes mouvantes changent à chaque instant, s'élargissent, se resserrent, se déchirent, se séparent ou se mêlent avec d'autres, il est impossible de les mettre en perspective suivant les règles ordinaires ; mais, comme il existe une perspective qui leur est propre, celle de sentiment, il faut que l'artiste étudie bien leurs formes et leurs mouvements ; qu'il observe la position de leurs lignes entre elles ; qu'il fasse attention aux masses qui passent les unes sur les autres, à celles qui fuient sur l'horizon, à celles qui sont plus hautes ou plus basses dans l'atmosphère ; qu'il suive la dégradation des formes, à mesure que les nuages s'éloignent de l'œil pour aller se perdre dans l'horizon : c'est par cette étude réfléchie qu'il apprendra à donner au ciel la forme concave, si difficile à

représenter, en supposant néanmoins qu'il soit couvert de nuages ; car s'il est serein, la difficulté tient alors moins à l'ignorance de la perspective des lignes qu'à celle des couleurs et de la perspective aérienne.

Elémens de perspective irratique.

J. Constable (177G-1837).

On m'a souvent conseillé de considérer mon ciel comme tine toile blanche étendue derrière les objets. Certainement, si le ciel a trop d'importance, comme sont les miens, c'est mauvais; mais s'il est escamoté, ce que les miens ne sont pas, cela est pire ; chez moi il doit constituer et il constituera toujours ma part positive de la composition. Il serait difficile de désigner un genre de paysage où le ciel n'est pas la tonique, le type de l'échelle, et l'interprète principal du sentiment. Vous pouvez bien alors concevoir si une « toile blanche » me conviendrait, imbu que je suis de ces notions, et elles ne peuvent pas être erronées. Le ciel est la source de la lumière dans la nature, et gouverne tout; même nos observations communes sur le temps de chaque jour sont entièrement suggérées par lui. La difficulté des ciels en peinture est très grande, pour ce qui a trait à la fois à la composition et à l'exécution, parce que, avec tout leur éclat, ils ne doivent pas avancer vers le spectateur, ou en réalité ne doivent pas donner l'idée qu'il y a quoi que ce soit d'autre que d'extrêmes distances ; mais ceci ne s'applique pas aux phénomènes ou effets accidentels du ciel, parce qu'ils ont toujours une attraction particulière.

John Constable (Vaprès les souvenirs recueillis par C.-Il. Lcs/ie, trad. par Léon Bazalgetle (Floury, édileur.)

Ciel de printemps. — L'histoire naturelle du ciel, si l'on peut

s'exprimer ainsi, offre, à cette époque de l'année, les caractères suivants : les nuages s'accumulent en très grosses masses, et la hauteur où ils se tiennent fait paraître leur masse lourde et lente ; immédiatement au-dessous, on voit de nombreux petits nuages opaques, qui passent plus rapidement et qui ne sont probablement que des portions détachées des gros nuages blancs .

Ils flottent beaucoup plus près de la terre et très rapidement, soit parce qu'ils sont entraînés dans un courant de vent plus fort, soit à cause de leur légèreté. Les meuniers des moulins à vent et les marins les connaissent sous le nom de 7nessagers ; ils annoncent toujours le mauvais temps.

Ils flottent le plus ordinairement entre ce que Ton pourrait appeler les ruelles ou les routes des gros nuages; et comme ils ne reçoivent que la lumière réfléchie du ciel bleu qui est derrière eux, ils sont presque toujours d'un ton foncé uniforme ; aussi, en passant sur les pointes brillantes des gros nuages, paraissent-ils noirs ; mais lorsqu'ils passent sur les parties sombres, ils prennent une teinte grise, pâle ou jaunâtre.

Cité par G.-R. Leslie. Memoirs of the Life of John Constable esq.

Paul Huet (t803-1869).

Le ciel seul peut varier un pays^age indéfiniment. C'est bien

du ciel que vient l'impression, le saisissant, l'inattendu.

Paul Huet. Documents recueillis par son fils (II. Laurens, éditeur).

Jules Dupré (i8ii-i88u].

Le ciel est devant un arbre, dans un arbre, derrière un arbre;

il est partout. Le ciel, c'est l'air.

Cité par Jules Claretie (1876) et par Raymond Bouyer. Le Paysage dans l'art.

Th. Rousseau (I8i2-1867).

Ce que l'homme touche, il peut en devenir le maître, mais ce ciel sans nuages, ce point de lumière, est un problème aussi désespérant à peindre qu'impossible à mesurer; cette demiteinte lumineuse, toujours douce à Foeil, toujours effrayante à la pensée, est un chaos et un sphinx merveilleux.

Croyez-le bien, tout part de l'universel, il faut embrasser pour vivifier. Quel que soit l'intérêt qu'on puisse prendre par l'occasion de temps, de religion, de mœurs, d'histoire, etc., à la représentation de certain type particulier, rien ne vaudra que par la compréhension de l'agence universelle de l'air, ce modelé de l'infini, rien ne pourra empêcher qu'une borne autour de laquelle l'air semble circuler, ne soit une plus grande conception, dans un musée, que l'œuvre ambitieuse d'expression particulière qui manquera de ce génie. Toute la majesté particulière, spéciale, d'un portrait de Louis XIV par Lebrun ou par Rigaud, sera vaincu par l'humilité de la touffe d'herbe nettement éclairée par un coup de soleil.

Souvenir de Théodore Rousseau, par Alfred Sensier (Léon Techener et Diirand-Ruel, éditeurs. 1872).

Eug. Boudin (1824-1898).

Ne pas redouter les grands effets dans le ciel et sur la mer, les aborder dans leur variété et leur puissance sans s'inquiéter du convenu.

Carnets. Cité par .1. Gahen. Eug. Boudin (Floury, éditeur).

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