L. Gillet
Le grand fait, le fait capital, cardinal de l'histoire de la peinture, c'est l'apparition du ciel. Du moment où le ciel fait son
entrée en scène, où un lambeau d'azur plane au-dessus des têtes, pend au bord supérieur du cadre, tout est bouleversé, culbuté, rétabli sur un ordre nouveau. Tout est réorganisé sur un plan inédit, chaque objet prend une acception et une physionomie qu'on n'avait jamais soupçonnées. Rien de plus impérieux, rien de plus décisif. On ne fait pas au ciel sa part. Il tombe d'en haut comme un dieu, et devient subitement le principal personnage du tableau. Il faut bon gré mal gré que tout se règle à sa mesure; l'horizon s'élargit, recule, fait place de toutes parts à l'intrus souverain. De là, une représentation rajeunie de toutes choses ; le monde était conçu comme un espace à deux dimensions... brusquement la troisième, la profondeur s'ouvre; quelle perspective ! Ce n'est rien moins que la découverte d'un monde : celle de l'Amérique n'a pas enrichi davantage la connai.ssance que nous avons de ce vieil univers. Histoire du Paysage en France (H. Laurens, éditeur).