‹ Le paysage; choix de textes précédés d'une étudeChapitre 51 sur 67 · L.-.I. Jay. Recueil de lettres · texte numérisé non relu

L.-.I. Jay. Recueil de lettres

David d'Angers (1788-1856).

On voit toujours en Grèce des montagnes à l'horizon, mais elles n'ont rien de grand et de terrible comme les Alpes et les Pyrénées. Elles ont des formes arrondies d'une grande noblesse, mais je ne m'étonne pas que les anciens peintres grecs n'aient pas cultivé le genre paysage ^ Ce sont toujours les mêmes effets, comme les têtes de leurs statues, tandis que nos montagnes sont mobiles d'effet, comme notre caractère et notre pliysionomie.

David d'Angers, sa vie, etc., par Henry Janin (Pion, éditeur, 1878).

1. Il semble que Ton pourrait ici objecter à David qu'il n'est nullement démontré que les anciens n'ont pas cultivé le paysage (voir prélacc), de plus il n'y a pas dans le paysage que l'efl'et, il y a le style et la ligne, et d'ailleurs les peintres anciens ne semblent pas avoir été très sensibles h l'elfet (N. de l'E.).

LA MONTAGNE 13f

A. Calame ;i8io-i863).

La configuration ordinairement verticale des montagnes suisses n'est pas une objection sérieuse à la reproduction des scènes des Alpes par la peinture. Les maîtres classiques, Poussin, le Guaspre, Salvator Rosa, ont créé des chefs-d'œuvreavec des formes rocheuses, abruptes^ souvent aussi âpres et sauvages que nos Alpes. La Calabre, les Abruzzes, la campagne romaine, offrent des aspects déchirés et mouvementés, que ces grands artistes se sont plu à reproduire, sans qu'on ait jamais songé à leur faire un reproche de n'avoir pas arrondi les contours, ouvert les flancs de rochers et créé des horizons fuyants. Bon nombre de chefs-d'œuvre de diverses écoles sont bornés à une petite distance du premier plan, soit par des arbres, soit par des terrains, des collines, des fabriques ou des rochers, et n'offrent nulle part cette perspective lointaine qu'on dénie, à grand tort, à la Suisse. C'est que, dans ces. tableaux les plus circonscrits par des pentes verticales, le ciel joue un rôle important, quelque restreinte que soit la partie qu'il occupe, et qu'en général, les peintres de la Suisse négligent cette partie importante de tout paysage. Pas plus en Suisse qu'en Italie, le ciel n'est restreint ; il s'enrichit même chez nous de pics neigeux d'une auguste majesté et d'une éclatante lumière, concourant avec les nuages à augmenter la profondeur de la scène et ouvrant ainsi un vaste champ à l'imagination. Celle-ci peut, en face de la nature comme devant l'œuvre de l'artiste inspiré, s'égarer dans les replis tortueux d'un torrent qui se perd dans le lointain obscur des gorges profondes; s'élever avec les cimes aériennes qui semblent appartenir plutôt au ciel qu'à la terre, suivre les contours indécis d'une vapeur légère qui, suspendue au flanc des monts, va se perdre dans l'azur, pour faire de cet ensemble un tout harmonieux.

Telle scène des Alpes peut aussi bien que la mer et les lointains les plus fuyants d'un pays plat, donner l'idée de Tintini. Ce n'est donc pas dans la configuration des Alpes qu'il faut chercher la cause du peu d'attrait, de la froideur môme que Ton remarque dans les reproductions qui en ont été faites. Ce n'est pas non plus dans la couleur qui leur est propre, et qui, aussi bien que dans tout autre pays, a ses splendeurs et ses harmonies. Il faut la voir dans le peu de sérieux et de persévérance qu'on met à les étudier, dans les partis pris et les systèmes d'école, qui s'accommodent mieux d'une nature où ils trouvent leur application, que de celle qui rejette tout préjugé, tout système, et devant laquelle un grand maître, en plaine, n'est qu'un enfant, s'il ne l'aborde avec l'attention sérieuse qu'elle réclame.

Il faut donc la sentir et l'aimer d'abord, puis l'étudier avec persévérance sous peine de tomber dans l'exagération de la forme comme de la couleur: et je ne serais pas éloigné de croire, que si les grands artistes que j'ai nommés eussent vécu dans nos Alpes, au lieu d'habiter l'Italie, la peinture alpestre serait créée et aurait ses adeptes comme elle a ses admirateurs. Tout ce qui est grand, noble, poétique, est compris par des artistes d'élite, pour lesquels les difficultés de l'entreprise ne sont qu'un appât de plus.

Lettre de Calamc à M. William Reymond.

Calame a répondu plus puissamment encore aux objections contre la peinture alpestre par des exemples tirés de ses œuvres, et on a été étonné, en parcourant les lithographies exposées dans son atelier, de ses innombrables toiles, de la variété des motifs tirés de cette même nature alpestre que l'on accusait de monotonie. D'après ce peintre lui-même, c'est le

j3 OJ

cd a I' a. a-a 3 ?:;.i

Page 1