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LA MONTAGNE

ciel qui donne le ton au paysage, c'est du ciel que l'idée émane et se répand dans tous les tableaux; or il ne dépend que de l'artiste d'en augmenter l'importance. Dans cette magnifique composition du Mont Rosa que possède le musée de Neuchâtel et qui retrace ce moment du jour où le soleil, descendu sous l'horizon de la plaine, n'éclaire plus que les hautes cimes des Alpes, Galame a placé les montagnes les plus élevées au-dessous de la ligne médiane, en laissant au ciel un plus grand espace qu'à la terre. lia fait ainsi d'un sujet alpestre un sujet presque italien.'

Il est inutile de rappeler le souvenir de la Haendeck, des Hautes Alpes après un orage^ du Lac des Qîiatre-Ca7itons. Ces tableaux sont connus paj'tout et la lithographie s'est chargée depuis longtemps de les populariser. Nous regrettons de ne pouvoir donner une idée des Quatre Saisons et de ce tableau récent du Mont Blanc, qui, au dire des connaisseurs, a surpassé tout ce qui s'était fait jusqu'alors dans notre peinture nationale. Malheureusement, Calame, surchargé de commandes, n'expose plus dans nos salons. Ses plus belles toiles, à peine terminées, s'envolent vers les pays lointains, et vont porter ailleurs des jouissances qui nous sont désormais presque interdites.

On a reproché à Galame de faire valoir à l'infini son propre fonds. Pour nous, loin de l'en blâmer, rien ne nous paraît, au contraire, plus naturel et plus légitime. Un artiste ne peut et ne doit exprimer qu'une certaine face de l'art, celle qui a constitué son caractère original, et bienheureux celui qui y arrive ! Mais ensuite sa tâche est remplie, et c'est à d'autres à nous révéler des horizons nouveaux de l'inépuisable nature.

De la divergence de procédé des deux maîtres de l'école genevoise sont sorties deux tendances bien distinctes, que

leurs élèves se sont chargés de pousser jusqu'à l'extrême.

Propos de M. William Reymond cité par Ch. Blanc. Histoire des Peintres (H. Laurens, éditeur).

Jules Dupré (i8ii-ii

Quoi de plus bête qu'une montagne? l'homme la regarde et la déniaise.

Cité par Raymond Bouver. Le Paysage dmis l'art, Paris, 1894.

Les arbres sont, en quelque sorte, comme le disent fort bien Cicéri et Th. Gautier, l'académie du paysage. Mais l'académie s'étudie d'après le nu. Or c'est l'hiver qui met l'arbre à nu en le dépouillant de son feuillage. C'est donc en hiver qu'il faut étudier sa structure. Quant au fameux feuille qui exerçait tant, il y a encore cent ans, la patience des commençants, on Va bien délaissé- Ce qu'on cherchera surtout, c'est la forme et la coloration des masses. Quant à la forme des feuilles, c'est tout au plus s'il convient de s'y attacher pour certains premiers plans, faisant, pour ainsi dire, nature morte.

Léonard de Vinci (i4o2-i5i9).

Pour étudier la couleur des feuilles. — Ceux qui ne veulent pas se fier entièrement à leur jugement, ni contrefaire les vraies couleurs des feuilles, doivent prendre la feuille de Tarbre quils veulent imiter et sur elle faire leur mélange : et quand celte mixtion n'offrira plus de différence de couleur avec la feuille,

alors tu seras certain que cette couleur est d'entière imitation de la feuille ; et tu peux faire de même pour une autre que tu veux imiter.

Traité du Paysage (Trad. J. Péladan. Delagrave, éditeur).

Quoique les feuilles de surface lisse soient de même couleur à l'endroit qu'à l'envers, la partie vue par l'air participe de la couleur de l'air, d'autant plus que l'œil est proche et voit en raccourci. Les ombres paraissent plus noires à l'endroit qu'à l'envers, par la comparaison qui s'y fait avec le luisant qui confine à l'ombre.

L'envers a un plus beau ton : d'un vert tirant sur le jaune, cela a lieu quand une feuille est interposée entre l'œil et la umière, qui l'éclairé à la partie opposée.

Donc, toi, peintre, quand tu fais les arbres de près, souvienstoi qu'étant sous l'arbre, il t'arrivera de voir les feuilles à l'endroit et à l'envers.

A l'endroit elles seront d'autant plus azurées que tu les verras en raccourci ; une feuille se présentera parfois une partie à l'endroit, une autre à l'envers ; c'est pourquoi tu la feras de deux couleurs.

Traité de la Peinture (Trad. J. Péladan Delagrave, éditeur).

Joachim Sandrart (1606-1688).

Dans les arbres qui sont comme les muscles du paysage, résident toute la beauté ou la laideur de ce genre de peinture. Aussi doit-on apporter tout ses soins à acquérir une bonne connaissance des arbres de toutes sortes et de leurs feuillages, aussi bien de ceux qui sont proches que de ceux qui sont éloignés. Teutsche académie, Nuremberg, 167b (Trad. H. Guerlin).

R. de Piles (1635-1709).

V arbre. — Plus les feuilles des arbres sont près de la terre, plus elles sont grandes et vertes ; parce qu'elles sont plus à portée de recevoir abondamment la sève qui les nourrit. Et les branches d'en haut commencent les premières à prendre le roux et le jaune qui les colore dans Farrière-saison. Il n'en est pas de même des plantes dont les tiges se renouvellent tous les ans, et dont les feuilles se suivent avec un intervalle de temps assez considérable : de sorte que la nature étant occupée à en produire de nouvelles pour garnir la tige à mesure qu'elle s'élève, abandonne' peu à peu celles qui sont en bas, parce qu'ayant accompli les premières leur temps et leur office, elles périssent les premières. C'est un effet, qui est plus sensible en quelques plantes et moins en d'autres.

Le dessous de toutes les feuilles est d'un vert plus clair que le dessus, et tire presque toujours sur l'argentin. Ainsi les feuilles qui sont agitées d'un grand vent doivent être distinguées des autres par cette couleur. Mais si on les voit par-dessous, lorsqu'elles sont pénétrées de la lumière du soleil, leur transparent paraît d'un vert si beau et si vif, que l'on juge facilement que de tous les autres verts, il n'y en a point qui en approche.

Entre les choses qui donnent de l'âme au Paysage, il y en a cinq qui sont essentielles, les figures, les animaux, les eaux, les arbres agités du vent ; et la légèreté au pinceau. On pourrait y ajouter les fumées, quand le peintre a occasion d'en faire paraître.

Coxirs de Peinture.

J.-B. Corneille (1649-1696).

Le Païsage doit estre touché tendrement, et par masses dans

les lointains, selon qu'ils sont plus ou moins enfoncés, et les feuilles qui sont sur le devant doivent estre répandues et touchées plus pointues ou plus rondes, conformément à la nature de l'arbre que l'on veut représenter ; mais surtout ce qui donne l'esprit et le bon goust aux païsages, est la diversité et la légèreté des arbres que l'on y représente. Ceux que l'on voit gravés, en taille de bois, d'après le Titien sont merveilleux pour le caractère, aussi ont-ils servi de modèles aux Carrache. Les éléments de la Peinture pratiqué. Paris, 1684.

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