XIX. — LES ANIMAUX
Genre charmant, mais difficile. Pour y réussir, on ne saurait mieux faire que de se conformer aux méthodes proposées dans ce chapitre, et particulièrement aux conseils donnés par Rasa Bonheur, Paul Vayson et Léon Barillot.
Albert Cuyp (1605-I69i).
Nous admirons dans le cheval, considéré comme objet réel, Télégance des formes, la fierté de l'allure, la légèreté du mouvement, le lustre du poil ; nous l'admirons aussi en peinture ; mais comme objet de beauté pittoresque, nous lui préférons un vieux cheval de charrette, une vache, une chèvre, un âne. Leurs contours inégaux et la rudesse de leur poil sont bien plus propres à faire ressortir les grâces du pinceau... La richesse de la lumière dépend des brisures et des ressauts qui se rencontrent sur la surface des corps. Ce sont en effet ces différentes surfaces qui, pouvant se présenter au jour de plusieurs côtés, donnent au peintre un ciioix pour masser et graduer les ombres et les lumières.
Cilé par William Giipin. Trois essais sur le beau pittoresque, sur les voyages pittoresques et sur la manière d'esquisser le paysage, suivis d'un poème sur la peinture de paysage, traduit de l'anglais par Blumenstein. Breslau, TA. Korn,
J.-B. Corneille (1649-1696).
La plupart des animaux sont couverts ou de poils ou de
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plumes, et c'est clans leur production principalement que la nature fait paroistre à nos yeux une merveilleuse diversité, soit dans le général, soit dans le particulier de chaque animal.
... Or ces caractères de variété et de légèreté ne peuvent se bien exprimer en dessein que par la pointe d'un crayon ou par la plume dont on dessine, que l'on tourne et que Ton manie diversement selon la diversité du sens dont la plume ou le poil de l'animal sont tournés, ou du mouvement ondoyant et bizarre dont les poils ou les flocons de laine sont disposés.
Les premiers élémens de la Peinture pratique, Paris, 1684.
F.-X de Burtin.
Entre tous les animaux, les moutons oflrent surtout, à l'amateur, un moyen facile et qui frappe au premier coup d'œil, pour distinguer entre eux les artistes en ce genre, par les caractères très différents que chacun d'eux a su donner avec succès à ces animaux pour le dessin et pour la touche ; étant ainsi parvenus tous à imiter avec vérité la nature, selon les différents pays où ils ont pris les modèles de leurs moutons, dont les variétés sont aussi faciles à saisir par la vue, que difficiles à rendre par la parole.
Traité des connaissances, de l'Amateur de tableaux, 1808.
Eug. Delacroix (1799-1863).
11 n'y faut pas apporter la perfection de dessin des naturalistes, surtout dans la grande peinture et la grande sculpture. Géricault trop savant; Rubens et Gros supérieurs; Barye mesquin dans ses lions. L'Antique est le modèle en cela comme dans le reste.
Journal.
Rosa Bonheur (1822-1899).
Avant d'entreprendre l'étude d'un chien, d'un chevaJ, d'un mouton, j'essayais de me familiariser avec l'anatomie, l'ostéologie, la myologie de chacun de ces animaux.
J'acquis même une certaine science de dissection; et, en passant, je dois fortement conseiller à tous les peintres d'animaux de faire de même. Une autre excellente pratique, est d'observer l'aspect des moulages d'animaux en plâtre, et de les copier à la lumière d'une lampe, ce qui donne plus de netteté €t de vibration aux ombres.
Autobiographie de Rosa Bonheur^.
A. Stevens (1828-1900).
Dans les tableaux représentant des animaux, la vache et le mouton ont toujours atteint des prix plus élevés que le cheval. On les aime, en général, sans les étudier-. Le cheval trouve des connaisseurs et des critiques oii l'art a fort peu de chose à voir.
Impressions sur la Peinture (Librairie des bibliophiles).
Aug. Rodin (1840-1917).
Peinture et photographie. — ... Dans la réalité le temps ne s'arrête pas ; et si l'artiste réussit à produire l'impression d'un geste qui s'exécute en plusieurs instants, son œuvre est certes beaucoup moins conventionnelle que l'image scientifique où le temps est brusquement suspendu.
Et c'est môme ce qui condamne certains peintres modernes
1. N'ayant pas eu en main le texte français, nous avons dû emprunter cette citation à une traduction anglaise publiée par le Magazine of Art. (oct. 1902) et la retraduire nous-rni-rae (N. de l'E.).