IL — LE PITTORESQUE
// fut un temps où, seul, ce qui était pittoresque semblait mériter d'attiré?' l'attention des peintres. Mais qu'était-ce que le pittoresque? Le mot même changea de sens au cours des âges. Pour Gérard de Lairesse, est pittoresque tout paysage gui donne l'impression de la tranquillité, de la santé et de la joie.
Mais, dès la fin duXVIIP siècle., lorsque le romantisme commence à poindre à l'horizon, n'est pittoresque au contraire 'que ce qui est souffrant, croulant, ou tragique :un vieux ynur, une tour eni'uine, un arbre tordu, un éboulement de rochers. Tout le romantisme eut pour ce genre de beauté une prédilection pour ainsi dire exclusive. Aujourd'hui la réaction est complète. Il semble même que nos paysagistes modernes se défient à l'excès de tout ce qui semblerait suspect de romantisme, — du beau sujet de carte postale. On préfère les sites tout simples, vulgaires même, afin que toute la beauté de l'œuvre ne soit pas imputée à la nature et au hasard, mais au seul talent de Vartiste : un coin de banlieue, une perspective d'usine. N'y a-t-il pas là quelque outrance? Si vous êtes sensible à l'intimité des milieux populaires, si un coin de votre jardinet, ou la perspective de toits que vous voyez de votre fenêtre, suffit à vous émouvoir, nul n'ira vous le reprocher. Mais un beau site est tout de même une agréable chose. Vous auriez tort de traiter de bourgeois celui qui entrej)rend de vous faire partager les joies qu'il lui aura procurées.
G. de Lairesse (io4i-i7ii).
Le pittoresque au XVUP siècle. — Un paysage avec de grands arbres droits et sains, garnis d'un beau feuillage ; des terrains unis, avec des collines en pente douce et aisée ; des eaux lini-