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LE PITTORESQUE

pides et tranquilles ; de belles perspectives à perte de vue ; un beau ciel d'azur avec des nuages légers et diaphaiies qui circulent doucement : de belles cascades et fontaines ; de riches' fabriques et de superbes temples des différents ordres d'architecture avec de beaux ornements : des figures d'une proportioT» élégante, et dans des attitudes agréables, avec un coloris vrai, des draperies bien jetées, suivant la qualité des personnages et les circonstances où ils se trouvent ; des animaux gras et bien nourris, rendus av^c vérité ; voilà les objets auxquels on peut, donner le nom de pittoresque.

Maison ne peut sans doute pas dire qu'un paysage est beau et agréable, quand il n'est rempli que d'arbres tordus et rabougris, dont les branches s'étendent en désordre à droite et à gauche, avec des troncs pleins de nœuds et de fentes, et tout couverts de mousse ; des terrains raboteux, sans chemin ni sentier ; des collines à pic et des montagnes énormes, qui bouchent totalement le lointain ; des fabriques tombées en ruines,^ dont les fragments sont épars çà et là ; des eaux fangeuses et croupissantes ; un ciel sombre et triste, rempli de grands et épais nuages ; des campagnes où l'on ne voit que des animaux maigres et étiques et des figures laides, contrefaites et mal vêtues. On ne peut pas dire non plus qu'une figure est belle lorsqu'elle représente celle d'un sale gueux, boiteux ou bancal, la tête enveloppée d'un linge malpropre, avec une peau jaune et tannée et occupé à tuer de la vermine ?

Le grand Uvve des peintres.

William Gilpin (1724-I80t\

Un morceau d'architecture peut être élégant au plus haut degré ; les proportions de ses parties, le choix des ornements et la symétrie du tout peuvent être extrômementagréables ; mais si

VOUS le mettez sur la toile, il devient immédiatement un objet compassé et cesse de plaire. Pour lui donner des beautés pittoresques, ce n'est pas du ciseau, mais du marteau destructeur qu'il faudrait faire usage ; il faudrait en renverser une moitié, déformer l'autre, et disperser autour ses membres mutilés, en un mot, d'un bâtiment fini avec soin, faire une ruine ap;reste.

Trois essais sur le beau pittoresque, sur les voyages pittoresques et sur l'art d'esquisser le paysage, suivi d'un poème sur la peinture de paysage, traduit de l'anglais par le baron de B... (Blumenstein). Breslau (Théophile. Korn., 1799).

J. Ruskin (I8i9-i900).

Je dis pour autant qu'elles puissent traduire aucun sentiment, car le charme de leur aspect purement extérieur — ce qui les 1 rend agréables à peindre, dans le sens littéral du mot, pittoresques — provient de la variété de leurs couleurs et de leurs formes. Une pierre brisée présente naturellement des formes plus variées que si elle était restée entière, un toit cédant sous le poids, présente des courbes plus variées que s'il était droit, toute excroissance, toute crevasse entraîne une plus grande complexité de lumière et d'ombre, et toute tache de mousse, sur le rebord d'un toit ou sur le mur, ajoute un nouvel attrait à leur couleur... Ces caractères, s'attachant comme des parasites à un édifice, le rendent « pittoresque », dans le sens généralement donné à ce mot.

Si le peintre recherche donc ces éléments de sublime sans autre considération pour la nature réelle de l'objet, et sans comprendre le sentiment pathétique qu'ils cachent, il appartient à cette école inférieure de pittoresque superficiel, qui envahit si

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