‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 11 sur 24 · MANIÈRE PE FAIRE UN RAPPORT · texte numérisé non relu

MANIÈRE PE FAIRE UN RAPPORT

M. de Fierenviile saula de son lit, tout effr.ivé, en voyant Robert dans cet état : Qn'y a-l-ildonc, gra^s dieux ? s'écria- t-il. — Grand événement, monseigneur, j'ai reçu un coup de poing sur le nez; mais celui qui l'a donné le paiera; nous le tenons. Il conta alors à M. de Fierenviile ce qui venait de se passer, et n'oublia pas de taire sonner bien haut les cris séditieux de Lerond et la rébellion contre l'autorité. Il s'agit maintenant de faire le rapport de tout 'cela, dit M. de Fierenviile en se mettant à son secrétaire ; et il faut le tourner de manière à produire de FefFet. Voyons. Un

grand attentat vient cVêtre commis — C'est

cela^ un grand attentat! — Le nommé Lerond > il s'agit ici de le caractériser : Le nommé Lerond y connu depuis long- temps pour ses opi^ nions coupables , — Admirable î — a fait en' tendre — dans un lieu public, n'oubliez pas cela! — - le cri de vive l'empereur\ invocjué la nom de l'usurpateur j n'a~t-il pas aussi engagé les paysans à se révolter ? — Sans doute ,

monseigneur, faire entendre ce cri, n'est-ce pas provoquer la rébellion ? — C'est vrai , c'est vrai.... provoqué les citoyens à s^ armer contre l'autorité légitime. Le maire y magistrat res-' pectable ^ — Certainement ^ — connu par son zèle pour la bonne cause ^ — J'en donne des preuves , — aimé et respecté de ses administrés,.. — Ahi î heureusement qu'il ne faut pas de certificat^ — a inutilement tenté de soppo^ ser au désordre. — Soignez-moi bien cet endroit-^là. Ce fonctionnaire.... courageux..,. — Je m'en vante , — a reçu un coup de poing sur le nez. — Ah î monseigneur, ceci n'est point à la hauteur du reste; il faut tâcher de présenter ce fait d'une manière plus noble , de le faire ressortir.... — • Allons, je vais effacer cette phrase. — Il faut conserver les premiers mots; ce fonctionnaire courageux... — Bon. Ce fonctionnaire courageux ri a point été secondé , — c'est vrai, personne n'a bougé, — et ayant 'voulu s'assurer de la personne du séditieux , il en a été grièvement blessé au visage, — A la bonne heure, comme cela! — N'avail-il point d'armes ? — Non.... Attendez , je crois qu'il avait sa canne dans un coin. — Sa canne III était armé en ce cas. Le nommé Lerond ayant tenté de soutenir sa rébellion par la force des

armes , — Ah , ali î il aura du bonheur s'il s'en tire. Il ne faut pas oublier ses complices , maintenant. — Qui sont-ils? — D'abord, Thomas iîls. — Ah î celui-là ne m'étonne pas. A-t-il crié aussi, lui? — Je ne crois pas; mais, au moment où Lerond m'a donné ce fameux coup de poing, il allait m'assommer... — Suffil. Le sieur Thomas fils y officier k demi- solde , mau* vais sujet , professant des principes dangereux,,..— Qui croirait, en vous le voyant si bien dépeindre, que vous ne le connaissez pas? — Comnfienl, je ne le connais pas î estce qu'il ne s'est pas moqué de moi quand je suis tombé dans la boue? — Je n'y pensais plus. Vous le ménagez trop , en ce cas. — Que veux-tu ? Je suis naturellement indulgent» Nous dirons donc : Le sieur Thomas Jils y etc. y qui partage d'ailleurs les opi-^ nions coupables de Lerond.,,, — Oh ! ceci vous pouvez le dire en toute sûreté de conscience , puisqu'ils vont devenir beaux-frères. Ils pensent l'un comme l'autre , — a soutenu la rébellion de Lerond j et le maire eût été victime de la fureur de cet individu , — Je tremble encore quand j'y pense, — s'il u eût déjà été renversé par le coup de poing j — Ceci ne vaut rien , monseigneur > cette manière de

raconter est trop simple — Eh bien î si les blessures quil avait reçues ne V avaient déjà ren-^ versé mourant aux pieds de ses de ses ennemis ^ — Ennemis , cela n'est pas assez fort. — Aux pieds de ses bourreaux, — Bravo î cela fait imagCi II semble qu on voit ce pauvre maire.... Monseigneur, ce rapport là fera sensation.... — Oh! quand je m'en mêle.Poursuivons://e5iJp/ïc nécessaire y — Mettez , urgent, — pour prévenir de nouveaux troubles y d* envoyer ici la force armée pour s'emparer des deux rebelles ^ les con* duire dans les prisons jusqu'à ce que leur procès soit instruit ^ et qu'un jugement leur inflige le châtiment qu'ils ont mérité, — Oh! bien mérilé, assurément; mais, vous oubliez quelque chose. — Quoi donc? — Et le père Thomas. — Est- ce qu*il était là, lui? — Non pas; mais il n'en est pas moins coupable. — Comment entends-tu cela ? — Est-ce qu'il ne s'est pas moqué de notre autorité? Est-ce qu'il û*a pas dit qu'il ne connaissait point de seigneur? Est - ce qu'il n'a pas refusé de me dorinef sa fille, que vous m'autorisiez à lui demander? N'est-ce point en sortant du rassemblemecfl de' méconlens qu'il réunissait chez lui, que téfrond s'est constitué en état de rebelUoil ôu« verte? N« peut -on pas raisonnablémenl

supposer que le plan de révolte avait été concerté chez lui, et que , sans se mettre en avant, il est le chef du complot? — Tu as raison. Il est peut-être le plus coupable de tous. Allons , al Ions... // n^ est point inutile de remarquer que les deux individus dé nommés ci dessus se sont portés aux excès que nous venons de raconter y en sortant d'un rassemblement de mécontens qui avait eu lieu chez le sieur Thomas ^ père de l'individu de ce nom^ porté au présent rapport. Ce vieillard Il s'agit ici de faire son portrait; je ne le connais pas: ainsi ^ parle, toi. — Eh bien ! monseigneur , ce vieillard récalcitrant, — Oh! récalcitrant, je ne mettrai pas cela. — Allons : ce vieillard Jactieux, — Ceci vaux mieux , — qui a sucé les principes de son fils. — Il me semble plus naturel qui ce soit le fils qui ait sucé les principes du père. — Comme vous voudrez: nous dirons, en ce cas : Ce vieillard factieux qui a inspiré à son fils ses détestables principes , réunit tous les jours

chez lui Puisqu'il Ta fait une fois, il a pu

le faire tous les jours , des ennemis du gouvernement— C'est bien , laissez-moi achever maintenant. Ily a donc tout lieu de croire que cest dans ce conciliabule y — Ah! voilà une belle expression ! — que s' est formé le complot qui

vient d'éclater, et dont les conséquences funestes ont été prévenues par la fermeté du maire. — Vous ramenez là bien adroitement Taltenlion sur moi. — // est indispensable , si Von veut totalement extirper l'esprit de révolte qui se manf este dans cette commune, d'arrêter également le sieur Thomas père , qui j suivant toutes les apparences , est le véritable chef de la conspiration, — Voilà une conclusion bien amenée. — Est-ce bien comme cela '^ — On ne peut pas mieux , monsei*jneur. — Je ne suis pas de ton avis ; il faut encore mettre quelque chose pour ajouter à la conviction;, par exemple : Une grande partie des habitans du village qui étaient présens, déposeront la vérité de..», — Ali diable ! n'allez pas mettre cela, vous ne connaissez pas ces coquins de paysans: pas un ne voudra ouvrir la bouche; ils diront qu'ils n*ont rien entendu. — Comment donc faire si on demande des témoins ? — Oh! nous aurons le petit Bastien, dont je réponds comme de moi-même , et puis moi , maire , dont le témoignage est d'un certain poids. — C'est là tout? — Nous ne pouvons pas compter sur d'autres. — Allons , soit : Le paysan même auquel Lerond s'est adressé en proférant des cris séditieux , déposera de la vérité

du fait. — Voilà qui est bien. — Tu vas transcrire cela , loi , Robert , qui as une belle main. Robert se mit à l'ouvrage, et il eut bientôt fait. Voilà le rapport transcrit, monseigneur; il n'y a plus que la formule d'usage : J'ai l'honneur d'être avec un profond respect.,,

— Ne va pas mettre cela , imbécille. — Pourquoi donc? — Comment I moi, Achille de Fierenville, écrire ainsi à un mauvais souspréfet, qui n'eslpasmêmegenlilhomme! Allons donc, tu le moques de moi. Tu vas mettre: Je suis y monsieur j votre y etc. — Voilà qui est fait, monseigneur. — Maintenant, qui estce qui portera cela à la ville? — Moi , monseigneur; je monterai à cheval demain à la pointe du jour, et je serai de retour le soir.

— Mais, nous disons dans le rapport que tu es grièvement blessé, et si l'on te voit courir comme cela..,. — Alors, je monterai en voiture , et je m'envelopperai la tête. — Voilà qui est arrangé; maintenant, va-t'en, et laisse-moi dormir. Robert se relira chez lui , emportant le précieux rapport, et se consolant du mal qu'il avait reçu par l'espoir du mal qu'il allail faire.

w'«\VVVv\'« v\% wt w*v\«vv%vv^%««

Page 1