‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 12 sur 24 · SUITE · texte numérisé non relu

SUITE

Robert partit le lendemain à quatrelieuresdu matin pour le chef-lieu de la sous-préfeclure. Sa figure empaquetée , qui venait à rappui du terrible rapport, fit un effet surprenant; on crut que le village était en état complet d'insurrection. On voulait y faire marcher de suite toutes les forces disponibles ;p mais Robert qui craignait que, par une semblable mesure, on ne parvînt à se convaincre de l'exagération qui régnait dans le rapport, fit tout ce qu'il put pour éviter qu'on en vînt à cette extrémité. Il objecta que, par cette précipitation^ on pourrait pousser aux derniers excès des esprits déjà aigris; qu'il serait mieux d'attendre que l'agitation fût un peu calmée ; qu'alors on arréleraîl sans difficulté les trois coupables; que lui, maire, se faisait fort de conduire les gendarmes chez eux au point du jour, denianière à ce que cette arrestation ne fût vue de personne, et par conséquent fît moins de sensation.

On se rendit aux raisons de Robert , et on sut encore gré à cet hypocrite de sa douceur

er de saimodéralioû : il fut convenu q\ie le lendemain on enverrait à.... dix gendarmes, qui y arriveraient vers minuit , et qu'au point du jour les Irois séditieux seraient arrêtés et amenés dans les prisons.

Les choses élanl ainsi réglées, Robert se remit en route pour revenir h»... Il traversa le village d*un air triomphant, fixant d*un œil fier et satisfait tous ceux qu'il rencontrait.il se rendit direclen)en t chez M. de Fierenville, qui partagea sa satisfaction, et qui s'étonnait lui-même d'avoir déployé tant d'énergie , de fermeté et de talens dans cette circonstance difficile.

Les paysans qui avaient vu partir Robert, n'avaient rien auguré de bon de ce voyage ; leurs craintes augmentèrent quand ils virent l'air salisfait qu'ilavait à son retour. Lerond et la famille Thomas, sur-tout, éprouvaient de vives inquiétudes. M. Simon , lui-même , instruit de la scène de la veille, prévoyait qu'elle entraînerait lesconséquences les plus fâcheuses. Tous les paysans, qui aimaient Lerond et Thomas , les engageaient à quitter le village, mais ceux-ci, pensant avec raison que, si on les jugeait coupables , l'autorité saurait les atteindre par-tout où ils iraient^ ne crurent pas à propos de Auivre ce conseil.

La journée du lendemain s'élant passée tranquillement , on commença à espérer que cette affaire n'aurait pas de suite. Ces infortunés ne savaient pas ce qui se préparait; ils ignoraient que leur ennemi jouissait de leur sécurité ^ et allait les en faire sortir d'une manière bien cruelle.

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