‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 14 sur 24 · LEROND EST MIS EN LIBERTE · texte numérisé non relu

LEROND EST MIS EN LIBERTE

Cependant le président continuait dû faire des démarches pour l'élar^iisement de Lerond. indigné de l'injustice commise à son égard, il iaenaçait de recourir au chefderétailui-méme, pour faire cesser une injuste persécution. Ses courageuses réclamations commencaienlà intimider l'autorité^ qui sentait bien qu'un homme de ce caractère "était fort gênant pour les honnêtes gens, qui aiment à satisfaire leurs petites passions aux dépens de la liberté de ceux auxquels ils en veulent. EnGn , ses remontrances, ses sollicitations, ses menaces, oblinrent l'effet qu'il s'en proposait. On sentit le danger de le forcer à recourir aux autorités supérieures : on voyait qu'il était homme à le faire, cl que les mesures contre lesquelles il réclamait, commençaient à devenir odieuses à tout le monde. Lerond fut donc mis en libertés Cetteheureuse nouvelle lui fut portée par celui même qui y avait tant contribué , et qui trouva sa plus doucerécompense dans les témoignages

cle ]oie et de reeoanaissanee que Lerond lui donna. .

' A pein« apprit-on au village 1 élargissement de ce brave bonirae, que ce fut une joie générale. Tout le inonde allait féliciter Catherine , et lui faisait espérer que la liberté de son père et de son frère suivrait de près celle de Lerond. M. de Fierenville et Robert étaient consternés; ils voyaient depuis long-temps qu'on paraissait disposé à revenir au3^ sentimens de modération. Ils s'étaient plusieurs fois communiqué les tristes conjeclures que cela leur faisait faire , et ils avaient été d'accord pour prédire que la France était perdue, si oa ne continuait pas de la gouverner d'après les principes qu'ils avaient si bien mis en vigueur dans le village. Ils résolurent de se renfermer chez eux pour ne point voir arriver Lerond > et ne point être témoins de la joie de ces coquins de paysans, dont il n'y avait pas moyen de tempérer les éclats.

On savait que Lerond devait arriver le lendemain. Tout le monde fut à sa rencontre; il ne pouvait suffire aux témoignages d'affection qu'on lui donnait. Catherine pleura en l'embrassant. La joie qu'elle éprouva fut bien tempérée , en songeant qu'il revenait seul , et que

les deux infortunés qui l'avaient accompagné dans son douloureux voyage, gémissaient encore sous la plus tyrannique oppression.

Lorsque Lerond eut répondu aux félicitations de tous ses amis , et aux touchantes caresses de ses deux vieux serviteurs , auxquels sa maison avait été confiée pendant son absence , il entra chez Catherine : leur première pensée fut de s'entretenir* des moyens de rendre à la Hberté son père et son frère. Il n'y a point à balancer, dit M. Simon; si les elFojrls du président ne réussissent pas, il faut, Lerond, que vous alliez vous-même à Paris, que vous éclairiez les dépositaires de l'autorité sur l'abus que leurs subalternes font de celle qui leur est confiée, que vous rendiez à la société deux hommes qui n'auraient jamais dû en être séquestrés. Vos plaintes seront entendues; vous trouverez des hommes disposés à les accueillir €t à les faire parvenir jusqu'aux pieds du trône, s'il est nécessaire.

La modération va prévaloir ; l'opinion publique commence à faire justice de ces plates coteries, de ces ateliers de dénonciations qui ont fait un moment trembler les citoyens paisibles et honnêtes. Un dénonciateur, de quelque prétexte qu'il colore sa con-

duite , n'est jamais que le plus vil dei nommes; il n y a point d opinion , point de devoir , point de serment qui puisse le justifier; le gouvernement le reconnaît tous les jours, l'ejcpérience lui démontre que ceux qui ont i^it éclater leur dévouement parées infàcies manœuvres, avaient moins en vue l'intérêt du liône que le désir d'une lâche vengeance , ou les calculs d'une cupidité effrénée. Le Roi va faire rentrer dans le néant ces hommes qui se sont mis entre son peuple et lui, pour arrêter les effets de sa bonté et de sa modération. Allez donc mêler votre voix à toutes celles qui s'élèvent contre eux ; secondez les efforts courageux de ceux qui veulent leur arracher le masque dont ils se sont couverts; que leur conduite, dénoncée à l'indignation publiquç, les fasse , je ne dirai pas rougir, mais trembler, car la crainte est plus puissante que la honte sur cette espèce d'hommes.

En rendant service à deux infortunés, vous serez utile à la nation toute entière. Vous éclairerez ceux qui la gouvernent^sur ces abus d'autorité qui doivent enfin avoir un terme, et auxquels leur nom n'a que trop souvent servi d'appui, quoique leurs intentions y aient toujours été opposées. Lerond avait prévu, à cet

loo

égard , les conseils de M. Simon , qui étaient parfaitement d'accord avec ses intentions. Il futdécidé qu'aussitôt qa'on aurait connaissance du résultat des dernières démarches que de* vait faite le président, si ce résultat n'était pas favorable; Lerond partirait pour Paris.

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