‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 7 sur 24 · SERMON DU CUR · texte numérisé non relu

SERMON DU CUR

JL'E dimanche suivant, Lerond fut à Téglise; M. Robert était triomphant sur son banc; M. de Fierenviile occupait la place d'honneur et attirait tous les regards. Lerond remarqua qu'ils le fixèrent tous deux au moment où il entra, etse Lancèrent ensuite un coup d'œil d'intelligence. L'office commença , et le curé monta en chaire. Il prêcha ce jour-là sur l'endurcissemeat des pécheurs qui vivent dans le désordre se crojanl à l'abri de tout reproche. Oui, disait-il, il ea est qui, rassurés par des lois qui consacrent leur impunité, croient qu'ils seront absous au tribunal du Très Haut, comme ils le sont au tribunal des hommes. Mais ceux-là pensent-ils que ce qui est injuste cesse de l'être, parce que les hommes ne le punissent pas comme tel ! n'er-^ tendent-ils pas une voix secrète qui leur crie : Rends les biens qui ne l'appartiennent pas, les biens que tu possèdes au mépris de ee qu'il j a da plus sacré sur la terre. Ne le prévaux pas d'une loisacrilégequi t'autorise à les garder; consulte la conscience , et restitue le fruit du lai cin^ dont

tu n'es que le receleur, au possesseur injustement dépouitlé ! Enteftdez-là , mes frères^ celle voix sîilutaire, et ne méprisez pas les conseils qu'elle vous donne. Que dis je? il en est peu heureusement parmi vous à qui ce reproche puisse s'adresser, mais n'en fût-il qu'un seul....

En prononçant ces mots , le cure jeta les yeux sur Lerond. M. de Fierenville et Robert tournèrent la tête brusquement de son côté et le regardèrent avec affeclalion ; tout l'audiloire entraîné par ce mouvement en fit autant, et le pauvre Lerond, d'abord un peu déconcerté^ ne perdit cependant pas la tête, et, sans baisser les yeux, il garda une contenance calme et assurée.

Lesermon continua, la messe e'acheva.Tout le monde sortit. Personne n'osa regarder Lerond ni lui parler. Ah! monsieur le curé , disait-il en s'en allant, c'est un tour que vous m'avez préparé. Vous ne me traitiez pas comme cela quand vous veniez manger ma soupe et boire mon vin , que vous trouviez si bon î

Lerond rentra chez lui, bien déterminé à prendre toutes ses tribulations en patience.

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