‹ Le paysan et le gentilhomme; anecdote récenteChapitre 8 sur 24 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

AllUIVÉE DU FILS DE THOMAS.

LiE përe Tlïomas avait un fils officier dans im régiment d'infanterie; son régiment ayant été licencié , il revint chez lui justement dans ce ïrjoment. Grande joie dans la famille de revoir un fils qui avait dix ans de service, el qui, par s^ bravoure, était devenu capitaine et légionnaire. Le përe Thomas avait réuni toussas amis dans un grand dîner; Roberl espérait bien que comme maire il serait invité; mais, pas du tout, le përe Thomas ne voulait pas le voir chez lui. L'ancien maire fut invité amsi que Lerond et M.Simon. Robert, furieux, aurait bien voulu troubler la fêle; mais il ne savait conniienl sV prendre. Il va chez M. de Fieren ville : Monseigneur, il y a chez Thomas un rassemblement séditieux. — Ah diable! de qui se composet il? — D'abord deThomasfils , officier en demi- Solde.- — Ah! s'il j a un officier, plus de doute I

— De l'ancien maire. — Mécontent. — de Lerond.— Autre méconlenl. — De M. Simon.

— Philosophe; il ne vaut pas mieux que lei deux autres. Que disenl-ib? — Je n'en sais rien-

— Que font-ils? — Ils dînent; mais ce n'est qu'un prélexle, il y a quelque complot. — Il faut s*en éclaircir, vas-j. — Sans force armée?

— Pourquoi pas? — Et le fils de Thomas avec ses moustaches et sa grande canne ? — Ah gredin ! lu as peur. — Ce n'est pas que j'aie peur, maison n*aimepas à se compromettre. — Est-ce que ïu n'as pas ton caractèrede ma gistrat ? — Sij'avaisseulementdeuxgen^armesî — Écoute^ fais mieux; vas-y amicalement, comme pour faire une visite au père Thomas : lu pourras peut-être entendre quelque chose. — Monseigneur a raison. — Ne voulais-tu pas lui demander encore sa filLe? voilà le moment. — Quoi ! devant tout le monde î — Qu'est ce. que cela fait? tu diras que je désire que ce mariage se fasse, et que je désapprouverais fort le père Thomas s'il donnait sa fille à Lerond. En le pré* sentant de ma part, j'espère bien qu'on ne trouvera pas ta visite déplacée. — J'y vais,

nionseiorneur.

Robert arriva chez Thomas au moment oii on (Hait an dessert. Quoiqu'un peu embarrassé, il se présenta avec effronterie et salua d'un air dégagé. Tout le monde se regarda en silence, ei le père Thomas dit: Que veut cet homme? — Eh! bonjour , père Thomas, je \ierj^ pour

voir ce cher fils... — N'est-ce que cela qui vous amène? — Eh î sansdoule... entre amis... Et puis vous savez qu'il y a enlre nous une autre petite affaire en train. — Expliquez -vous. — Ah! ce père Thomas quia Tairdc ne pas savoir ce que je veux lui dire; on le reconnaît bien là : toujours gai! toujours farceur! — Encore un coup, qu'est-ce qui vous amène? D'abord , le plaisir de vous voir, comme je vous ai dit, eLpuis M. de Fierenville m'a chargé auprès de vous...

— Nous n'avons rien de commun avec M. de Fierenville. — Pardonnez-moi, père Thomas, il s'intéresse beaucoup à votre l'aniille. — C'est trop d'honneur qu'il nous lait, je l'en dispense.

— Il a sur-tout un faible pour mademoiselle Catherine , celle chère enfant ; il désire de la voir heureuse, et, commeilaconfianceen moi, qu'il a été à même d^apprécier... mon mérite , il espère que vous ne refuserez pas votre consentement.... Catherine fit un éclat de Hre. Comment! dit le père Thomas, vous venez encore me rebattre les oreilles de toutes ces fadaises! est-ce que ma fille et moi nous ne nous sommes pas suffisamment expliqués? — Ouij mais depuis ce temps, père Thomas, les circonstances ont changé. — C'est justement pour cela que je vous méprise beaucoup plus main-

Sa

tenant que je ne le faisais alors. — Voilà encore Je père Thomas qui plaisante. — Non, mon père ne plaisante pas, dit Thomas fils, et, puisque voilà la mission remplie , laisse nous Iranquilles et va-t'en. — Commenlî dit Robert, d'une voix altérée, c'est ainsi que vous recevez celui qui vient de la part de votre seigneur! — Nous ne connaissons pas de seigneur. — Ah î vous ne connaissez pasde seigneur î on vous le fera connaître. C'est donc ainsi que vous affichez le mépris de la noblesse, de la religion et de la légitimité ! vous vous réunissez ici une douzaine de mécontens pour tramer des complots, et vous crojez que l'autorité le souffrirai Déjà vous levez l'étendard de la révolle ; vous insultez un maire qui vient de la part de son seigneur. Ah! vous croyez qu'on est la dupe de vos dîners , qui ne sont que des prétextes pour former des rétmions séditieuse». Il n'y a pas de danger que vous ayez invité quelque homme bien pensant, tel que moi ou le curé. Ah! jacobins maudils, vous vous repentirez... Robert n'eut pas le temps d'en dire davantage. Thomas fils s'élant levé de table , pour le jeter dehors , il ne l'attendit pas et se sauva à toutes jambes. On se remit à table , et chacun y quoique méprisant Robert , n'était pas sans inquiétude sur

ses menaces. M, Simon, sur-loul, pensait qae cet homme était capable de tout pour se venger. Thomas fils parlait de Téreinter la première fois qu'il le rencontrerait. Gardezvous-en bien, lui dit M. Simon, soyez plus circonspect que jamais; soyez sûr qu'on veille sur vous, et évitez de donner prise en la moindre chose aux projets de vos ennemis.

Robert courut chez M. de Fierenville et lai dit qu'effectivement ib y avait un rassemblement chez Thomas; il lui exagéra la manière menaçante dont on avait dit qu'on ne reconnaissait pas de seigneur. M. de Fierenville conclut qu'il fallait absolument punir cçs gens-là d'une manière exemplaire, et il renvoya Robert pour les épier et tâcher de le» trouver en défaut.

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