LE LION MUSELÉ
Le beau Raoul, d'ordinaire, se taillait dans la conversation une part royale. Pendant le reste de la journée il demeura, contre son habitude, silencieux, rêveur et distrait ; à peine répondait-il par monosyllabes aux paroles qui lui étaient adressées ; les sourcils joutant l'un contre l'autre, l'œil sévère, le front chargé d'un nuage, il semblait rouler dans son esprit quelque terrible dessein, et la manière seule dont il tortillait ses moustaches en clignant les paupières était faite pour intimider les gens pacifiques; auprès de cette physionomie farouche, la face d'un lion eût été trouvée gracieuse et débonnaire.
Selon l'usage d'un assez grand nombre de femmes aimables, madame Caussade tolérait fort peu chez les autres l'inégalité d'humeur qu'elle-même se permettait sans scrupule. La conduite de Tonayrion lui parut un caprice, et à ce titre lui déplut comme un empiétement sm* SCS privilèges personnels.
— Il doit voir que je suis contrariée, pensa-t-elle ; ce
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serait le cas de faire des frais pour moi et non de bouder dans un coin. Jamais je n'ai tant désiré qu'il paraisse agréable, enjoué, spirituel, et voilà qu'il prend à tâche d'être 'tout le contraire. Ces hommes ne sentent rien ! Conçoit-on qu'il n'ait pas erxcre deviné que M. Servian a été amoureux de moi et qu'il l'est peut-être encore? Pourtant il n'est pas difficile de comprendre que ma méchanceté doit avoir une cause, car liabituellement je suis trèsbonne. D'ailleui's, honorerais-je de mes railleries un indifférent?
Impatientée à la fin de voir Raoul persister dans sa rêverie, elle résolut de l'en arracher malgi'é lui. Le colonel jouait aux échecs avec Servian ; Félix venait de sortir du salon, et la jemie veuve ne pouvait trouver un moment plus favorable pour exprimer à son amant ce qu'elle pensait de sa maussaderie.
— Daignerez-vous, lui dit-elle, m'initier à vos méditations? elles doiveijt être fort intéressantes puisqu'elles vous font si complètement oublier que vous avez une réputation d'homme aimable à soutenir.
Tonayrion s'attendait à cette interrogation et même, il faut le dire, sa conduite n'avait d'autre but que de la provoquer. Au lieu d'y répondre catégoriquement, il affecta un embarras propre à redoubler la curiosité d'Estelle.
— Je ne pense à rien qui soit digne d'exciter votre attention, dit-il d'un air contraint.
— N'éludez pas ma question, repartit madame Caussade; quelque clvose vous préoccupe. J'ai la prtUention do
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croire que je n'y suis pas tout-à-fait étrangère, et alors je désire savoir ce que c'est.
— Vous ne pouvez être étrangère à aucune de mes penséeS;, reprit galamment le beau Raoul.
— Ce n'est pas un compliment que je vous demande, c'est une réponse.
— En vousobéissant, madame je crainsde vous déplaire.
— Vous en êtes sûr en ne m'obéissant pas.
— Vous m'allez gronder, je le parie ; mais songez que d'avance je reconnais mes torts.
— Quels sont-ils ces torts?
— C'est une histoire si sotte, si ridicule, si absurde que je suis réellement confus d'être obligé de vous la raconter, En mille vous ne devineriez pas ce dont il s'agit.
— Vous avez juré de lasser ma patience. De quoi s'agitil ?parlerez-vous? Il s'agit...
— De la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, répondit Tonayrion en prenant avec une emphase ironique le style de madame de Sévigné ; en un mot, il s'agit d'un duel entre votre serviteur, et... devinez qui?
— Monsieur Servian, dit étourdiment Estelle.
— Monsieur Félix Cambier, reprit le beau Raoul avec un accent solennel, qui avait l'intention d'être prodigieusement comique.
— Vous voulez vous battre avec M. Félix? dit la jeune femme après un instant de silence.
— C'est lui au contraire qui veut se battre avec
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moi, répondit Tonayrion en riant avec aftectation.
— Vous vous êtes donc disputés ?
— Hélas ! oui, madame, et c'est ici que je dois me frapper la poitrine en disant meâ culpâ. Mais qui aurait supposé que Tenfant fût si pointilleux ? Voici l'histoire : hier, lorsque, gi'âce à une espèce d'entorse que je me suis donnée à la chasse, il y a quelques jours, ce belliqueux adolescent eut reçu de votre mahi ia rose que j'aurais voulu obtenir au prix de mon sang, j'éprouvai, je vous l'avoue, un accès d'humeur pour lequel j'ose solliciter votre indulgence. Quelques heures plus tard, ayant rencontré dans le parc mon jeune et beau vainqueur, qui se promenait triomphalement votre rose à la boutonnière de son habit, je ne sais quelle hallucmation m'a pris, mon imagination a bénévolement gi'atifié M. Félix d'une dizaine d'années qui lui manquent pour être de quelque conséquence ; au lieu d'un enfant, j'ai cru voir un homme, et dans cet homme un rival : c'est assez vous dhe ce que j'ai fait.
— Vous l'avez provoqué, dit Estelle avec anxiété.
— Je ne me rappelle pas exactement mes paroles, mais sans doute elles auront paru trop peu respectueuses au rhétoricien, car il est monté sur ses grands chevaux et m'a proposé fort héroïquement de nous couper la gorge.
— Et vous avez accepté ce défi?
— Pouvais-je faire autrement?
— Puisque vous aviez tort, vous deviez en convenir sur le champ et adresser des excuses à M. Canîbier.
— Sans doute, madame, répondit Touayrion avec un
accent de fatuité, vous avez raison et c'est là ce que j'aurais dû faire. Mais, par malheur, j'ignore comment on s'y prend pour adresser des excuses à quelqu'un.
— Je vous l'apprendrai, repartit madame Caussade d'un ton vif; vous pensez bien que je ne permettrai pas que cette querelle extravagante ait la moindre suite. M. Félix eût-il été le provocateur, ce serait à vous de commencer les démarches de conciliation, car il est un enfant, et vous êtes un homme. Mais du moment que les torts sont de votre cô^é, ne pas les avouer hautement serait plus que de l'obstination, ce serait de la barbarie. Vous battre avec lui ! est-ce bien sérieusement que vous y avez pensé? Quand vous l'aurez tué ou blessé, ce pauvre jeune homme, n'aurez-vous pas remporté là une bien glorieuse victoire? L'idée seule d'un pareil combat est si odieuse que je n'y puis penser de sang-froid. Je vous défends de vous battre, entendez-vous? et songf^z à m' obéir, sinon ma haine vous est acquise, et je ne vous revois de la vie.
Une pareille menace faite pour glacer le cœur d'un homme amoureux sembla produire siu* Tonayrion un effet tout contraire.
— Oui, madame, vous avez raison, dit-il d'un air épanoui; grondez-moi, maltraitez-moi, punissez-moi, je le mérile. J'ai une mauvaise tête, je le sais. Je suis vif, irritable, emporté même ; en un mot, j'ai mille défauts, et loin de les guérir, la passion profonde que j'éprouve leur donne un aliment nouveau. Joignez la jalousie à ma fougue naturelle, et jugez quel salpêtre en doit résulter! Mais
7 6 CCLVRES DE CU. DE BEllNAUD.
si je ne parviens pas toujours à maîtriser la violence de mon caractère^ croyez du moins que je ne suis ni opiniâtre ni sourd lorsqu'on me pai*le raison. Je n'avais pas attendu vos réprimandes pour me repentir de ma folie d'hier, et j'ai passé la matinée à me répéter ce que vous venez de me dire. Oui, j'en conviens, un duel avec M. Félix Cambier est tout ce qu'on peut imaginer d'extravagant, d'absurde et de ridicule. Pour que la partie fut égale, il faudrait donc choisir les armes dont on se sert au collège et nous battre au canif! Et si conmie vous l'avez dit, j'avais le malheur de le tuer, quel regret pour moi ! quel remords ! le sang de cet enfant tacherait mon existence tout entière. Je vous jure, madame, que je vois les choses du même œil que vous; mais au point où elles sont ai-rivées, puis-je reculer?
— Si vous aviez pour adversaire un homme de votre âge, un antagoniste sérieux, je comprendrais ce scrupule. Soyez sur qu'en ce cas votre conduite même n'eùt-elle pas été tout à fait irréprochable, je ne serais pas femme à vous conseiller un acte de faiblesse. Mais avec un écolier comme M. FéUx, quel risque peut courir votre honneur? Lui adi-esser des excuses n'est-ce pas en réalité l'épargner? En quoi ce trait de générosité froisserait-il votre amour-propre?
— Je tombe d'accord de tout cela, reprit le beau Raoul en souriant d'un air gi'acieux; vous parlez comme un ange, et je n'ai rien à répondre. Mais comment ^ oulez-vous que j'aille dire à M. Félix Cambier : « Monsieur, je vous demande pardon de la manière dont je vous ai traité hier? »
Il est évident qu'en parlant ainsi Je partirais d'un éclat de rire, non pas à sa barbe, puisqu'il n'en a point, mais à son nez. Que voulez-vous, madame! il m'est impossible de prendre au sérieux M. Félix; je ne saurais séparer la figure de M. Félix de l'idée de thème et de pensum. Il ne faut donc pas penser à cette amende honorable qui dégénérerait indubitablement en bouffonnerie. Voici mon projet qui vaut mieux ; il va vous rassurer complètement : le duel aura lieu, mais sans danger pour mon honorable adversaire, car après avoir essuyé son feu, je tirerai en l'air; je vous en donne ma parole d'honneur.
— Risquer de vous faire tuer ! dit Estelle ; quelle folie !
— Est-ce qu'on me tue, moi ! fit Tonayrion d'un air invincible.
— Cela n'a pas le sens commun ; je ne souffrirai pas que vous vous exposiez au moindre danger à propos d'un enfantillage. Puisque vous n'avez pas assez d'humilité pour adresser vous-même des excuses à monsieur Félix, c'est moi qui lui parlerai.
Le beau Raoul avait atteint son but ; mais, loin de le laisser voir :
— Y songez-vous, madame ! s'écria-t-il ; on dirait que j'ai eu peur de mon terrible adversaire.
— Vous savez fort bien que personne n'aura une idée si ridicule.
— Il m'en coûte de vous résister; mais une pareille démarche est tellement en dehors de toutes les règles...
— Que me font les règles ?
7 8 CEl'YRES DE CH. DE BERNARD.
— Je vous assiu'e que cchi n'est pas possible.
— Possible ou non, cela sera,, oar je le veux. Tonayrion s'inclina profondément. .
— Ce mot me ferme la bouche, dit-il d'une voix soumise; du moment que vous ordonnez, il ne me reste plus qu'à obéir; mais puisque vous voulez éprouver votre empire, que ne me prescrivez-vous, au lieu de cette humiliation, quelque épreuve à subir, quelque péril à braver, quelque entreprise enfin digne de vous et de moi ?
— Je comprends, répondit en riant madame Caussade ; un géant à pourfendre, une belle princesse à^ délivTer conviendraient mieux à votre courage qu'une action toute pacifique. Résignez-vous et songez que plus un sacrifice contrarie nos habitudes, plus il devient méritoire. A un autre je pourrais demander de l'héroïsme, à vous je demande de la raison; c'est exiger davantage, je le sais.
L'accent dont furent prononcées ces dernières paroles renfermait une si flatteuse moquerie, qu'en s'en voyant l'objet, tout homme devait se trouver récompensé de son obéissance. Le beau Raoul s'inclina de nouveau et protesta de sa soumission absolue.
— J'aimerais mieux, dit-il, que vous m'envoyassiez vous chercher en Afrique une demi-douzaine de tètes de Bédouins ; mais puisqu'il vous plaît d'exercer votre pouvoir aux dépens de mon amour-propre, faites ce que vous voudi-ez, madame; demandez la paix en mon nom à monsieur Félix Cambier !
Tonayrion articula le nom de l'élève de Saint-Cyr avec
une atfectation si méprisante qu'un sourire vint effleurer les lèvres d'Estelle. Intimement convaincue que, pour lui obéir, son adorateur se faisait une violence extrême, la jeune veuve éprouva une satisfaction secrète semblable au vaniteux plaisir que devait goûter Omphale à la vue d'Hercule filant à ses pieds.
— Quel empire n'ai-je pas sur lui ! se dit-elle; c'est le lion muselé.
Après avoir savouré quelque temps l'agréable pensée d'un despotisme, auquel toutes les femmes aspirent si toutes n'y parviennent pas, madame Caussade songea aux moyens d'exécuter la mission de paix dont elle venait de se charger. L'idée de réclamer les conseils du colonel ne fit qu'effleurer son esprit. Les enfants gâtés et même ceux qui ne le sont pas aiment souvent beaucoup leurs parents, mais ils les consultent le plus rarement possible ; en cette occasion Estelle ne fit pas exception à la règle. S'adresser directement à Félix lui parut avoir des inconvénients, non qu'elle doutât du succès de cette démarche, mais elle craignit d'enfler la vanité de l'adolescent si elle discutait avec lui une question de cette nature.
— Il se croirait décidément un homme, pensa-t-elle, et ce serait lui rendre un très-mauvais service que de Teiicourager dans cette présomption.
Restait Servian, de qui l'intervention dans une affaire qui concernait le jeune Cambier était légitimée d'avance et en quelque sorte prescrite par son double titre d'oncle et de tuteur. Tout réfléchi, madame Caussade trouva que
PO iruvRi:=; de cfi. de dernard.
c'él.iil avec lui et avec lui seul qu'il convenait de traiter. D'après l'antipathie dont elle avait donné depuis deux jours des preuves si acerbes, il serait naturel de supposer que la perspective d'un pareil entretien lui parût fort désagréable.
Il n'en fut rien cependant : loin de là. Estelle éprouva une sorte d'impatience en voyant que la soirée était trop avancée pour qu'il fût possible d'entamer le jour même une négociation qui lui inspirait le plus vif intérêt.
Le lendemain, après le déjeuner, au moment où monsieur Herbelin, selon son usage, conviait ses hôtes aux plaisirs du billard, madame Caussade s'approcha de
Servian :
— Je voudrais vous parler, lui dit-elle à demi-voix ; vous me retrouverez au jardin.
Malgré ses quarante ans et le sang-froid dont il avait contracté l'habitude, Sen-ian se sentit presque aussi ému qu'eût pu l'être un adolescent amoureux pour la première fois. Il se contraignit cependant, suivit ses compagnons dans la salle du billard et laissa s'engager une partie entre le colonel et Tonayrion ; mais après avoir feint pendant quelques instants de regarder le jeu des deux adversaires, dont Félix marquait les points, il s'esquiva furtivement, et descendit au jardin.
Estelle se promenait dans une allée de marroniers qui liait le parc à la maison, en bordant d'un côté un tapis vert et de l'autre un mur de clôture. A la vae de son ancien amant qui s'avançait d'un pas empressé, elle prit un
air froid propre à fairo ('vanouir les lolles illusions qu il avait pu concevoir. Servian remarqua ce changement de physionomie ; le sourire qui errait sur ses lèvTes disparut aussitôt^ et sa figure n'exprima plus qu'une gravité polie, mais impassible.
— Je me rends à vos ordres, madame, dit-il en s'inclinant.
— Pour prévenir toute fausse interprétation de ma démarche, répondit madame Caussade, je dois vous du-e avant tout que la chose dont je veux vous parler ne concerne ni vous ni moi.
— Je savais cela d'avance, reprit Servian avec une respectueuse fierté ; il est donc inutile de m'interdire une espérance que je n'ai pas.
— Il s'agit de monsieur Félix, répliqua la jeune veuve ; savez-vous qu'il doit se battre avec monsieur Tonayrion ?
— Je le sais, madame.
— En ce cas, je n'ai rien de plus à vous dire, car bien certainement vous empêcherez ce duel.
— Pourquoi Tempêcherais-je ? demanda l'oncle de Félix avec le plus grand calme.
— Pourquoi? s'écria madame Caussade; un duel où votre neveu peut être tué !
— C'est un danger qu'il courra sans doute plus d'une fois en sa vie ; en ce moment il le subit sans l'avoir cherché. Si Félix avait le moindre tort, j'userais de tout mon pouvoir pour qu'il le reconnût au lieu de l'aggraver ; mais bien loin d-e là, c'est lui qui se trouve insulté. 11 a raison
s? OEUVRES DE CH. RE BERNAf.D.
alors d'exiger une réparation, il je n'ai \y s le droit de m'y opposer.
— Insulté, dites-vous! Un enfant peut-il être insulté?
— Félix n'est plus un enfant, madame.
— Entant ou non, il est impossible qu'il songe sérieusement à se battre.
— Je puis vous assurer, au contraire, que rien n'est plus sérieux que sa résolution. C'est inutilement que j'essaierais de la combattre, et vous-même, c'est tout
lire, n'auriez, je crois, pas plus de succès.
— C'est ce que nous verrons, dit Estelle avec un sourire orgueilleux; en attendant, je veux bien comprendre que monsieur Félix se laisse emporter par la présomption naturelle à son âge; mais vous, monsieur, qu'on ne saurait accuser d'imprudence ni de témérité, n'êtes-vous pas effrayé de l'inégalité monstrueuse d'un pareil combat?
— Pour en être effrayé, il faudrait la reconnaître.
— Vous croyez donc qu'entre monsieur Tonayrion et votre neveu la partie est égale?
— Je la crois inégale, au contraire.
— Expliquez-vous, dit Estelle avec humeur. Servian la regarda d'un air pénétrant.
— Permettez-moi de vous adresser une seule question, lui dit-il : Comment savez-vous que monsieur Tonayrion et Félix doivent se battre ?
— C'est lui-même qui me l'a dit, réi)ondit avec vivacité la jeune femme.
— Félix?
— Eh non! monsieur Tonayrion.
Servian sourit en silence.
— Et sans doute, reprit-il, monsieur Tonayrion connaît et approuve la démarche dont vous daignez vous charger en ce moment ?
Estelle regarda son ancien amant d'un air de hauteur.
— Je n'ai besoin de l'autorisation de persoime, dit-elle, pour accomplir ce qui me semble humain et juste. Il est vrai qu'après avoir arraché à monsieur Tonayrion l'aveu de cette déplorable querelle, j'ai réussi à lui faire entendre raison ; si je n'obtiens pas le même succès près de vous, savez-vous ce que je croirai ?
— Que croiriez-vous, madame ?
Madame Caussade, se rappelant à temps son titre d'ambassadrice, parvint à retenir le sarcasme qui venait d'éclore dans sa pensée.
— Que vous importe ? dit-elle tout à coup, en armant son regard du dédain qu'elle ne voulait pas exprimer.
— Puisque vous refusez de me répondre, permettezmoi de le faire à votre place, reprit Servian avec le calme le plus imperturbable; si vous ne réussissez pas dans votre mission pacifique, vous penserez que monsieur Tonayrion m'est aussi supérieur par son savoir-vivre et sa docilité qu'il l'est déjà par son courage et ses vertus chcNaleresques.
Un peu confuse de se voir si bien devinée, Estelle cacha son embarras sous une affectation de moquerie.
8'. ŒUVRES DE en. DE BERNARD.
— Puisque vous êtes sorcier, roprit-elle, dites-moi qui vient derrière vous ?
Sprvian se retourna et aperçut Félix qui s'avançait d'un air d'hésitation.