CRITIQUE
Il n'entre point dans mon plan de m*engager dans la discussion des diverses objections (1) soulevées par le système que je viens d'exposer. Je ne me propose pas non plus de rechercher la position qu'il occupe dans le mouvement de la pensée, ou les rapports qu'il présente , malgré son originalité évidente , avec les systèmes des théosophes, de Hegel ou de Schleiermâcher (2).
(!) Le lecteur français trouvera quelques-unes de ces objections dans l'intéressant travail de M. G. Godet sur la notion de respdt de Rothe, Revue théologiqtie^ 1874.
(2) Lorsque VEthique de Rothe parut, on voulut j voir un essai de conciliation entre Hegel et Schleiermacher , ou une tentative d'adapter aux idées fondamentales de ce dernier quelques emprunts faits à Schelling. Aiyourd'hui on s'accorde à reconnaître il'originalité du système de Rothe. Lui-même ne demandait qu'une petite place dans la cellule des théosophes, à c6té d'OBttinger; mm on ne peut mécoanaftre les points de contact qu'il a en par^ .ticaUer avec Schleiermacher^ qu'il dépasse et corrige. Quant à sa confiance dans la logique, Hegel ne l'aurait pas désavouée.
Le système de Rothe marque, sans contreflit, le pUis puissant
Mon but est de faire connaître et de discuter l'explication que Rothe donne du péché. Il me suffira donc d'examiner ici les questions qui ont un rapport direct avec cette explication.
La place faite au péché est la pierre de touche d'un système métaphysique; car aucun fait, après celui de notre propre existence, n'est pour nous plus immédiatement certain que celui du péché. On pourrait môme dire que, dans les moments où nous accordons au sentiment du péché toute notre attention , nous prenons conscience de réalités supérieures à notre existence puisqu'elles la jugent.
Il est aisé de dire que Rothe, en rendant le péché inévitable pour Thomme , méconnaît un des termes essentiels du problème, et de passer outre après cette critique superficielle ; mais on me permettra de croire qu'une critique plus sérieuse ne se contentera pas d'une condamnation aussi simpliste. Essayons de voir jusqu'à quel point Rothe a précisé et a tenu compte des données du problème, et dans quelle mesure, à défaut d'une solution satisfaisante, il en a fourni les éléments. Cette recherche est d'autant plus intéressante que Rothe, je l'ai déjà fait remarquer, tout en restant sur son terrain religieux, pose le problème , au point de vue formel, comme les systèmes
effort de pensée systématique qui se soit produit au sein de la théologie oontemporaiQe. 8*il u'a pas eu plus d'influence, cela tient peut-être, ainsi que le fait remarq^ier M. G. Godet dans l'artide déjà cité , à ce qu*il y avait là « trop de théologie et de théologie évangéiique pour les uns , trop de philosophie et de très libre philosophie pour les autres. •
évolutionnistes. <c L'homme procède de Tanimalité et s'en dégage par transitions insensibles. » Il est donc doublement important de soumettre les conceptions de notre penseur à un examen plus approfondi.
Je commencerai par indiquer, dans une première section, le rôle essentiel de sa notion de l'esprit.
Puis, dans une deuxième section, je ferai voir qu'en déterminant le point de départ duprocessiis que l'esprit réclame pour sa réalisation, Rothe a introduit une donnée étrangère qui conduit à l'inéyitabilité métaphysique, puis psychologique du péché , inévitabilité qui n'était pas comprise dans la notion d'esprit ni dans le processus qu'elle implique.
Je discuterai ensuite la manière dont Rothe justifie cette inévitabilité du péché devant les réclamations de la conscience religieuse, et j'établirai que son point de vue lui est imposé par la méthode qu'il a employée.
Enfin, dans une troisième section, et en manière de conclusion, j'essaierai de montrer comment l'idée générale de Rothe, envisagée en dehors de ses prémisses métaphysiques et de sa méthode , pourrait fournir une solution très actuelle à la question de l'origine du péché.
PREMIÈRE SECTION