‹ Le péché d'après l'éthique de RothoChapitre 16 sur 23 · ÉLÉMENTS PSYCHOLOGIQUES DU PROBLÈME DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PSYCHOLOGIQUES DU PROBLÈME DU PÉCHÉ

Si le péché doit, en quelque manière, être psychologiquement compréhensible, il faut, dit Rothe, le saisir dans les premiers rapports qui se produisent entre le moi et l'organisme naturel. La plupart des théologiens ne se placent pas ce à point de vue. Julius Millier, qui sur cette question représente l'opinion la plus répandue, déclare que l'origine du péché ne doit pas être cherchée dans un rapport de la créature avec elle-même, mais dans son seul rapport avec Dieu (1), et que d'ailleurs le péché est inexplicable par définition. Son incompréhen^ibilité ne tient pas à notre ignorance seulement, mais à sa nature môme (2).

(1) t Der eigentliche Ursprung der Sûnde ist nicht im Verbâltniss der Kreatur zu sich selbst und zu irgend einer Differenz in ihrem Wesen, sondern nur in ihrem Verbâltniss zu Gott zu suchen » (Julius Mûller, ibid., 2« édit., I, 400).

(2) t Dièse UDbegreiflichkeit der Entstebung des Bosen ist aucb nicbt etwa eine Scbranke, die an unseren subjectiven Erkenntniss

Placer ainsi au début, la forme la plus complexe du péché, celle de Téloignement conscient de Dieu, c'est, dit Rothe (1), se condamner d'avance à rendre en effet l'origine du péché absolument incompréhensible ; car c'est se placer du coup en dehors de toute vraisemblance psychologique. Il est vrai que tout effort pour comprendre le péché, entraine, dans la mesure où il aboutit, une certaine nécessité du péché ; et que la crainte d'atténuer en quoi que ce soit la culpabilité du péché, explique la tendance des théologiens à le déclarer incompréhensible et à le faire dépendre d'un acte arbitraire , alors même qu'ils ne se lassent pas de renouveller leurs efforts pour comprendre sa nature et son origine.

Rothe pense que l'intérêt religieux et sacré qu'on s'efforce avec raison de sauvegarder, exige seulement le maintien, sans aucune atténuation, du fait de notre juste condamnation pour le péché (2). Il estime que donner au péché une raison d'être, ce n'est pas exclure cette condamnation absolue; tandis qu'attribuer le péché à un acte de pur arbitraire, c'est lui enlever tout autre caractère que celui d'une insanité (3). Nous verrons plus loin comment il essaie de justifier ce point de vue devant le sentiment religieux, froissé à juste titre.

desselben haftet « soadern in der Natur desselben gegrûndet » (JuliuB MûUer, ibid., {^ édit., I, p. 457).

(3) « Absolute Narrheit, Verrucktheit und es kommt ihr die Zurechnungsfâhigkeit des Wahnsinns zugute » (lll, p. 18).

Pour rendre le péché compréhensible, sans toutefois le justifier, Rothe demande qu'on en distingue avec soin Vessence et le principe.

L'essence du péché ne peut être connue que si Ton envisage ce dernier dans la plénitude de son développement, « lorsqu'il a donné tout son venin » ; il se révèle alors comme le « péché diabolique » ou hostilité définitivement voulue contre Dieu.

Pour connaître le principe du péché, par où il faut entendre les conditions qui lui ont permis d'apparaître,* ses conditions d'existence, sa cause occasionnelle, il faut, au contraire, étudier le péché à ses débuts, dans les données élémentaires des premières déterminations de la créature, alors qu'il n'a pas encore revêtu les caractères complexes qu'il aura plus tard.

La plupart des théologiens ne font pas cette distinction (1), et pensent que l'essence du péché doit être aussi le principe dont il procède à son origine, principe qu'ils cherchent dans l'orgueil, dans l'égoïsme ou dans le fait que l'homme se prend pour son propre Dieu. Mais ces sentiments sont complexes, à des degrés divers, et ne peuvent représenter le moment le plus élémentaire du péché. Se prendre pour son propre Dieu, est une manifestation de l'orgueil, comme celui-ci est une forme de l'égoïsme ; et l'égoïsme luimême, n'est pas hu sentiment élémentaire dans lequel on puisse voir le principe du péché, car l'égoïsme qui se -^eut , dérive de l'égoïsme qui s'ignore et dont

(1) Par exemple Julius MûUer, ibid., I, 197.

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