TACHE DE LA CRÉATURE PERSONNELLE DANS L OEUVRE DE LA CRÉATION
Dans l'être personnel toutes les fonctions sont en rapport avec le pouvoir de se déterminer soi-même. L'homme ne peut vivre sans se déterminer. Il lui est impossible de rester passif comme Tanimal et d'être fait vivre, il faut qu'il soit actif; sa vie est son ouvrage, et, s'il peut se laisser vivre, dans cet acte d'abandon de lui-même , il est encore actif et se détermine lui-même. Il est donc appelé à transformer sa propre nature et même la nature extérieure dans la mesure où il peut agir sur elle, en vue du but impliqué dans l'idée même de la personnalité.
Si on appelle moral tout ce qui provient de la libre détermination de la créature (2), l'homme présente ce
(1) Le mot œuvre indique le sens dans lequel est employé le mot création.
(2) Telle est la définition du moral par Rothe, définition toute formelle, qui fait du bien et du mal, deux espèces du genre moral. Tout acte personnel est un acte moral, bon s'il répond à son idée.
trait caractéristique et qui fait le sérieux de la vie humaine, c'est que chez lui la vie animale revôt nécessairement un caractère moral ; il ne peut pas vivre sans que sa vie soit une vie morale.
Ce fait introduit un élément tout nouveau qui rend la créature coouvrière avec Dieu dans l'achèvement de la création. En effet, avec l'apparition de l'homme la création est loin d'être achevée ; toute Toeuvre de la spiritualisation de la création reste à accomplir. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre, l'ère de l'activité propre de la créature personnelle. Le monde de la nature fait place au monde moral, la création à l'histoire.
En quoi consistera cette activité propre de la créature personnelle qui doit concourir à l'achèvement de la création.
A. Tout d'abord, à s'approprier sa nature matérielle, à se l'assimiler, à la faire sienne. Ce travail d'assimilation n'est autre chose qu'un travail de spiritualisation ; le moi est un être idéel, et la nature matérielle représente l'élément du réel; l'assimilation du moi et de sa nature revient donc à produire l'union intime de l'idéel et du réel, c'est-à-dire à produire l'esprit.
La tâche de l'homme consiste donc à se spiritualiser ; il y arrive en transformant par l'activité de
mauvais s'il lui est contraire. Il en résulte que Téthique, ou science du moral, est la science du pouvoir de se déterminer soimême et*de tout ce qu'il produit, que ce soit pensé ou fait, bien ou mal.
son moi son organisme naturel en un organisme spirituel et en faisant sien tout ce qui était donné par nature, de manière à former tout un ensemble de facultés et d'organes spirituels qui , étant l'œuvre propre du moi, constituent avec lui la personne spirituelle.
B. Mais, tel que nous venons de le décrire, ce travail de spiritualisation ne saurait être parfait. Nous savons, en effet, que la créature n'est pas une, mais multiple. Le travail de spiritualisation qui lui incombe a donc deux faces qui se conditionnent Tune l'autre ; d'un côté, il consiste dans la formation de personnes spirituelles individuelles ; de l'autre, dans la production de l'unité d'une collectivité. Cette collectivité est, à l'origine, formée d'individus, chacun représentant imparfait du type, et en simple relation- naturelle les uns avec les autres ; il est donc nécessaire qu'une culture morale redresse les défectuosités individuelles suivant l'esprit commun qui naît des relations naturelles et normales de ces individus; il faut ensuite que la société formée par ces relations naturelles soit transformée par l'amour en une unité morale, en sorte que les créatures personnelles individuelles, développées et unies dans un même esprit, forment par l'amour une vraie unité spirituelle. La collectivité naturelle devient alors une collectivité morale, l'humanité vraie, la créature spirituelle.
C. Enfin, dans la mesure où les individus se spiritualisent, Dieu habite en eux (1), et dans la mesure où
^1) L'habitation de Dieu en rhomme a pour condition le déve-
ils forment une unité spirituelle, Dieu fait sa demeure dans rhumanité ainsi constituée. Il s'établit, de la sorte, entre la créature et le Créateur une communion toujours plus grande et plus intime, jusqu'à ce que la créature, entièrement spirituelle, entièrement une, entièrement pénétrée par Dieu , ne fasse plus qu'un avec Lui. Elle est alors ce semblable de Dieu, tout à la fois unité et pluralité , dans lequel Dieu trouve un autre lui-même et qui est le but et l'achèvement de la création.
loppement moral , mais celui-ci n*est normal et complet qu'avec un développement religieux correspondant. Il y a sans cesse réciprocité et pénétration constante entre les deux. « Das Mora^ iische ist wesentlich auch ein Religiôses, und die morallsche Normalitât wesentlich zugleich Heiligkeit • (I, p. 461). L'unité du moral et du religieux est le critère du développement normal. Elle est la caractéristique du christianisme évangélique, elle éclate en Jésus et s'appelle : la sainteté.
La séparation de ces deux éléments du développement de la créature personnelle est le résultat du péché, comme nous le verrons plus loin.