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tament que Basilide, Valentin et d’autres ont emprunté certains de leurs termes. Vouloir conclure, comme l’a fait l’école de Tubingue, que telle Epître de Paul est inauthentique, parce qu’elle contient des expressions qu'on rencontre chez les docteurs gnostiques du second siècle, c'est établir la critique sur une base bien fragile.
De même que les termes, les doctrines gnosliques étaient encore vagues et confuses au siècle apostolique. Dans les communautés chrétiennes l’idée du « Fils de Dieu » pouvait se présenter sous les formes les plus variées, sans donner lieu à des controverses. Jamais la christologie paulinienne n’a été attaquée par les chréliens de Jérusalem, qui avaient cependant sur le Fils de Dieu des notions sensiblement différentes de celles de Paul.
Nous trouvons dans la christologie du Nouveau Testament trois courants principaux, dont le premier est représenté par Pierre, Jacques et les Evangiles synoptiques, le second par Paul et l'Epître aux Hébreux, le troisième par l'Evangile et les Epîtres de Jean et par l’Apocalypse.
D'après la première tendance, le Christ ne préexiste que virtuellement dans la pensée de Dieu. Il n'arrive à l’existence personnelle, concrète, en dehors de Dieu, que par l'incarnation. Il se confond en Dieu avec le Saint- Esprit. Le Christ de Paul existe aussi de toute éternité dans la pensée de Dieu, mais Dieu réalise cette pensée au commencement des temps,avant la création dumonde, en appelant à l'existence, par sa volonté créatrice, le
« Premier-né ; » et celui-ci devient l'organe du reste de
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la création. Il est une entité personnelle avant sa venue dans la chair. Le Logos de Jean est également une personne distincte de la personne de Dieu, mais il a plutôt le caractère d’une émanation que d’une création; el comme émanation, il participe de la nature divine, tout en n'étant pas le Dieu souverain lui-même. Pour Jean aussi, Dieu existe de toute éternité, avant le Logos, el celui-ci n'arrive à l'existence personnelle qu’ « au commencement » (ëv 44%, Jean 1, 1; comp. nwxta Gen.1,1); mais il vit avec Dieu, comme un dieu; et c’est par lui (de même que par le rowréroxos de Paul) que tout a été créé (Jean 1,3). Le Logos de Jean se rapproche ainsi le plus du gnosticisme proprement dit.
Ces Lrois courants de la théologie chrétienne se confondirent bientôt. Les Pères apostoliques maintiennent encore la distinction entre Dieu et le Christ; ils appellent Jésus-Christ le second Dieu : » 3esrepos 06 (Origène, C. Cels. V, éd. Lommatzsch, p. 241). Mais à mesure que le gnosticisme perdit du terrain et que les prémisses gnostiques, jadis si généralement acceptées, firent place aux prémisses de la philosophie néo-platonicienne, qui ne connaît point d'êtres intermédiaires entre Dieu et les hommes, la christologie apostolique dut en subir le contre-coup, et se modifier de manière à se mettre en harmonie avec les principes de la philosophie régnante. Et cela d'autant plus aisément, que les apologistes chrétiens s'étaient appuyés sur cette philosophie dans leur lutte victorieuse avec le gnosticisme.
Tous les éléments de l’évolution étaient contenus en germe dans les trois courants de la christologie apostolique, Le développement dogmatique se fit lentement,
naturellement, à travers une lutte redoutable avec l'arianisme, dernier rejeton de la conception gnostique du monde. Ce fut un développement normal, un progrès de la pensée religieuse.
Sauf la foi à l'existence des anges et des démons, qui n'avaient joué aucun rôle dans le dogme christologique, la foi aux êtres supérieurs, aux « dominations, » aux « autorités, » aux « puissances, » aux « trônes, » aux « dignités, » — aux éons, comme disaient les gnostiques, — se perdit peu à peu. L'homme se trouvait de nouveau directement en face de Dieu. Mais la distance entre l’homme et Dieu était comblée par l’incarnation du Christ. La divinité et l'humanité se rencontraient en Christ. Le Christ était, comme dit très bien M. Sabatier, «le lieu métaphysique » de cette rencontre ( L’Ap6tre Paul, p. 312).
Les éons étant supprimés, on assigna naturellement au Preniier-né sa place dans la divinité ; 1l devint une hypostase, une entité personnelle intra-divine, distincte du Père, mais éternelle comme lui, et confondue avec lui dans l’unité de l'essence divine, — écsbsues, — « vrai Dieu, engendré du Père de toute éternité. » Son incarnation fut l’incarnation de la divinité elle-même. Jésus- Christ fut l’Homme-Dieu.
Quant au mode de son incarnation, la tradition synoptique en fournissait les éléments. De même que le Père avait engendré le Fils de toute éternité, de même le Saint-Esprit, cette autre hypostase intradivine, l’engendra dans le sein de la Vierge Marie. Et le Saint-Esprit, après la résurrection et l’ascension du Christ, continue son ministère sous uno autre forme,
en rendant témoignage au Fils de Dieu dans la conscience de l'humanité, et en engendrant, si l’on peut ainsi dire, le Christ dans le cœur des croyants; « car personne ne peut appeler Jésus Seigneur, si ce n'est par le Saint-Esprit » (1 Cor. 12, 3).
A la fin de cette évolution, nous nous trouvons donc en présence de lrois formules dogmatiques nouvelles, nées de la substance de la théologie et de la christologie apostoliques : le dogme de Ja divinité de Jésus-Christ, celui de la personnalité du Saint-Esprit, et le dogme de la Trinité (1). L'unité de Dieu est sauvegardée. Mais ce n’est pas une unité abstraite, un point mathématique ; c’est une unité vivante, animée, ayant une triple différence personnelle dans l’unité de l’essence, de la pensée, du sentiment et de la volonté (2). Et ce Dieu transcendant vient s'unir à l'humanité en Jésus-Christ, et élever par Jésus-Christ eten Jésus-Christ l'humanité jusque dans le sein de la divinité, « afin que Dieu soit tout en tous » (1 Cor. 15, 28).
Cette conception est-elle le dernier mot de la spéculation théologique? Nous ne le pensons pas. Mais un progrès n’est possible qu’à la condition ‘de se faire sur la base du dogme de la Trinité, comme ce dogme s’est
(1) Voir, sur la synthèse entre le judaïsme et l’hellénisme, les belles pages de M. Félix Ravaisson, dans son Z'ssai sur la métaphysique, 1846, t. Il, p. 348-371.
(2) L'Eglise d'Orient, en niant que le Saint-Esprit procède du Fils, a conservé, dans sa doctrine, un léger vestige de la conception gnostique du monde. Elle est restée, sous ce rapport, plus fidèle à la lettre de la théologie paulinienne. Mais l'Eglise d'Occident était dans la logique de l’évolution religieuse, en attribuant également au Père et au Fils la processio du Saint-Esprit.
formé sur la base de la théologie et de la christologie apostoliques, et ces doctrines apostoliques, sur la base du monothéisme de l'Ancien Testament. Ces transformations se sont accomplies d’une manière lente, normale, presque inconsciente; mais dans toutes on reconnaît, à côté des facteurs humains, l’action de l'esprit de Dieu, qui fait sortir un germe nouveau du grain qui semble périr, et maintient la substance de la vérité éternelle à travers les évolutions de la pensée humaine.