LA NOTION MORALE DU PÉCHÉ
Au centre de la théologie paulinienne se trouve la notion de la jushfication du pécheur. Cette justification est conçue comme un acte à la fois de la justice et de la miséricorde de Dieu. Elle constitue le trait caractéristique de l’enseignement de l’Apôtre. Aussi Paul l’appeile-t-il son Evangile : à edayy£ués pou (Rom. 16, 25).
Nous verrons quel lien intime, indissoluble, il y a, dans la pensée de Paul, entre la justice et la miséricorde de Dieu; et que, pour n'avoir pas saisi la connexion de ces deux attributs, bien des théologiens ont été incapables de comprendre le système paulinien. Le fait, que « l'amour » — # &yérn — est la note dominante dansla théologie johannique, a peut-être inconsciemment amené maint commentateur à voir dans la « miséricorde » la note prépondérante de la doctrine paulinienne et à
méconnaître dans celte théologie le rôle de la « justice. » |
Or, l'idée de la justice —# Srrarosow — est une idée capitale, fondamentale, qui domine toute la pensée religieuse et tout le système théologique de saint Paul. La justice est la loi suprême de toutes choses ; elle embrasse tout : Dieu et le monde. Elle est l'essence de la vie divine et la condition de la vie éternelle de l’homme. La rédemption est non seulement un acte de la miséricorde de Dieu, mais aussi une manifestation de sa justice, — EvdeËts ris dixaroobvns 0<0ù (Rom. 3, 26). Dieu y apparaît comme « juste et justifiant le pécheur, » — Sirxatos'ua QatGY To doc6T (Rom. 3, 26; 4,5). Il importe de bien retenir ce facteur, si nous ne voulons nous exposer à manquer la pensée de l’Apôtre.
C’est à l'égard de l’impie, du méchant, du pécheur — àsc6hs — que Dieu manifeste sa justice ; et 1l la manifeste en le zustifiant. Nous trouvons là une première indication touchant la notion paulinienne du péché. Examinons-la de plus près.
« Dieu justifie le pécheur. » — On a entendu le terme de justifier dans différents sens; on a traduit Sexuevy par «rendre juste, » par « déclarer, proclamer juste, » par « considérer comme juste. » Nous fixerons plus tard le sens précis de cette expression. Mais dans quelque sens qu’on l’entende, il ressort clairement, de l’idée de la jusfificañon du pécheur, que, selon Paul, le péché est lopposé, la négation, l’absence de la yustice.
L’Apôtre confirme cette déduction en termes explicites. Il écrit aux Romains (ch. 6, 20) : « Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres de la justice, »
— Ehcbôepot rh Btxacobyn, — c’est-à-dire privés de la justice. Et cette même pensée, exprimée ici négativement, Paul la présente sous une forme positive : « Vous avez été affranchis du péché, et vous êtes devenus esclaves de la Jushce. De même que jadis vous avez livré vos membres à l’iniquité, meltez-les maintenant au service de la 7usce » (Rom. 6, 18-19). Dans tout ce passage, le péché (épapria, dxadapsix, voix) est nettement opposé à la justice:
Mais, pourrait-on nous objecter, le contraire de la justice n'est-il pas plutôt l'éustice? L'’objection est fondée. Et les théologiens qui ont négligé cette question, n'ont pas réussi à tirer au clair la pensée de saint Paul.
Il y a, en effet, dans la conception paulinienne de la: « Justice, » deux catégories d’antithèses, confondues dans les termes, mais bien distinctes quant au fond. L'une oppose à la yustice Le péché, l'autre oppose à la ushce l’injushce.
Quand nous étudions ces antithèses, nous remarquons qu’elles reposent sur deux moments distincts de la notion de la justice. D'une part, la justice est l’état de sainteté parfaite, l'expression du rapport normal avec la volonté de Dieu. Est juste celui qui ne commet point de péchés. Quand Paul parle de la justice dans ce sens, ou de son contraire, le péché, c’est surtout l’homme qu’il a en vue. D'autre part, la justice est la vérité dans la sanction. Et dans ce sens, elle est opposée à l’injustice et principalement attribuée à Dieu. Dieu est juste, car il rend « à chacun selon ses œuvres : réservant la vie éternelle à ceux qui persévèrent à faire le bien, et