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tion de lPAncien Testament. « Par la transgression d’un seul homme, dit-il, le péché est entré dans le monde » (Rom. 5, 12-17; comp. 1 Tim. 2, 14). L’Apôtre rappelle ici la désobéissance d'Adam, d’après le récit de la Genèse {ch. 3). Cette désobéissance constitue le péché; elle en est le type. Toutes les fois que l’homme n’accomplit pas la volonté de Dieu, en d’autres termes, toutes les fois qu’il transgresse la loi divine, il commet un péché. «Ce ne.sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la mettent en pratique » (Rom. 2, 13). « La colère de Dieu se déclare contre toute impiété et toute injustice des hommes. .. Ils sont remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d'envie, de meurtre, de querelle, de fraude, de fourberie; délateurs, calomniateurs, insolents, hautains, présomptueux, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans fidélité, sans affection, sans miséricorde. Et, bien qu'ils connaissent la loi de Dieu, qui condamne à la mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font » (Rom. 1, 18. 29-32). « Ne savez-vous pas que les injustes n D point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les débauchés, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les avares n’hériteront le royaume de Dieu » (1 Cor. 6, 9. 10 ; comp. Gal. 5, 19-21 ; Eph. 5, 3-6). Nous trouvons également de ces énumérations de péchés dans les Epîires pastorales : ? Tim. 3, 2-12 ; 2 Tim: 3,2-7;
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Tite 1, 7-12; 2, 2-10. Paul aurait souscrit à la défimition que saint Jean donne du péché : « Quiconque pèche, transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi » (1 Jean 3, 4).
Cette transgression de la volonté de Dieu entraîne une double conséquence immédiate : la culpabilité chez l’homme, la colère chez Dieu ; c'est la rupture de l'harmonie entre Dieu et l'homme, l'hostilité, la guerre.
Parlons d’abord de la culpabilité. Kille suppose une transgression consciente, libre, volontaire.
Paul part de cet axiome incontestable : «Où il n’y a point de loi, il n’y a point de transgression » (Rom. 4, 15). Il est évident qu'une transgression sans loi est une impossibilité, un non-sens. Ce n’est que par l’existence d’une loi, d’un ordre, d’un commandement, qu’une transgression devient possible.
Mais ici se pose une question importante. Celui qui transgresse une loi dont il ignore l’existence est -il coupable? La question a été agitée dans l'Ancien Testament (Lévit. 5, 15. 17; comp. Luc 12, 48) et dans l'antiquité païenne. Elle s’est posée à Paul. Et les commentateurs sont loin d’être d'accord pour la réponse. C’est là un de ces points où la notion morale et la notion dogmatique du péché viennent se confondre et où il est à peine possible de les distinguer. Nous essalerons cependant de le faire.
A première vue, Paul semble enseigner que même la transgression inconsciente de la loi divine est un péché. « Devant Dieu, dit-il, il n’y a point d’acception de personnes : ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi; et ceux qui ont péché sans loi périront aussi
Ne
sans loi », —£so dvéuws fuasrov, dvépuos ai dmokodvra (Rom. 2, 11. 12). L’affirmation est catégorique. Et pour prouver que « le péché était dans le monde avant la loi» (Rom. 5,13), Paul — qui ne connaît point de code de lois divines en dehors de la loi mosaïque — fait remarquer que le châtiment du péché, la mort, était dans le monde avant Moïse. « La mort, dit-il, a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, aussi sur ceux qui n'avaient point péché dans les mêmes conditions qu'Adam, » c’est-à-dire en présence d'un commandement formel (Rom. 5,14). De ces assertions il semble ressortir qu'aux yeux de Paul, la transgression même inconsciente de la volonté de Dieu serait un péché, entraïnant la culpabilité et le châtiment.
Et cependant on se tromperait en présentant cette théorie comme le fond de la pensée de l’Apôtre. Celuici se défend lui-même d'une telle doctrine. Il avait une idée trop élevée de la justice divine, pour attribuer à Dieu même une apparence d’iniquité. Il affirme nettement que « le péché n'est pas imputé, en l’absence d’une loi, » — daptia ox ÉAAOYEÏTAT HŸ ÉvTos vépou (Rom. D, 13); ce quirevient à dire que, pour qu’une transgression soit vraiment un péché, entraînant la culpabilité et le châtiment, il faut que cette transgression soil consciente.
Seulement ici Paul se trouve en présence d'un fait qu'il doit expliquer. Comment se fait-il que ceux qui vivaient avant Moïse et qui n’avaient point de loi durent cependant subir le châtiment du péché, la mort ? Comment surtout expliquer la mort des païens qui vivent en dehors du peuple d'Israël et ne connaissent
pas la loi? La réponse de Paul est admirable : « Siles païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que la loi commande, #s sont, eux, une loi pour eux-mêmes (obrou, vépuov ph Exovrec, Eavrots sioiv véuoc); le commandement de la loi est inscrit dans leur cœur (2 2er +05 véuou yparrèv àv vaïs xapdiats adrov); leur conscience leur en rend témoi- SNAGE (sumpaprupebons adrov ris cuvedhsewc), et leurs pensées s'accusent et s'excusent tour à tour (ueraËd dAkfluv rôv h x drohoyouuévwv). C’est ce qui paraîtra au jour où Dieu jugera par Jésus-Christ ce qu'il y ade cachédans l’homme » (53 xourrà <6v do6ruv, Rom. 2, 14-16). Voilà dans toute sa profondeur la notion paulinienne du péché. Le péché est la désobéissance à la voix de Dieu dans notre conscience. Là ilne peut plus être question d’une transgression inconsciente.
Il ya plus. Dans son respect pour la conscience, Paul va jusqu’à déclarer qu’un acte parfaitement licite en lui-même devient coupable pour celui qui ne le fait pas en bonne conscience. On sait le rôle que jouait, dans l'Eglise primitive, la question de savoir s’il était permis de manger des viandes «impures, » ou des viandes « sacriliées aux idoles. » Paul, sur la base de sa doctrine de la liberté chrétienne, enseignait que « tout est pur, »— révra pèv xa0aod (Rom. 14, 20), que « tout est permis, » — révra 2£sorw (1 Cor. 10, 23), pourvu qu’on en use « avec actions de grâces » (v. 29), « à la gloire de Dieu » (v. 30), «car la terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme » (v. 26). La légilimité de cette liberté était la conviction la plus intime de lPApôtre. Mais bien des chrétiens nouvellement convertis, d’origine juive ou païenne, avaient des doutes à ce sujet, leur
hoytouGY xaTmyopoUYTuY
SO) es
conscience n’était pas parfaitement à l'aise. Paul ménageait scrupuleusement ces hésilations de la conscience. « Si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère » (1 Cor. 8, 13). Voici les conseils qu'il donne plus particulièrement aux « forts, » c’est-à-dire à ceux qui partageaient sa foi, — conseils pouvant aussi mettre à l’aise les esprits timorés : « Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, mais sans vous enquérir de rien, par motif de conscience (ñà vnv cuveidnaw). Si quelqu’un d’entre les païens vous invite, et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qui vous est offert, mais sans vous enquérir de rien, par motif de conscience » (4 Cor. 10, 25. 27). Mais « celui qui a des doutes quand il mange, est condamné, parce qu'il ne le fait pas avec une conviction intime : or, tout ce qui ne se fait pas avec une conviction intime est un péché, » — à à Graxorvépevos, Édv odyn, nataxéxpirat , OT oÙx Ex miorews mäv dE à oùx ëx mistewc, Gpapria .Éotiv (Rom. 14, 23). La risx, l’assurance intérieure, la conviction intime, dont parle ici l’Apôtre, c'est la bonne conscience. Celui qui fait un acte quelconque, sans avoir la conviction de bien agir, sans avoir l’assentiment de sa conscience, commet, selon l’enseignement de Paul, un péché, il souille sa conscience (à ouvelèmets pokivem, 1 Cor. 8, 7), alors même que l’acte en lui-même ne serait pas coupable. Il en ressort que, pour Paul, le péché est, en dernière analyse, la désobéissance à la voix de la conscience. Ces réflexions nous indiquent le sens que Paul attache au terme de owveinas. La conscience, considérée en elle-même, n'est pas la voix de Dieu; elle est le /émos-
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gnaye de notre esprit. L'Apôtre écrit aux Corinthiens : « Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience (7ù paoptbotov th cuvedhoeuc Av), que nous nous sommes conduits avec sainteté ct droiture » (2 Cor. 1. 12; comp. Rom. 14,5). Nous avons une « bonne conscience, » une « conscience pure » (ouveidnois dyafn, xadaod, 4%Æim: 1,5:19; Act. 23,1 ; 2Tim.1,3), quand notre esprit ne nous fait point de reproches (o3èèy Euaur® covoa, 1 Cor. 4, 4). La mauvaise conscienceestle témoignage interne quinous blâme, nous condamne, nous imprime la « marque delaflétrissure » (xexaurnorsopévo ri PBlav ouvelneu, 1 Tim. 4, 2). Dans ce sens, l’Apôtre peut parler d'une conscience faible, cuveiènais äsbevñc (1 Cor. 8, 7-12), c’està-dire du témoignage hésitant, incertain, d'un esprit troublé par des scrupules.
Dieu aussi se sert de notre conscience pour nous parler : « L'esprit de Dieu rend témoignage à notre esprit que nous sommes des enfants de Dieu » (Rom. 8, 16). Ce témoignage est le témoignage de notre. conscience «par le Saint-Esprit : » « Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m'en rend témoiosnage par le Saint-Esprit, » — suppapropobsns pet tie cuvedhsebe pou àv rvetuart &ylo (Rom. 9, 1: Ence sens, la conscience est la voir de Dieu. Et c'est ainsi que, selon l'Apôtre, Dieu a manifesté sa volonté aux païens, et qu'en l’absence d’une loi écrite, ils ont été eux-mêmes leur loi. Leur transgression a été consciente, et leur châtiment mérité. Ainsi s'explique le péché et se justifie la mort de ceux qui n’ont point eu de loi.
Mais si le péché est conscient, est-il également lôr
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et volontaire? On pourrait parfaitement admettre la possibilité d'une transgression à la fois consciente et forcée, d’une désobéissance par contrainte. Paul lui-même semble se prononcer dans ce sens. « J’aila volonté, ditil, mais non le pouvoir de faire le bien; car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas » (Rom. 7, 18. 19). Ces paroles ne sont-elles pas la négation de la liberté morale? Et comment parler de culpabilité, en présence d’une transgression fatale, inévitable, imposée de force, contre notre gré? Autant vaudrait accuser de suicide un homme que des brigands jettent à l’eau.
Ici encore, on n’arrivera à saisir la pensée de Paul qu’en distinguant soigneusement sa notion morale du péché de sa notion dogmatique ; mais ici également, les deux notions se confondent dans une unité bien revêche à l'analyse.
Nous n’avons pas à nous occuper des théories anciennes ou modernes sur la Xberté. Ce qu'il importe de connaître, c’est la doctrine de Paul sur /a possibilité ou l'impossibiluté pour l’homme d'observer la loi morale, d’accomplir la volonté de Dieu. C’est à ce point de vue que nous parlons de la liberté. Et, dans notre question, nous avons réuni les deux termes de bre et de volontaire, pour les compléter et les préciser l’un par l’autre : le premier se rapportant plus spécialement à la Æberté du choix, et le second, à la faculté de suivre les impressions de la volonté. Paul ne distingue pas ces deux moments de la liberté, et nous ne pensons pas que, dans notre étude, il y ait lieu de les distinguer. Leur synthèse, dans le terme de liberté, nous suffit.
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Pour bien comprendre la notion du péché, dans la théologie paulinienne, il ne faut pas perdre de vue que l'Apôtre n’a nullement l’intention de faire à ses lecteurs un cours sur l’idée du péché, mais que sa grande préoccupation est de leur exposer et de leur faire accepter sa doctrine de la « justification; » et que, s’il parle du péché, c’est uniquement en vue de ce but apologétique. Ses idées sur le péché n’entrent donc en ligne, dans sa démonstration, qu’en tant qu'elles peuvent servir d’arguments pour sa thèse. L'idée générale n’est pas traitée, el ce n’est que par voie de déduction et sur la base de données fragmentaires que nous pouvons arriver à la déterminer.
Si nous étudions le péché au point de vue de la notion morale, dans les Epîtres pauliniennes, nous reconnaîtrons que la liberté est partout supposée. Comment expliquer autrement les exhortations de lApôtre : «Que le péché ne règne point dans votre corps ;.… n’obéissez point à ses convoitises ;... nelivrez pas vos membres au péché ;… donnez-vous vous-mêmes à Dieu ; consacrez à Dieu vos membres; cherchez les choses d’en haut’; marchez dans l'esprit et n’accomplissez pas les désirs de la chair; ne vous lassez pas de faire le bien ;.. pratiquons le bien envers tous; veillez, demeurez fermes dans la foi ;.. que tout chez vous se fasse dans un esprit de charité ;.. perfectionnez-vous;... vivez er paix ;.. averlissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous ;.. que personne ne rende le mal pour le mal; poursuivez toujours le bien ;… priez sans cesse; rendez grâces en toutes choses; abs-
tenez-vous de toute espèce de mal:... supportez-vous les uns les autres avec charité, vous efforçant de conserver l’unité de l'esprit par le lien de la paix; renoncez au mensonge ;.… qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise ;.. que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, tout esprit de méchanceté disparaissent du milieu de vous; soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ; devenez donc des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien—aimés; et marchez dans la charité, à l'exemple de Christ; quel’impureté, l’impudicité, la cupidité ne soient point nommées parmi vous;...ne vous enivrez pas de vin;... maris, aimez vos femmes ;... femmes, soyez soumises à vos maris ;… enfants, obéissez à vos parents ;..… serviteurs, obéissez à vos maîtres ;... revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les ruses du diable; que celui qui est debout prenne garde de tomber>.(Rôm:6,1218 5200! 51502505 6 EME 4 Cor. 16, 13 ; 2 Cor. 13, 11; 1. Thess. 5, 14-22; Eph. 4 et 5; 1 Cor. 10, 12). Les Epîtres de Paul sont pleines, d’un bout à l’autre, de ces exhortations. Comment admettre un instant que Paul eût adressé aux fidèles ces exhortations si chaleureuses et si pressantes, s’il n’avait pas cru à la possibilité de les suivre? Ne portent-elles pas le cachet de la foi la plus profonde en la liberté morale ?
Cela est juste, nous objectera peut-être quelque . doctrinaire ; mais ces exhortations ne s’adressaient qu'aux chrétiens convertis, qui ont reçu le don du Saint-
Esprit et qui, grâce à ce secours divin, ont les forces nécessaires pour faire le bien ; tandis que ces forces font défaut à l’homme naturel. — Il y a quelque chose de fondé dans cette objection, et nous aurons l’occasion d’y revenir, mais nous nous inscrivons en faux contre la théorie qui voudrait établir une différence quant à la notion du péché, entre le péché du chrétien et le péché du païen.
Quand Paul dit au Juif : « Toi, qui prêches de ne pas dérober, tu dérobes ! » et au chrétien : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus » (Rom. 2, 21 ; Eph. 4, 28), sa notion sur le vol, et sur la possibilité, tant pour le Juif que pour le chrétien, de s'abstenir du vol, est bien certainement identique. Paul jugera, il est vrai, beaucoup plus sévèrement un chrétien qui retombe dans le vice, qu'un païen qui n’en est jamais sorti (1 Cor. 5, 9- 43; comp. 1 Cor. 10, 27). Son sens, si profond, de la justice pèsera les circonstances et mesurera les degrés de culpabilité. Le Juif sera condamné avant le Grec (Toudatou re rp@roy, nai "EX Anvos, Rom. 2, 9). Paul dira,avec Jésus-Christ, que le serviteur qui connaît la volonté de son maître et qui ne la fait pas, mérite un nombre double de coups. Mais il ajoutera aussi avec Jésus : « Quant à celui qui fait des choses dignes de châtiment, sans connaître la volonté du maître, il aura peu de coups » (Luc 12, 47-48). Mais si l’un et l’autre sont châtiés, c’est que les deux sont coupables.
Qu'on veuille bien le remarquer : il ne s’agit pas, dans la question qui nous occupe, d'établir une comparaison entre différents pécheurs, pour déterminer les degrés de leur culpabilité. Nous ne comparons pas. Nous nous
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trouvons en présence d’un païen qui commet un péché, et nous nous demandons : ce païen est-il coupable aux veux de Paul? Personne ne le mettra en doute. Paul lui-même nous répond catégoriquement : « {7 est inexcusable, » — ävamohéynros (Rom. 1, 20; comp. 2, 1). S'il est inexcusable, c’est qu’il pouvait ne pas commettre ce péché.
Paul dit, du reste, explicitement que le païen peut observer la loi divine : « Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi (pce: rà +00 vépou ro), 11S sont une loi pour eux-mêmes; si donc le païen observe les ordonnances de la loi (ra Grmwpara roù vêpev avkdson), SON incirconcision n’aura-t-elle pas la valeur de la circoncision ? Celui qui est incirconcis de nature, et qui accomplit la lot (rèv vépey <eh0ü54), ne te condamnerat-il pas, toi, qui as la loi et qui la transgresses ? » (Rom. 2, 14. 26-27.) Ces paroles s'adressent au Juif, qui a le code divin, dont il doit et peut observer les commandements : « La circoncision est utile, si tu accomplis la loi (av vépoy rpdsone); mais si tu transgresses la loi, ta circoncision devient incirconcision » (Rom. 2,25).
Ce n’est donc pas seulement chez le chrétien, c'est aussi chez le Juif et le païen que Paul admet la possibilité de fuir le péché et de faire la volonté de Dieu. Avec tout l’Ancien Testament et avec Jésus-Christ, Paul enseigne la Liberté morale. Cette liberté, selon les circonstances et les individus, peut être plus ou moins restreinte, plus ou moins limitée; mais dans les limites où elle existe, elle est effective et implique une responsabilité corrélative. À ce point de vue seulement s’ex-
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pliquent les paroles de condamnation si sévères de l’Apôtre contre les Juifs et les païens, que nous trouvons, par exemple, dans les deux premiers chapitres de l'Epitre aux Romains : « O homme, qui que tu sois, toi qui juges les autres, tu es inexcusable, car en les jugeant tu te condamnes toi-même, puisque tu fais les mêmes choses. Nous savons que le jugement de Dieu ne manquera pas de frapper ceux qui font de telles choses. Penses-tu donc, toi qui condamnes ceux qui les font, et qui les fais toi-même, que tu échapperas au Jugement de Dieu? Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience, de sa longanimité, ne reconnaissant pas que cette bonté de Dieu doit te conduire à la repentance? Mais par ton endurcissement et par l’impénitence de ton cœur, Lu t'amasses un trésor de colère pour le terrible jour où se manifestera le juste jugement de Dieu » (Rom. 2, 1-5).
La « colère de Dieu, » —# 897 +05 005, — dont l’Apôtre parle si fréquemment, n’aurait pas de sens, si l’homme n’était pas libre de s'abstenir du mal. D'autre part, elle marque. bien la culpabilité du péché.
La colère de Dieu est une conséquence immédiate de la désobéissance au commandement de Dieu. La transgression de la loi, dit l’Apôtre, «produit la colère, » — bpyhy xarepydteru (Rom. 4, 15). Et cette colère de Dieu se manifeste aussi bien vis-à-vis du païen et du Juif que du chrétien; elle « se révèle du haut du ciel contre toute impiété et iniquité des hommes,»— äroxalimreru yàp dpyh 0eoù dr” obpavod èrt rücav dséBerav rat adtniay avdowrwv (ROM. 1, 18), C’est à cause de leurs péchés — « libertinage, im-
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pureté, luxure, mauvise convoitise, cupidité » — que « la colère de Dieu vient sur les hommes rebelles, » — d à Epysrat h dpyh Toù Bsoù ëmt Tobs viobc ts dmetdelac (Col. 3,05 Eph. 5, 6). Nous examinerons plus tard l’idée que Paul attache au terme de « colère de Dieu, » Il nous suffit de constater ici que cet anthropomorphisme, où le sentiment de Dieu en présence du péché est assimilé à l'irritation que provoque chez un père la désobéissance de son enfant, sert grandement à faire ressortir la notion du péché de l’Apôtre.
Certains exégètes croient ne devoir rapporter le terme de « colère » qu'à la manifestation de cette colère au jour du jugement; ils l’identifient avec le jugement dernier. Paul appelle, en effet, le jour du jugement dernier le « jour de la colère » (fuépa &pyñe, Rom. 2, 5), et il considère le temps qui précède comme un temps de « patience et de longanimité » (1% avoyñe nai rûc paxootuvies, Rom. 2, 4). Mais que l’on veuille bien remarquer que cette patience est un effet de la bonté de Dieu (râs xenorérnros aèreë, Rom. 2, 4), et qu’elle n’exclut nullement la présence du mécontentement, de l’irritation. Paul l'indique en disant que le pécheur, en persistant dans sa mauvaise voie, « accumule » la colère (6nsavpiéers sav èpyhv, Rom. 2, 5) pour le jour du jugement. C’est celte colère qu’il a accumulée, qui éclate au dernier jour, lequel pour cette raison est appelé le jour de la colère.
Du reste, il y a dans les Epîtres de Paul un mot qui marque bien que, selon l’Apôtre, le sentiment d’irritation chez Dieu n’est pas momentané, comme un mouvement de colère qui éclate et passe; mais que, par
suite du péché, il s’établit entre l'homme et Dieu un état durable d’inimitié, d’hostilité, de guerre. Les pécheurs sont des « ennemis » de Dieu, — ëy6ot. Cette inimitié est conçue comme réciproque. Ceux qui transgressent le commandement de Dieu vivent dans un état d'esprit (gpévaua) hoslile à Dieu (£x69œ eès 6e, Rom. 8, 7). Et Dieu, de son côté, en présence de leurs mauvais sentiments et de leurs actions coupables (1 Stavoix 2v vote Éoyore roîe rowpois), à pour eux de l’inimitié, les considère comme ennemis (Col. 1, 21; Rom. 5, 10). Les hommes se sont aliéné Dieu. Le péché, c’est la guerre entre Dieu et les hommes. Et la preuve que cette conception est bien celle de l’Apôtre, c'est qu'il présente le pardon des péchés comme « une réconciliation » (xurakeyh, Rom. 5, 40. 11; 2 Cor. 5, 18-19), dont la conséquence est la « paix. » « Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu, »— eishvn Epousv mods vo 0<6,(Rom.5,1). De là aussi le vœu qui se répète dans toutes les salutations de l’Apôtre : « Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, » — yapiç div vai etphvn do Deoû Tarpos Au (Gal. lee Cor 1 Sr Con k2-Rom.dy7Z;retals.
Selon saint Paul, le péché est donc bien une transgression consciente, libre et volontaire du commandement de Dieu, entraînant la culpabilité de l’homme et le courroux divin. Mais cette notion n'épuise pas la conception paulinienne. L'Apôtre a aussi sur le péché des vues dogmatiques, en partie traditionnelles, en partie très personnelles, que nous devons examiner maintenant.