‹ Le péché et la rédemption: d'après Saint PaulChapitre 7 sur 29 · LE CHATIMENT DU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT DU PÉCHÉ

La sanction de la loi est l'application de l’idée de justice, qui veut que le mérite soit récompensé et la faute punie, et que la récompense et le châtiment soient proportionnés au mérite et à la faute.

Dieu est juste : « [l rend à chacun selon ses œuvres, » — dmodtoer Exdorw xarà rà Épya adroù (Rom. 2, 6). « Chacun recevra sa récompense selon son travail, » — £xacroc rdv toy puolby Afberar xarà Toy Ttov xéroy (1 Cor. 3, 8). Dieu ne se laisse pas tromper par les apparences ; il regarde au fond du cœur. « [1 mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et manifestera les intentions des cœurs ; alors chacun recevra la louange qui lui est due » {1 Cor. 4, 5). « Chacun recevra selon le bien ou le mal qu'il a fait » (2 Cor. 5,10). Et «devant Dieu il n’y a point d’acception de personnes » (Rom. 2, 11 ; Gal. 2, 6; Eph. 6, 9; Col. 3,25). S'il en était autrement, «comment Dieu pourrait-il juger le monde? » (Rom. 5, 6.)

Paul devait rappeler aux Juifs et apprendre aux Grecs cette justice de Dieu, qui était une prémisse fondamentale de son Evangile (xpbe shy ÉvdaËuw ss dinar ooüvns aùtod Ey r@ vüv xoup@, els To elvat aürèv Dixatov, nat duxatoDvTæ Toy ëx miorewc, Rom. 3, 26). Pour bien l'établir, il en appelle tantôt à la conscience morale (Rom. 2, 1-3), tantôt à

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la Loi (Gal. 3, 10), tantôt à l’histoire (Rom. 5, 12-19; 1 Cor. 10, 1-11), tantôt à l'expérience quotidienne (Gal. 6, 7). Et il avertit avec insistance : « Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu ! » (Gal. 6,7.)

La justice de Dieu se manifeste à la fois dans l'œuvre miséricordieuse de la rédemption et dans le terrible jugement de la condamnation. C’est la doctrine de Paul relative à cette condamnation, au châtiment du péché, que nous allons examiner.

Le châtiment est l’application de la sanction pénale au pécheur; et cette sanction dixine est inscrite, non seulement dans la loi mosaïque, mais aussi dans la conscience.

Ici nous rencontrons un terme dont Paul se sert fréquemment pour désigner la justice divine qui punit le mal, c’est le terme de « colèrede Dieu,» — à Boy roù 0805, — ou simplement « /a colère, » — x ëpyh. Parfois ce terme sert aussi à désigner le châtiment lui-même : « infliger la colère, »—ëripépei rnv 8eyñv (Rom. 3, 5; 13, 5). On comprend comment ces synonymes se sont formés. Dans le premier cas, c'est l'effet qui sert à désigner la cause : le sentiment de la justice, mis en présence d'une désobéissance, donne naissance à la colère. Dans le second cas, c’est la cause (la colère) qui sert à désigner l'effet (le châtiment). Toutefois Paul n’a jamais confondu ces idées. C'est le contexte qui détermine le sens du mot. Au reste, ces trois idées de justice, de colère et de châtiment découlent l’une de l’autre et se tiennent de si près, qu'on ne risque guère de se méprendre sur la pensée de l’Apôtre, en les identifiant, quand on rencontre le terme de colère dans les Epîtres.

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Des commentateurs modernes, choqués de voir saint Paul attribuer à Dieu un sentiment si humain et, à l’occasion, si peu noble, si coupable même,et préoccupés d’écarter de l’idée de Dieu «tout ce qui pourrait troubler le calme majestueux de sa sainteté, » ont cru devoir interpréter le mot 344 dans un sens plus digne de la divinité. On a rendu ce mot par « l'énergie divine contre le mal, » «la puissance de la justice divine,» «la causalité du rapport entre la faute et la peine, » et autres circonlocutions analogues. Quand unthéologien, dans sa dogmatique, cherche à définir ainsi le sentiment que produit en Dieu la désobéissance de l’homme, nous n’avons à y faire aucune objection. Mais nous croyons qu’on est dans l'erreur, quand on prête à saint Paul de ces abstractions métaphysiques modernes. À notre avis, Paul a parfaitement assimilé, non seulement dans sa terminologie, mais aussi dans sa pensée, la colère de Dieu à la colère,'à l’irritation, au courroux de l’homme. I dit : pyh rai uués (Rom, 2, 8). Il se représentait Dieu comme un père courroucé en présence de la désobéissance de son enfant. Le phénomène psychologique est le même. Seulement l’Apôtre excluait de la colère de Dieu tout ce que ce sentiment peut avoir, chez l’homme, de vulgaire et de coupable. Il conçoit même chez l’homme une « colère qui ne pèche point » (Eph. 4, 206).

Paul avait reçu cette conception de l’Ancien Testament, et il se l’est appropriée, sans jamais faire le moindre essai de la spiritualiser. Nous retrouvons dans les Epîtres pauliniennes identiquement la même conception de la colère de Dieu que dans le Pentateuque, les

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Psaumes et les Livres des prophètes (Exod. 32, 10; Deut. 32, 22:4J0b 9, 13::Ps2, 12:16, 227,400 2,-85, 6, 90,,7:99,.11; E519,-19; 80, 27900108 Jér:10,10523,20;:.Mich:.6, 9: Nah 1903 =9nhon 2, 3).

Cette notion, du reste, est celle des autres Apôtres et de Jésus-Christ lui-même. Et qu’on ne nous objecte pas que le Dieu du Nouveau Testament est moins courroucé que celui de l'Ancien Testament. C'est là un préjugé du rationalisme qui tient absolument à trouver dans l’'Ecriture sa notion émasculée de la justice divine. Certes, Jésus-Christ et les Apôtres prêchent un Dieu de bonté et de miséricorde. Mais dans l’Ancien Testament aussi nous trouvons cette note pleine de douceur et de grâce : « L'Eternel est miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté. Il ne conteste pas sans cesse, il ne garde pas sa colère à toujours. Il ne nous traite pas selon nos péchés, il ne nous punit pas selon nos iniquités. Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa bonté est grande pour ceux qui le craignent; autant l'Orient est éloigné de l'Occident, autant il éloigne de nous nos transgressions. Comme un père a compassion de ses enfants, l'Eternel a compassion de ceux qui le craignent » (Ps.103,8-13). Saint Jean, le prédicateur par excellence de l’amour de Dieu, n’a pas trouvé des accents plus tendres. Mais Jésus- Christ et les Apôtres parlent aussi de la colère de Dieu dans lestermes saisissants de l'Ancien Testament. Jean- Baptiste lance aux pharisiens ce mot terrible : « Race de vipères, comment pensez-vous échapper à la colère à venir? » (Matth. 3, 7; comp. ch. 23, 33.) Jésus, dans

ses paraboles, représente Dieu comme un père irrité, un roi courroucé, un juge impitoyable. « La colère de Dieu, dit saint Jean, demeure sur celui qui ne croit pas au Fils » (Jean 3, 36). Et l’Apocalypse est pleine d’avertissements en vue du « grand jour de colère » {ch. 6, 16. 17; 11, 18). Quand donc Paul parle de la colère de Dieu, il est entièrement dans le courant des idées de l'Eglise primitive, et c’est un anachronisme de lui prêter sur ce point, — qui n’a été l’objet d'aucune controverse, — des idées différentes de celles de ses contemporains.

Le grand châtiment du péché, celui qui comprend tous les autres, c’est la mort: « la mort est le salaire du pé- ChÉ, » — 73 tone sic duaotias, Odvaros (Rom. 6, 23). SU Ce point aussi, Paul accepta la tradition historique et législative de l'Ancien Testament. La mort a été la sanction du premier commandement donné à l’homme lors de sa création : « Tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, & mourras » (Gen.2,17). Cette sanction a été appliquée. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par Le péché la mort, » — voi à ris duaprias à 6dvaros (Rom. 5, 12. 21). Et le code mosaïque prononce la peine de mort contre tout homme «qui n'accomplit pas les paroles decelte Loi» (Deut. 27,26 ; Gal.3,10.13). « Toute âme.qui pèche mourra, » (Deut. 24,16; Ezéch. 18, 4.20). Aussi Paul exprime-t-il la sanction pénale de la loi divine par un mot bien expressif : «elle fue, » — dmoureivar (2 Cor. 3, 6).

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Sur ce point, tous les commentateurs sont d’accord, mais ils se divisent quand il s’agit de déterminer ce que l’Apôtre a entendu par la «mort. » Selon les uns, la mort, ce sont les peines éternelles des méchants dans l'enfer. On interprète dans ce sens le 8kehooc aivos — « perdition éternelle, ruine éternelle » — de la deuxième Epître aux Thessaloniciens (ch. 1, 9). C’est l’ancienne explication orthodoxe. Les exégètes rationalistes entendent par la mort la séparation du corps et de l'âme, et la continuation, dans un autre monde, de la vie de l’âme, qui est naturellement immortelle. La mort des méchants est alors conçue comme une vie tourmentée par d’élernels remords; ce sont là les tourments de l’enfer. Les théologiens modernes qui entendent par la «chair » la substance matérielle du corps et voient dans cette matière le principe du péché, entendent par la mort la destruction de la « chair; » et quoique leur argumentation diffère de celle des rationalistes, elle aboutit en définitive à une doctrine analogue, avec de légères nuances. Enfin, on entend aussi par la mort l’anéantissement complet de l'individu.

Cette question se complique de la notion paulinienne de la résurrection. Mais, d'autre part, la notion de la résurrection sert aussi grandement à préciser la conception paulinienne de la mort.

Paul oppose, en effet, l'une à l’autre la mort el la résurrection. « Comme la mort est venue par un homme, de même aussi la résurrection des morts est venue par un homme ; et comme tous meurent en Adam, de même tous revivront en Christ » {1 Cor. 15, 21.22). « Comme Jésus estmort et ressuscité, de même Dieu ramènera aussi

nu par Jésus et avec lui ceux qui sont morts » (1 Thess. 4, 14). Cette antithèse de la mortet de la résurrection mérite toute notre attention. Car si, selon Paul, l'homme ne peut revivre que par la résurrection, il faut en conclure que, dans la pensée de l’Apôtre, ceux qui ne ressuscitent pas ont définitivement perdu la vie, l’existence; qu’ils sont et restent anéantis, et que c’est là le châtiment que l’Apôtre désigne par le terme de mort. :

Paulconfirme cette idée dans l'important chapitre 15 de lapremière Epître aux Corinthiens, consacré entièrement à la question de la résurrection. « Si Christ n’est pas ressuscité, dit-il, votre foi est vaine ; vous êtes encore dans vos péchés, et ceux qui se sont endormis en Christ sont perdus aussi. Si c’est pour cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes » {1 Cor. 15, 17-19). Ce passage est bien remarquable. Absolument convaincu que Christ est ressuscité (v. 8. 20), l’Apôtre suppose un moment, par impossible, que Jésus fût resté dans la tombe, et il demande quelles en se raient les conséquences. Les voici : « Votre foi (c’est-à-dire votre espérance de ressusciter vous-mêmes) serait vaine. » Cette même idée, exprimée ici négativement, l’Apôtre la reprend positivement : « Vous seriez encore dans vos péchés, » c’est-à-dire vous seriez, sans espoir, sous le coup du châtiment du péché : de la mort. Les chrétiens qui sont morts seraient « perdus,» — dméono, — c'est-à-dire ils ne ressusciteraient pas, ils seraient détruits (c'est là le sens de äxéxum). Enfin, les chrétiens seraient les plus malheureux des hommes, car leur es-

UE pérance n'irait pas au delà des limites de cette vie (èv à Cu vabrn uév); ils n'auraient pas, au milieu de leurs souffrances pour l'amour de Christ, la consolation d'une vie à venir. On voit que, dans tout ce passage, la négation de la résurrection suppose la négation de la vie ; il n’y est point question d’une vie, d’une immortalité en dehors de la résurrection. « La mort est le salaire du péché » veut donc dire : le châtiment du péché est la destruction de la vie.

Cette interprétation concorde, du reste, avec la psychologie moniste de Paul. Comme ce que nous appelons l’âme et le corps ne forme, pour l’Apôtre, qu'une seule substance, la destruction du corps implique nécessairement celle de la we. Si lecorps ne peut pas revivre, l’homme ne revivra pas ; il restera anéanti. « S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ aussi n’est pas ressuscité ; alors notre prédication (de la résurrection des morts) est vaine, et votre foi aussi (en la résurrection) est vaine » (1 Cor. 15,13.14). L’Apôtre ne fait là que développer les conséquences naturelles de sa psychologie. Avec ses prémisses monistes, il lui était impossible d’argumenter autrement.

La résurrection et la vie sont siindissolublement unies dans la pensée de lApôtre, qu'il ne parle jamais dans ses Epîtres de la résurrection des méchants. C’est qu’il considère la mort comme un châtiment final, définitif, comme /e châtiment du péché. Il dit très explicitement que « celui qui a subi la mort a expié son péché, » —

D yap dmbavoy Sedtnalwrat drè This épapriac (Rom. 6, 7). [serait

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dès lors souverainement injuste de le châtier de nouveau. Nous ne comprenons pas que Paul eût pu enseigner, par exemple, que Caïn, après être mort et avoir subi ainsi le châtiment de son crime, serait de nouveau rappelé à la vie, au dernier jour, pour être encore une fois condamné et livré à la mort. Une telle idée serait contraire à la logique du système de l’Apôtre, et contraire surtout, comme nous le verrons, à l’idée de l'expiation des péchés par la mort de Christ. Ce n’est que si, dans la pensée de Paul, le Christ a réellement subi le châtiment du péché, — c'est-à-dire si la mort, telle que le Christ l’a soufferte, est le vrai et complet salaire du péché, — que le système paulinien conserve sa puissante unité dialectique.

Alors nous avons le parallélisme parfait entre le péché et la mort, parallélisme qui suit le péché sous son double caractère de péché individuel et de péché social.

Considérée comme un seul corps, comme une personne morale, l'humanité a péché en Adam; elle méritait la mort, l'extermination. Mais Dieu, dans sa bonté, a eu patience (Rom. 9, 22; 3, 25; 2, 4): et s’il a personnellement frappé Adam, il a épargné sa race. L’Aommehumanité vit encore; mais, par ses péchés, il accumule la colère de Dieu pour le grand jour du jugement (Rom. 2, 5). En ce jour, annoncé par les prophètes, tous les peuples de la terre seront réunis dans la vallée du jusement (Es. 13, 4; Ezéch. 30, 3; Joël 3, 14). C'est le « jour du châtiment » (Michée 7, 4), de « l'extermination des pécheurs » (Es. 13, 9), de leur « anéantissement » (Jér. 46, 28); c'estla « fin » (Ezéch. 7, 6; 1 Cor. 15,24), la fin de cet homme gigantesque que nous avons ap-

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pelé le prolongement du mot d'Adam à travers les siècles. Cet homme a péché lors de la création; il a continué de pécher, de génération en génération; 1l subira le châtiment suprême du péché dans les derniers représentants de la race, au jour du jugement final. Le Jugement dernier est l’exécution entière et absolue de la condamnation prononcée dans le paradis terrestre contre nos premiers parents.

Ce jour, qui esten même temps pour le peuple de Dieu le jour de la délivrance et du triomphe, est arrivé; car Jésus est le fils de David, le Messie annoncé ; il a déjà triomphé de la mort par la résurrection, et il va revenir dans la « gloire » pour sauver ses fidèles et détruire ses ennemis (1 Cor. 15, 23-27; Rom. 2, 16; Tite 2, 13)-/I1 ne tardera pas : « Le Seigneur est proche, » — 8 xbpros ëyyé (Phil. 4, 5) (1).

Voilà l'histoire de l’homme-humanité depuis la première transgression du commandement de Dieu, jusqu’à l'exécution de la sanction divine : « Tu mourras. »

Quant à la mort individuelle, elle est avec la mort de la race dans la même relation que le péché individuel avec le péché originel. [1 y a là un élément fatal, indépendant de la volonté individuelle, une « domination »

(1) Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des idées apocalyptiques de saint Paul. On les trouve surtout dans les Epîtres aux Thessaloniciens. D’après diverses indications, le drame final, selon Paul, devait embrasser un certain laps de temps, dans lequel les événements se succéderaient plus ou moins rapidement. Mais il est probable que l’Apôtre lui-même n'avait pas à ce sujet des vues bien arrêtées. Quand nous le voyons interpréter, grâce à la méthode allégorique, le même texte, dans deux ou trois sens différents, il nous est permis de supposer qu’il usait de la même liberté à l’égard des données apocalyptiques des Prophètes.

(éBaothevce 8 Gdvaros, Rom. 5, 14.17. 21), à laquelle tous les individus sont soumis de par leur naissance. Cela nous explique non seulement la mort des enfants, mais aussi la mort physique des chrétiens, qui, mystiquement, sont déjà morts et ressuscités en Christ. En voyant mourir des chrétiens, on devait demander à Paul comment il se fait que ceux qui sont ressuscités avec Christ subissent ia mort, tout comme les incrédules. Paul répond : «Si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est encore mortel, à cause du péché (2 pèv côux vexpèv à” éuapriav), Mais l’homme spirituel vit, à cause de la justice » (Rom. 8, 10). Même ceux qui vivront lors de la venue du Seigneur, — et Paul espère en être, — ne conserveront pas leur corps mortel. Celui-ci sera changé, métamorphosé en « corps spirituel, » et cela «en un clin d'œil, à la dernière trompette » (4 Cor. 15, 44, 52). « Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité » (v. 53). Tout ce qui, de par la nature, tient du vieil homme doit mourir. Les individus sont les rameaux de l'arbre. Les rameaux tombent, et il en naît d’autres, jusqu'à ce quel’arbre tout entier périsse à son. tour.

Nous avons vu que Paul brise cette comparaison pour laisser à l'individu une certaine mesure de liberté personnelle. Dans ce domaine de la liberté, s'exerce également la justice rémunératrice de Dieu. C’est le domaine des châtiments individuels pour les péchés librement commis. Paul connaît dans ce domaine encore d’autres châtiments que la mort : la maladie, les infirmités, l’affaiblissement de l'intelligence, l’endur-

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cissement du cœur {4 Cor. 11,30; Rom. 1, 21. 26). Ces châtiments, qui frappent aussi bien les chrétiens que les incrédules, ont leur caractère spécial, distinct du châtiment fatal et universel. Mais la mort n’en est pas moins pour l'individu aussi le salaire du péché librement commis, du péché volontaire, qui a, si nous pouvons ainsi parler, aggravé l’état de péché naturel. Cest dans ce sens que la parole de Paul : « La mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché » (9 révrec fuagrov, Rom. 5, 12), implique aussi l’idée d’un châtiment personnellement mérité.

La mort chez l'individu est donc un mal, une souffrance fatale, un triste et inévitable héritage, et en même temps — nous parlons, avec Paul, du pécheur adulte, libre et conscient — un vrai chdtiment individuel. Paul ne se demande pas dans quel rapport se trouve la mort, comme mal fatal, avec la mort comme punition individuelle; pas plus qu'il ne se demande dans quel rapport est le péché originel avec le péché libre et volontaire. Il ne cherche pas à établir ce que nous pourrions appeler la résultante du facteurhéréditaire et du facteur individuel, pour en déduire une loi psychologique qui marquerait le rapport entre notre liberté relative et notre culpabilité, et qui conclurait à un châtiment proportionnel. C’est que les éléments hérédilaires et les éléments personnels ne sont pas soudés ensemble, de manière à ce qu’on pût indiquer où finit l’un et où commence l’autre ; ils sont même plus qu’enchevêtrés l’un dans l’autre, ils sont absolument fusionnés dans l’unité de lindividu concret. Aussi tous les raisonnements de Paul, qu'il s’agisse de lindividu ou

de la race, aboutissent-ils à la même conclusion pratique : le châtiment du pécheur et la mort.

Pour que l'individu ne périsse pas, il faut qu'il soit arraché de l'élément mortel, et transplanté dans l’élément immortel. Or, Paul ne conçoit pour l’homme aucune espèce de vie, au delà de la tombe, en dehors de l'union avec Jésus-Christ. « Tous les hommes meurent en Adam, »— 2, T@ ‘Add mvres drobvhsrouoty ( Cor. 15,22). La loi est absolue. Christ lui-même a dû la subir, pour expier le péché de l'humanité déchue. En ressuscitant, il est devenu le second Adam, qui communique, non pas la mort, comme le premier Adam, mais la vie éter-nelle à tous ceux qui par la foi s’identifient mystiquement avec lui et participent ainsi à sa mort et à sa résurrection : « ils revivront en Christ, » — à r& Xptoxû Cworounbhsovru (1 Cor. 15, 22). « Si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ est ressuscité des morts et ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui »: (Rom. 6, 8). En dehors de cette vie, en Christ et avec Christ, il n’y a point de vie : il n’y a que la mort, la destruction (äméoro, v. 18). Christ est « aux uns, une odeur de vie, donnant la vie; aux autres, une odeur de mort, donnant la mort, » — ëouh Oavdrou eiç Odvarov (2 Cor. 2, 16). La « fin » (r s6%0) des ennemis de Christ est « la destruction » (ärwkeu, Phil. 3, 19). Quant à ceux qui sont « trouvés en Christ, » ils parviendront à la résurrection des morts, » et « le Seigneur Jésus-Christ transformera leur corps vil, en le rendant semblable à son corps glorieux, par le pouvoir qu'il a de s’assujetür toutes choses » (Phil. 3, 9-11. 20-21).

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Ce n’est donc pas l'anthropologie de Paul, c'est aussi la conception paulinienne de la rédemption qui s’oppose à ce qu’on entende par « la mort » autre chose que l’anéantissement de l'existence, la négation de la vie. Tout le système théologique de Paul s'écroule, si

l’on donne à ce terme un autre sens.

Cependant nous ne voudrions pas, par amour pour la logique, nous mettre en contradiction avec les textes. Nous devons nous demander si le silence de Paul sur la résurrection des méchants n'aurait pas été purement fortuit, et si l'Apôtre n’en aurait pas moins professé cette doctrine. Un passage du livre des Actes semble l'indiquer. Luc nous rapporte un discours de Paul où se trouvent ces paroles : « J’aien Dieu cette espérance, qu’il y aura une résurrection des justes et des injustes » (Actes 24, 15). Nous ne savons si Luc a exactement reproduit les paroles de Paul; mais si l’Apôtre les a effectivement prononcées dans le sens indiqué, la question est tranchée. On pourra alors aussi entendre dans ce sens les passages suivants : « Il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien‘ou le mal qu'il aura fait, étant dans ce corps » (2 Cor. 5, 10). « C’est ce quiparattra au jour où, selon mon Evangile, Dieu jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes » (Rom. 2, 16). « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » {1 Cor. 6, 2.) « Par ton endurcissement et ton cœur impénilent, tu L’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste

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jugement de Dieu » (Rom. 2, 5). Ces paroles peuvent, il est vrai, ne se rapporter qu’à la génération vivant sur la Lerre au moment de la parousie du Christ, ou, en ce qui touche les morts, uniquement aux croyants de l'ancienne Alliance etaux morts de la communauté chrétienne, qui, en vertu de leur union avec Christ par le baptême, ressusciteraient, quelle qu’ait été d’ailleurs leur conduite. Mais, bien que ni le texte, ni la théologie paulinienne ne s'opposent à cette interprétation, elle nous paraît cependant forcée et la question se pose très sérieusement : Paul, en contradiction avec son système, n’aurait-il pas enseigné une résurrection universelle des bons et des méchants?

On n’arrivera probablement jamais à tirer au clair l’eschatologie de saint Paul. L’Apôtre avait sur la vie future des idées beaucoup plus concrètes que ne le supposent ceux qui lisent les Epitres à travers le prisme de notre spiritualisme moderne. L'Eglise primitive sè représentait le jugement dernier, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, la transfiguration de la nature, dont parle saint Paul (Rom. 8, 19-22), d'une manière très réaliste et sous des couleurs bien vives. Saint Paul croyait certainement à la résurrection de tous ceux qui ont reçu le baptême : « Autrement, dit-il, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux? » {1 Cor. 15, 29.) Il devait donc aussi admettre la possibilité de certains châtiments réservés aux ressuscilés, de même qu'il admet des différences quant à la louange (4 Cor. 4, B). Il y a là tout un monde d'idées qui nous est inconnu, ou qui nous est devenu

ee étranger ; et c’est à peine si nous pouvons le deviner. L’Apôtre lui-même ne semble pas avoir eu des vues bien arrêtées sur les choses finales. Quand il vient à parler de ces questions, on remarque une certaine hésitation ; les contours de ses idées sont flottants; ses termes ont quelque chose de vague. Il en a le sentiment. « Notre connaissance, dit-il, et nos prophéties sont imparfaites; nous ne voyons les choses qu’obscurément, comme dans un miroir » (1 Cor. 13, 9. 12). M. Sabatier a montré avec un grand talent d'analyse les diverses phases qu’a suivies le développement des conceptions eschatologiques de Paul, depuis les Epîtres aux Thessaloniciens jusqu’à l'Epître aux Philippiens. Mieux que pour aucune autre doctrine, nous pouvons constater là une évolution de la pensée de l’Apôtre. Cependant, comme nous l’avons fait remarquer, l’évolution porte moins sur les idées elles-mêmes que sur l'accent que Paul a cru devoir mettre sur ces idées, et sur la place qu’elles occupent dans ses préoccupations. Il y a toutefois dans l’eschatologie paulinienne un noyau solide que nous retrouvons partout identique, c'est la foi au retour glorieux de Christ et à un jour de jugement final et universel. Paul l'appelle le « jour de la colère » (Rom. 2, 5), le « jour de notre Seigneur Jésus-Christ » (HtCor LT, SC BRIMMES GA ICONE MOI CET Phil. 1, 10; 2, 16); ou « le jour du Seigneur » (4 Thess, 5, 2) ; ou simplement « le jour, » « ce jour, » — à uépa, èxelvn à fuépa (1 Thess. 5, 4; 2 Thess. 1, 10; 2 Tim. 1, 12; 4, 8). C’est le grand jour, le jour du jugement par excellence. C’est pour les uns le jour de la résurrection et de la vie; pour les autres, le jour de la

ou

condamnation et de la mort; pour les saints, le jour du triomphe ; pour les méchants, le jour de l’extermination.

ll se pourrait, et nous nesommes pas éloigné de l’admettre, que Paul se représentât celle extermination des méchants comme un supplice suprême, plus horrible, plus douloureux que tous les supplices inventés jusque-là par les hommes. Les prédictions imagées des prophètes relatives au « jour de l'Eternel » ne pouvaient pas ne pas laisser une profonde impression dans son esprit. Elles nous saisissent encore aujourd'hui. Nous n’en citerons que quelques-unes, pour montrer quels éléments ont concouru à former les idées eschatologiques de l’Apôtre.

Voici comment s'exprime Æsaie : « On entend une rumeur sur les montagnes, comme celle d’un peuple nombreux ; on entend un tumulte de royaumes, de nations rassemblées. Îls viennent d’un pays lointain, de l'extrémité des cieux. L’Eternel et les instruments de sa colère vont détruire toute la contrée. Gémissez, car le jour de l'Eternel est proche! Il vient comme un ravage du Tout-Puissant. Toutes les mains s’affaiblissent, et tout cœur d'homme est abattu. Ils sont frappés d’épouvante. Les spasmes et les douleurs les saisissent. Ils se tordent comme une femme en travail. Ils se regardent les uns les autres avec stupeur. Voici, le jour de l'Eternel arrivé ! jour cruel, jour de colère et d’ardente fureur, qui réduira la terre en solitude et exterminera les pécheurs. Le soleil s’obscurcira, la lune ne fera plus luire sa clarté, les étoiles cesséront de briller. Je puniraile monde pour sa malice etles méchants pour leurs iniquités. Les cieux seront ébranlés et la Lerre

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