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sera secouée sur sa base par la colère de l'Eternel des armées au jour de son ardente fureur ! » (Es. 13, 4-13.) EL Jérémie : « Ce jour est au Seigneur, à l'Eternel des armées ; c'est un jour de vengeance, où il se venge de ses ennemis. Son épée les dévore, elle se rassasie, elle s’enivre de leur sang !... Malheur à eux ! car leur jour est arrivé, le temps de leur châtiment. Ecoutez les cris des fuyards ! Annoncez dans Sion la vengeance de l'Eternel, notre Dieu! >» (Jér. 46, 10::50, 27 28)EL Ezéchiel : « Un malheur ! un malheur unique ! voici, il vient ! La fin vient, la fin vient, elle se réveille contre toi ! Je vais bientôt répandre ma fureur sur toi, assouvir sur Loi ma colère. Je te jugerai selon tes voies, je te chargerai de toutes tes abominations. Voici le jour! voici, il vient ! La prophétie contre toute leur multitude ne sera pas révoquée, et à cause de son iniquité, nul ne conservera la vie. Car ma fureur éclate contre toute leur multitude... Je les traiterai selonleurs voies ; je les jugerai comme ils le méritent; et ils sauront que je suis l'Eternel » (Ezéch. 7, 5-14. 27). Et Joël : « C’est une multitude, une mullitude, dans la vallée du jugement. Car le jour de l'Eternel est proche, Le soleil et la lune s’obscurcissent, et les étoiles retiennent leur éclat. De Sion l'Eternel rugit, de Jérusalem il fait entendre sa voix. Le ciel et la terre seront ébranlés... Je vengerai leur sang que je n’ai point encore vengé. Et l'Eternel résidera dans Sion » (Joël 3, 14-16, 21). Et Sophone : «Le grand jour de l'Eternel est proche, il est proche, il arrive en toute hâte ; le jour de l'Eternel fait entendre sa voix. Ce jour est un jour de fureur, un jour de détresse et d'angoisse, un jour de ravage, et de destruc-
tion. Parce qu’ils ont péché contre l'Eternel, je répandrai leur sang comme de la poussière et leur chair comme de l'ordure. Ni leur argent, ni leur or ne pourront les délivrer au jour de la furèur de l'Eternel ! » (Sophonie 1, 14-18.)
À côté de cette note terrible qui traverse les écrits des Prophètes, du commencement à la fin, il y a aussi la note encourageante, la bonne nouvelle de la délivrance, du triomphe du peuple de Dieu. « En ce jour-là, dit l'Eternel, je briserai ton joug, je romprai tes liens; les étrangers ne t’assujettiront plus ; ils serviront l'Eternel, leur Dieu, et David, leur roi, que je leur susciterai. Ne crains pas, Jacob; ne t’effraye pas, Israël ! car je te délivrerai. J’anéantirai toutes les nations parmi lesquelles je t'ai dispersé; mais toi, je ne t’anéantirai pas » (lér. 30, 8-11). « Le jour annoncé par tes prophètes approche... Les nations le verront et seront confuses avec toute leur puissance. Elles lécheront la poussière, comme le serpent, comme les reptiles de la terre... Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés, du reste de ton héritage ? Il ne garde pas sa colère à toujours, car il prend plaisir à la miséricorde. Il aura encore compassion de nous, il mettra sous ses pieds nos iniquités. Tu témoigneras de la fidélité à Jacob, de la bonté à Abraham, comme tu l’as juré à nos pères aux jours d'autrefois » (Michée 7, 4. 16-20).
N'oublions pas que Paul, tout en leur appliquant l'interprétation allégorique, croyait fermement à la réalisation de ces prophéties. Il devait même s'attendre à voir doublement frappés ceux qui dans quelque mesure avaient concouru au supplice du Christ, ou qui s'en ré-
Jouissaient dans leur cœur. I] pouvait dire avec l’auteur de l'Épître aux Hébreux : « £i celui qui a violé la loi de Moïse, meurt sans miséricorde, de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit: A moi la vengeance ! à moi la rétribution! et encore : le Seigneur jugera son peuple. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant! » (Héb. 10, 28-31.) Ce n’est qu'en voyant le jugement dernier sous ces couleurs effrayantes que l'Apôtre pouvait le représenter comme un jour si éminemment redoutable. S'il n'avait prévu, pour les méchants, qu'une mort sans souffrances, il en aurait bien certainement parlé en termes différents.
Dans les livres des Prophètes que nous avons cités, il n’est question que du jugement de la génération en pie au jour de l'Éternel. Cette génération expie à la fois les péchés des ancêtres et ses propres péchés. La nation est considérée comme une unité morale, conception que Paul a adoptée, et qu'il a élargie, en l'appliquant à tout le genre humain. C'était là, du reste, la manière de voir générale du monde ancien. Paul pouvait donc parfaitement parler du jugement dernier, sans faire intervenir l’idée d’une résurrection des méchants. Et alors il restait conséquent avec les prémisses de son système.
Mais s’il a prononcé les paroles que lui attribue Luc (Act. 24, 15), c'est qu'il se trouvait sous l’impression du seul passage des Prophètes qui parle d’une résurrection, non pas de tous les méchants, mais d’un certain nom-
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bre d’entre eux. C'est Daniel qui dit : « Plusieurs de ceux qui se trouvent dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour la honte éternelle » (ch. 12, 2). Ce passage (quoique,parmi les nombreuses citations del’Ancien Testament dans les Épîtres, il ne s’en trouve pas une du livre de Daniel) a pu frapper Paul et lui faire admettre qu’au dernier jour, des hommes particulièrement coupables, qui n'auraient pas été suffisamment châtiés, ressusciteraient pour recevoir le châtiment de leur crime. Encore l’Apôtre n'a-t-il jamais dû accentuer cette doctrine, parce qu’il est même douteux que, dans ses Épîtres, il y fasse allusion. Et en tout cas, si Paul, hésitant dans l'interprétation des anciennes prophéties, a pu croire. à la possibilité éventuelle de la résurrection de quelques méchants, ou même de tous, cette résurrection n’en était pas une dans le vrai sens du mot, dans le sens que Paul y attache invariablement dans ses écrits; elle n’était pas un retour à une vie immortelle, mais simplement une comparution devant le tribunal de Dieu, pour le prononcé et l’exécution du jugement. La condamnation de ces méchants rappelés de leur tombe se confondait avec le supplice et la destruction des méchants vivant sur la terre lors de la parousie du Christ. L’Apôtre pouvait parfaitement identifier une telle résurrection avec la mort; et son principe restait debout : « La mort est le salaire du péché. »
Au jour du Seigneur, les méchants seront exterminés. Leur supplice finit par la mort, par l’anéantissement complet de leur être. Jamais l’Apôtre, en parlant du châtiment du péché, n’a entendu la mort dans un autre
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sens. « Le dernier ennemi qui sera détruit, dit-il, c'est la mort » {1 Cor. 15, 26), c'est-à-dire : la mort ne sera plus, tous vivront éternellement, car « Dieu sera tout en tous » (v. 28).
Saint Paul n’a enseigné ni un enfer, ni des tourments éternels. Il n’y a aucune trace d’une pareille doctrine ni dans les Épîtres ni dans le livre des Actes. Paul se maintient dans le cercle d’idées de l'Ancien Testament. Il spiritualise ces idées en les appliquant allégorique ment au Messie Jésus; mais il ne les dépasse pas.
L’Apôtre n’a pas connu l’enseignement si accentué et si explicite de Jésus-Christ sur les fourments éternels des méchants dans l'enfer. Les déclarations de Jésus sur le sort des méchants sont péremptoires. Ils iront «dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges » (Matth. 25, 41) Il y aura là « des pleurs et des grincements de dents» (Matth. 8, 12; 13, 42. 50; 22, 13; 24 51 ; 25, 30; Luc 13, 28). «Je souffre cruellement dans cette flamme, » dit le mauvais riche en proie aux tourments (Luc 16, 23.24); il n’y a plus pour lui aucun espoir de salut (v. 26). Le châtiment des méchants est « éternel » (Matth. 25, 46); « leur ver ne meurt point et leur feu ne s'éteint point » (Marc 9, 43-48 ; Matth. 3, 12). Et fidèle à la prédication de son maître, l’auteur de l’Apocalypse enseigne : « La fumée de leur tourment montera aux siècles des siècles ; etils n'auront de repos n1 jour, ni nuit... Ilsseront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles » (ch. 14, 10. 11 ; 19, 3; 20, 10). Cette doctrine est restée celle de l'Eglise chrétienne.
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Si Paul avait connu cet enseignement du Christ,il eût été tout aussi affirmatif que saint Jean ; car il n’est pas admissible qu'ayant connaissance de la doctrine du Seigneur, Paul eût hésité à l’enseigner (1 Cor. 2, 16), ni qu'étant données les nombreuses occasions de prêcher ces doctrines, il ne les eût jamais formulées dans ses Epîtres. Cela peut nous frapper, d'autant plus que ces doctrines avaient cours dans la communauté chrétienne de Jérusalem. Mais il faut se rappeler que Paul n’a eu que des rapports peu suivis avec les disciples immédiats de Jésus, et que, aans les. conférences et rencontres avec ceux-ci, les discussions passionnées sur les questions litigieuses devaient primer toutes les autres préoccupations et absorber tout le temps. Les Apôtres de Jérusalem, du reste, pouvaient supposer connu de Paul l’enseignement de Jésus sur ce point, et ne pas songer, pour ce motif, à en faire spécialement mention.
On comprend que, dans des intérêts dogmatiques, des théologiens aient essayé, soit de corriger la doctrine de Jésus par l’enseignement de Paul, soit de préter à Paul les idées eschatologiques du Christ. Nous ne saurions approuver n1 l’une ni l’autre tentative. L’eschatologie de Paul a sa place spéciale dans le développement des croyances religieuses sur les choses finales. Elle marque la transition entre les conceptions des Prophètes et la révélation de Jésus-Christ. C’est la tâche du dogmaticien d’utiliser ces données, pour les grouper et les fondre dans l’unité de son système.
Il s’est rencontré de tout temps des théologiens à l’âme tendre et à l'esprit inquiet, qui, scandalisés de la
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doctrine des tourments éternels, et pris pour les méchants d’une compassion plus grande que celle de Jésus et de ses Apôtres, ont cherché à ouvrir aux méchants une perspectivé moins effrayante que celle de la vieille doctrine chrétienne. Ce sentimentalisme part d’un bon naturel. Mais ce que nous ne saurions admettre, c’est que ces théologiens aillent torturer les textes du Nouveau Testament, pour prêter à Jésus- Christ et aux Apôtres leurs théories personnelles. C’est là le tort des partisans des deux doctrines que nous devons brièvement mentionner.
La première est la doctrine du salut final de tous les hommes : « l'universalisme, » comme on l’appelle. À part des raisonnements en l'air sur l’amour de Dieu, les partisans de cette doctrine ne peuvent guère s'appuyer, en fait de textes bibliques, que sur une erreur exégétique d’Origène. Dansun discours des Actes, Pierre parle de l’époque du « rétablissement de toutes choses, » — Lpévos dmorarastdseus révrwy (ACL. 3, 21). Sans regarder aucunement au contexte, mais fort de l'interprétation d'Origène, on déclare triomphalement : voilà la doctrine du salut final de tous les hommes ! Or, saint Pierre s’est donné la peine de nous dire lui-même dans ce passage ce qu'il entend par le « rétablissement de toutes choses. » C’est, dit-1l, l’accomplissement de la prophétie de Moïse : « Quiconque n’écoutera pas le prophète que Dieu vous suscitera, sera exterminé du milieu du peuple, » — éfoxopeudhserar x 105 Aaoù (v. 23). Le prophète annoncé est Jésus-Christ. L’Apôtre exhorte donc
ses auditeurs à se convertir à Christ, afin de ne pas être exterminés. Voilà la doctrine du « rétablissement de
gi ee toutes choses, » selon saint Pierre. Elle est loin, on le voit, d'enseigner le salut de tout le monde. Les quelques autres passages que l’on aime à citer en faveur de l'universalisme ne sont pas plusconcluants que celui-ci. Nous les interpréterons dans le cours de ce travail.
Une autre doctrine, non moins étrangère à l'Ecriture, se rattache au nom d'Arnobe (apologiste du iv® siècle); c’est la théorie de l’« immortalité condiüonnelle. » D’après cette théorie, les âmes des méchants vont, après leur mort, dans un lieu de tourments, espèce de purgatoire, où ils sont châtiés pour leur bien. Ceux qui se convertissent passent au ciel; quant aux pécheurs endurcis qui, malgré des châtiments multiples et de plus en plus rigoureux, restent incorrigibles, ils sont finalement anéanlis. Cette doctrine compte quelques chauds partisans parmi les théologiens contemporains, qui l’étayent sur une exégèse absolument
fantaisiste, ne soutenant pas plus la discussion que celle qui cherche à appuyer sur l’Ecriture la doctrine romaine du purgatoire. Elle est exposée au long dans un livre de M. Edouard White :« L'immortalité condtionnelle, ou la Vie en Christ, » traduit de l'anglais par M. Ch. Byse (Paris, 1880).
Ces idées, considérées en elles-mêmes, ne nous froissent nullement. Mais ce qui nous blesse, ce sont les jongleries exégétiques par lesquelles on cherche à octroyer ces doctrines aux différents écrivains de la Bible, à un saint Paul par exemple, qui, certes, n’y a Jamais songé, pas plus que Jésus-Christ lui-même, qui a explicitement enseigné le contraire.