CHAPITRE V
IiA -QrACE et LEp CpUVREg DE '"pÉNlTENCE
Recevez le Saint-Esprit. Les pé»:hés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. (S. Jean-, xx. 22. 23.)
^/^^ ÉTAIT à une heure tardive dans la soirée du è^tV/T^ premier jour de la semaine où Jésus se leva ]î*^te>2z d'entre les morts. Ses disciples étaient assemblés. Les portes étaient fermées par crainte des Juifs. Au moment où ils s'y attendaient le moins, sans les avoir prévenus et par sa divine puissance, il
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entra, bien que les portes fussent fermées; il se tint au milieu d'eux et ses premières paroles furent celles-ci: « Que la paix soit avec vous. » Quand il leur eut assuré que c'était bien lui, leurs craintes s'évanouirent. Alors, il leur dit: «Recevez le Saint- Esprit. Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, et moi, le Fils de Dieu, je souffle sur vous ; — recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » C'est-à-dire qu'il leur donna la preuve de sa Divinité dans le pouvoir de l'absolution. Il leur donna la preuve de sa divinité'; — car les Pharisiens avaient raison, quand ils demandaient : « Qui peut remettre les péchés si ce n'est Dieu seul? » (i) Dieu seul peut absoudre, et Dieu seul peut donner le pouvoir de l'absolution. Quand un homme exerce le pouvoir de l'absolution, il n'est qu'un instrument dans la main de Dieu : celui qui absout, c'est toujours Dieu lui-même. Notre Seigneur a exercé, entre autres attributs de sa Divinité sur la terre, ces trois pouvoirs qui appartiennent essentiellement à la Divinité : — Il a ressuscité les morts ; il a multiplié le pain dans le désert : et il a guéri les lépreux. Eh bien ! ces trois opérations de la toute-puissance, qui sont en même temps des actes divins, il les a pour jamais, et sous une forme spirituelle, confiées à son Eglise. Quand il
(i) S. Mat. II 10.
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dit : « Allez, et faites des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; » dans ce pouvoir de baptiser, il donna à ses Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de ressusciter de la mort spirituelle à la vie spirituelle. Ceux qui naissent dans la mort du péché sont, par une nouvelle naissance, ressuscites à une vie spirituelle.
Quand il institua le Très Saint Sacrement de son Corps et de son Sang, et qu'il donna à son Eglise l'autorité de dire : « Ceci est mon corps » il lui donna le pouvoir de nourrir son peuple du Pain de vie et de multiplier ce Pain à l'infini. Lorsqu'il dit : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, » il donnait le pouvoir de purifier de la lèpre de Lame. Parfois, des esprits incohérents, ou plutôt, des esprits ergoteurs, prétendent, ou tout au moins disent que ce pouvoir était restreint aux Apôtres. Les simples paroles suffisent à prouver le contraire. Mais il y a, dans la chose même, une raison intrinsèque qui, pour tout esprit chrétien, doit être plus que suffisante, pour montrer que ces trois pouvoirs sont perpétuels. Qu'est-ce en effet que ces pouvoirs, sinon l'autorité d'appliquer pour toujours aux âmes des hommes les bienfaits du très précieux sang de Jésus-Christ ? Le Précieux Sang eût été versé en vain, s'il n'était pas appliqué aux âmes séparément. Les médicaments les plus efficaces ne produisent aucune guérison, si ce
n'est en ceux à qui on les administre. Or, le Précieux Sang, qui est le remède du péché, ne guérit l'âme que par son application. Le Baptême, le Saint Sacrement de l'Autel, et le Sacrement de Pénitence sont trois canaux divins par lesquels le Précieux Sang de Jésus-Christ est appliqué aux âmes.
Je me rends très-bien compte que nos pensées, jusqu'ici, ont été empreintes de sévérité. Nous avons parlé du péché, — du péché mortel et du péché véniel, ainsi que des péchés d'omission. Nous entrons désormais dans une autre région, — dans le royaume de la paix, de la grâce, du pardon et de la miséricorde. C'est pourquoi nous allons parler delà grâce et des œuvres de pénitence.
La pénitence est à la fois une vertu et un sacrement. Pénitence signifie simplement repentance. Je ne suppose pas qu'aucun de mes auditeurs ait l'esprit assez étroit ou assez peu cultivé pour vouloir nous donner le change et introduire une discussion importante sur le terme^^';2zï^;Z(fd? et autres semblables. Repentance, pénitence on repentir, sont absolument une seule et même chose dans l'expression comme dans la réalité. De même que le mot aumône, et le mot latin, eleeniosina, ont la 'même origine; ainsi, pénitence et repentance sont synonymes. Peu de science est une chose dangereuse ; et, en controverse, c'est la pire de toutes. Depuis le commencement du monde, la grâce de pénitence a été répandue sur le
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monde/Elle est une disposition intérieure de Tâme en présence de Dieu. Et, depuis le commencement du monde, l'Esprit Saint, dont l'office est de convaincre le monde de péché, a convaincu les pécheurs de leurs transgressions, les a convertis à la pénitence, et, par la pénitence, en a fait des saints. Mais la pénitence, dans la loi chrétienne, est aussi un sacrement; j'ai à expliquer la signification de la grâce, l'action du sacrement et quels rapports il y a entre la grâce et le sacrement.
1. La pénitence est une grâce ou une disposition intérieure de l'âme. Pour vous l'expliquer, je n'ai pas besoin d'en imaginer une description, car nous avons un tableau divin de la pénitence, tracé, dirait-on, au crayon et à la pure lumière, par notre divin Sauveur lui-même, dans la parabole de l'Enfant prodigue. Nous avons là une révélation de ce que c'est que la grâce de la pénitence.
Vous vous rappelez la parabole. Un homme avait deux fils ; le plus jeune vint à lui et lui dit :"« Donnezmoi la part qui me revient. » Quand il eut sa part d'héritage, il s'en alla dans un pays lointain et la dépensa en débauches. Il tomba dans la misère, et revint à son père qui fe pardonna. Prenons les principaux traits. D'abord, ce fils qui, sous le toit d'un père aimant, ne manquait de rien, — car son père était riche, — s'indignait et se tourmentait parce que l'autorité d'un supérieur pesait sur lui. Il ne pouvait
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pas supporter le joug de la vie sous un gouvernement paternel ; et son imagination s'enflammait à la pensée de la liberté. Il portait ses regards vers l'horizon, — c'étaient peut-être ffes montagnes qui limitaient les terres et les propriétés de son père ; — il se représentait des vallées, des plaines et des villes remplies de jeunesse, de bonheur, de vie et de liberté, — pays de félicité, s'il pouvait seulement briser les entraves du foyer paternel. Il se rend auprès de son père, et d'un cœur plein d'une froide insolence : « Donnez-moi la part qui me revient. » Ce qui peut se traduire ainsi : « Donnez-moi ce que je dois avoir quand vous serez mort. » Il y a dans cette demande un esprit d'irrévérence et d'ingratitude. Mais le père consentit. La parabole ajoute que peu de jours après, c'est-à-dire, en toute hâte, se mettant à l'œuvre, « réunissant tout ensemble, » tout ce qu'il avait et tout ce qu'il put prendre, il s'en alla dans une région lointaine et y gaspilla tout dans une vie de débauches. Alors, survint une grande famine ; et lui, ayant tout dépensé, se trouva réduit à la mendicité. Ses amis du beau temps l'abandonnèrent tous, les parasites qui s'étaient repus à sa table l'abandonnèrent. Tous ceux qui lui avaient adressé des paroles flatteuses pendant qu'il était riche et qu'il avait quelque chose à leur donner, lui tournèrent le dos. De ses serviteurs mêmes, onn'en voyait plus aucun. Il se trouva seul, isolé, réduit à une telle extrémité qu'il « se rendit auprès d'un
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habitant de l'endroit, » et s'offrit comme son serviteur. Cet habitant l'accepta ; non pas dans sa maison, — non, il ne l'envoya pas même dans son jardin ; non, pas même dans sa vigne. Il l'envoya dans ses champs ; et ce ne fut pas pour garder ses brebis, non, ni pour surveiller ses bœufs, mais « pour paître ses pourceaux. »
Telle est la dégradation d'un pécheur. Dans ce besoin extrême ; nul ne vint à son secours. Tous ses anciens amis étaient loin. S'ils possédaient quelque chose, ils le gardaient pour eux, ou du moins ne lui en donnaient rien. Plus de souvenir, plus de reconnaissance de leur amitié passée. Il aurait voulu apaiser sa faim avec les cosses, — non pas avec les cosses que les pourceaux mangeaient, mais avec celles qu'ils laissaient, — les cosses qui tombaient pour ainsi dire de l'auge d'un troupeau de pourceaux. Réduit à une telle misère, qui est le tableau d'une âme en état de péché mortel, comme je vous l'ai montré, il réfléchit; l'Evangile le dit: « il revint à lui-même. » Il n'avait pas seulement abandonné son père ; il s'était abandonné lui-même ; il n'était plus lui, il était hors de lui, car le péché est une folie.
Quand il fut rentré en lui-même, il dit : « Combien y a-t-il de serviteurs à gage dans la maison de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi, je meurs ici de faim ! Il faut que de ce pas je m'en aille trouver mon père, et que je lui dise : Mon père, j'ai péché
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contre le ciel et contre vous, et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils : traitez- moi comme l'un des serviteurs qui sont à vos gages. » Voici le sentiment de son indignité. Il n'aspire plus à être considéré comme un fils. Ce titre , pensait-il, il l'avait à jamais perdu. C'était bien assez pour lui, et il était content d'accepter une position de serviteur à gage sous le toit de son père. Il se leva et se rendit auprès de son père. Et comme il approchait, — c'était peut-être au bas du sentier de la montagne, pieds nus, tout en haillons, sur ce sentier que naguère il avait suivi dans tout le fastueux éclat de ses beaux vêtements et de son orgueil, avant qu'il aperçut son père, celui-ci le vit de loin, car l'amour donne de la clairvoyance aux yeux d'un père. Il vit son fils qui revenait et il se précipita à sa rencontre. Il était aussi empressé de pardonner que le fils de recevoir son pardon, et même plus. Il se jeta à son cou, et l'enfant prodigue commença sa confession : << Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; » mais avant qu'il pût finir, — ces mots : « Traitez-moi comme l'un de vos serviteurs, » ne sortirent point de sa bouche, — son père se jeta à son cou, l'embrassa et lui pardonna. Il était parfaitement absous. Et le père dit : « Apportez promptement, — c'est-à-dire, en toute hâte, sans retard, — la plus belle robe, » la robe qu'il avait jadis et l'en revêtez. Mettez des souliers à ses pieds et un anneau à son doigt. Etablissez-le non-seulement dans
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un état de pardon, mais dans la pleine possession de tout ce qu'il avait avant sa chute, parce que mon fils que voici était mort, et il est de nouveau vivant ; il était perdu et il est retrouvé.
Nous voyons ici, dans l'Enfant Prodigue, la grâce de la pénitence, — c'est-à-dire la connaissance de soi-même, sa condamnation personnelle, sa douleur du passé, sa conversion, sa propre accusation. Nous avons donc là, vous disais-je, une description divine de cette grâce. Prenons un autre exemple. Il y avait à Jérusalem une femme qui était riche et possédait toutes choses en abondance. Elle possédait aussi le don fatal de la beauté, qui a été pour des milliers de personnes la cause de leur mort éternelle. Elle vivait dans la richesse, dans le luxe, dans la jouissance., et selon l'expression de l'Apôtre, « elle était morte avec toutes les apparences de la vie. » Elle se couvrait d'or et de vêtements somptueux, comme les filles de Jérusalem dont parle le Prophète Isaïe, qui étaient orgueilleuses, marchaient le cou tendu, avec des regards lubriques, faisant un bruit étudié avec leurs pieds, s'avançant à petits pas mesurés, sous les dehors d'une vie d'impudicité et de luxe. Elle était connue comme pécheresse et avait une certaine notoriété dans la ville. Un jour, — nous ne savons pas à quel moment, ni en quel endroit, car ce n'est pas écrit, — il lui arriva de se trouver en présence et d'entendre la voix de notre divin Rédempteur. C'était peut-être
Sa of^râce 129'
dans le temple où il enseignait chaque jour. Il est possible qu'elle fût montée au Temple dans tout l'apparat et dans toute'I'affectation de sa toilette, non pas tant pour y adorer le Saint d'Israël, que par curiosité, pour voir et pour se montrer. Or, elle se trouva en présence d'un personnage dont le calme et la dignité lui firent honte. Au premier abord, elle résista peut-être au son de sa voix; mais il y avait dans cette voix quelque chose qui la faisait frissonner jusqu'au plus intime de son cœur. Il y avait, dans le calme, dans la tranquille fixité de ce regard divin, quelque chose qu'elle ne pouvait éviter. Un trait de ce regard lui fendit le cœur. Un éclair lui dévoila ce qu'elle était, l'état dans lequel Dieu la voyait, couverte de péchés d'un rouge de feu, et, comme le lépreux, d'une blancheur de neige. Elle continua son chemin, portant au cœur une profonde blessure, — blessure qui ne pourrait jamais être guérie si ce n'est par la main seule qui l'avait faite. Elle rentra chez elle, sans aucun doute, et repassa dans son âme ce qu'elle avait entendu. Le regard qui s'était fixé sur elle et le son de cette voix étaient présents à son souvenir. Impossible d'y échapper. Autour d'elle, comme auparavant, faisaient rage les compagnies mauvaises, les détestables amis, tous les périls de la vie ; mais son cœur s'en éloignait de plus en plus.
Enfin, mettant de côté son orgueil et son ostentation, arrachant de sa tête les parures, les cheveux
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flottant sur ses épaules, un vase d'albâtre rempli de parfums à la main, elle s'en va à travers les rues de Jérusalem, aux regards de tous, ne se souciant de personne, ne pensant à personne et à rien, si ce n'est à Dieu et à ses péchés. A3"ant appris que Jésus de Nazareth était à dîner chez Simon le Pharisien, elle se jette au milieu du festin, sous les regards méprisants et indignés qui étaient fixés sur elle ; elle est sans honte, parce qu'elle ne ressent de la honte que sous le regard de Dieu; elle est sans crainte, sachant bien ce qu'elle est, parce qu'elle est venue pour apprendre à connaître l'amour et la tendresse de celui qui lui avait parlé. Debout, silencieuse, elle pleurait derrière lui. Elle eut même le courage de baiser ses pieds, de les arroser de ses larmes, de les essuyer avec ses cheveux. Pendant ce temps, le Pharisien adressait de secrets reproches au divin Sauveur et disait dans son cœur : « Si cet homme était un prophète, ne sauraitil pas quelle est cette femme? C'est une pécheresse ; et il ne lui aurait pas permis de lui toucher les pieds. » Mais ces pieds avaient en eux la vertu de purifier du péché. L'attouchement de ses pieds, aussi efficace que l'attouchement du bord de sa robe, purifia la pauvre pécheresse. Le Seigneur se retourna, et, de façon à se faire entendre de tous, il dit : « Ses péchés, qui sont nombreux, lui sont pardonnes, parce qu'elle a beaucoup aimé. »
Voilà encore un exemple de la grâce de pénitence, et un exemple non-seulement de pénitence, mais
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d'absolution pleine et entière donnée en un instant. Bien plus, c'est un exemple de parfaite pureté rendue à une âme des plus dégradées. Comme gage de cette absolution et de ce relèvement complet, Marie Madeleine reçut plus que tout autre des privilèges. Elle, dont Jésus avait chassé sept démons, elle fut seule à se tenir au pied de la Croix avec l'Immaculée Mère de Dieu. C'est elle qui baisa ses pieds à ce repas, qui plus tard les parfuma et les enveloppa de linges de choix pour la sépulture. C'est elle, la plus grande des pécheresses, qui, après sa Mère Immaculée, le vit avant tous les autres quand il se leva d'entre les morts. Et ces gages de l'amour de Jésus envers les pénitents et envers la plus coupable des pénitentes, ont été complétés dans le royaume du ciel par une gloire proportionnée à la douleur et à l'amour de Marie Madeleine. Cette pécheresse sera à jamais offerte comme un exemple de la grâce de pénitence, et de la parfaite vertu du pardon que possède le Très Précieux Sang.
Mais peut-être, me direz-vous. Elle n'avait jamais connu notre Sauveur. Elle commit toutes ses fautes avant qu'elle pût parvenir à la connaissance de son amour. Pour moi, je l'ai connu, et par conséquent toutes les fautes que j'ai commises, je m'en suis rendu coupable malgré la lumière qui m'environnait ; mes péchés sont empreints d'une plus noire ingratitude que les siens; ils sont donc plus graves et
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j'ai moins d'espoir d'être pardonné. Eh bien! voyons si nous trouverions un autre exemple. Y aurait-il un exemple d'un ami, spécialement comblé de faveurs, de bénédictions, qui avait tout connu, qui avait reçu toute lumière et toute grâce venant de la présence et des paroles de notre divin Sauveur pendant les trois ans de sa vie publique; y a-t-il un homme dans ces conditions qui ait dans la suite péché contre lui?
Oui, il en est un auquel la lumière de la connaissance du Fils de Dieu avait d'abord été révélée par le Père céleste. Il en est un qui fut le premier de tous les Apôtres à cause de ces lumières de foi qu'il avait reçues, auquel Notre-Seigneur dit: « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume du ciel; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Cet ami, préféré à tous les autres, élevé en dignité au-dessus de tous les autres, fit à son Maître cette protestation: « Quand tous les hommes vous abandonneraient, je ne vous abandonnerais point. Je suis prêt à aller avec vous et en prison et à la mort, (i) Lors même que tous les hommes vous renieraient, je ne vous renierais point. » Il eut le courage, au jardin des Oliviers, de tirer son épée et de couper l'oreille
(i) s. Luc. XXII. )^.
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au serviteur du Grand-Prêtre. Et pourtant, cet homme renia trois fois son Maître. Il le renia absolument : « Je n'ai jamais connu cet^omme. Je ne suis pas un de ses disciples. » Et avec des malédictions et des jurements il renia le Seigneur.
Voici donc l'ingratitude et le péché d'un ami bienaimé. Mais, pendant cette même soirée, il sortit et pleura amèrement. Ses larmes amères, pendant cette nuit de son crime, lui méritèrent non-seulement l'absolution parfaite de son péché, le soir du premier jour de la semaine, mais encore le pouvoir d'absoudre les péchés des autres pécheurs comme lui : ^^ Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Saint Pierre reçut l'absolution, son pardon complet; et à l'instant même il fut rétabli dans sa dignité de prince des Apôtres. Malgré le reproche dont il fut l'objet, à l'aube du jour, sur la mer de Tibériade, dans la triple question si pleine detendresse : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu, m'aimes-tu plus que ceux-ci?» pour lui rappeler sa triple chute, Pierre fut élevé un rang plus haut que celui qu'il occupait auparavant. Il devint, sur la terre, chef du Corps mystique du Christ. Il mourut martyr pour son Sauveur et il règne dans le ciel à côté de son Maître.
2. Nous avons encore là un exemple de la grâce de pénitence. Et qu'y voyons-nous? Absolument la même douleur, la même accusation personnelle, la même
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réparation que dansl'exemple précédent. C'est la vertu de la grâce de pénitence : qu'est-ce donc que le Sacrement ? Cette grâce de pénitence est aussi ancienne que le monde. Onla retrouve partout oùl'Esprit Saint opère dans le cœur des hommes, s'ils sont fidèles à y correspondre. Quelle est donc l'action du Sacrement? Notre-Seigneur a institué un sacrement divin, dans lequel il donne le pardon de son précieux sang à ceux qui font Faveu de leurs fautes. Il l'a institué en cette nuit où il prononça les paroles que je vous citais en commençant ; et voici la raison pour laquelle il l'a institué : il a voulu que l'espoir de notre pardon reposât sur un motif plus sûr que notre confiance personnelle. Le Pharisien qui se tenait en haut du ternple et disait : « O Dieu, je vous rends grâce de ce que je ne suis point comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères; ni même comme ce publicain; » (i) ce Pharisien se donnait luimême l'absolution; mais cette absolution n'était pas ratifiée dans le ciel. Ainsi en est-il souvent parmi les hommes. Il en est qui s'octroient leur pardon à euxmêmes toute la journée. Ils oublient les péchés de leur enfance, de leur jeunesse et de leur âge mûr, et même leurs péchés de Tannée précédente, ceux d'hier. Doués d'une mémoire incertaine et qui les trahit,
(i) S. Luc. XVIII. 1 1.
quand il s'agit de leurs propres fautes; mais sûre et fidèle pour les péchés des autres, ils se pardonnent sans cesse, et s'effordfent de se convaincre que Dieu aussi les absout et les pardonne. Il ne saurait y avoir une disposition plus dangereuse, plus trompeuse et plus funeste. Pour nous tenir en garde contre une telle disposition, notre divin Sauveur a institué un sacrement dans lequel il nous assure de notre pardon ; dans lequel notre absolution est un acte judiciaire, une sentence prononcée par une autorité compétente, un acte émanant d'un juge impartial et revêtu de pleins pouvoirs : Nous ne sommes plus livrés à notre propre décision, nous sommes absous, au nom et par la puissance de Jésus-Christ, par un juge auquel il en a confié la charge.
En outre, ce Sacrement confère la grâce ; cette grâce est celle de l'Esprit Saint : elle a deux effets. D'abord, elle produit en nous une lumière qui nous fait nous connaître plus exactement, et dès lors mieux comprendre le nombre, la portée et la gravité de nos fautes. Puis, cette grâce nous dispose à la contrition et nous fait accomplir des actes de repentir. Telles sont les raisons pour lesquelles Notre-Seigneur a institué ce sacrement: c'est-à-dire qu'il a pris la grâce de pénitence qui agissait depuis le commencement du monde, et qu'il l'a incorporée en son signe sensible. 11 communique son pardon et la grâce de pénitence à ceux qui viennent recevoir ce sacrement, comme il
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donne le pain de vie à ceux qui reçoivent la sainte communion au pied de l'autel.
Dans tout sacrement, comme vous le savez, il y a un signe extérieur de la grâce qui est produite intérieurement. Il y a aussi ce qu'on appelle la forme et la matière. Quelle est la forme de la pénitence? Elle consiste dans ces mots: ^^ Je vous absous de vos péchés. » Mais qui peut absoudre les péchés, si ce n'est Dieu seul? Est-ce le prêtre? Vous imagineriezvous un instant que la Sainte Eglise Catholique est, — je ne dirai pas assez superstitieuse, — mais assez étroite de cœur et assez bornée d'intelligence pour croire ou pour enseigner que c'est l'homme qui absout? C'est le ministère qui absout: et quel est ce ministère? Le Sacerdoce de Jésus-Christ lui-même. Il n'y en a pas deux; il n'y a qu'un seul prêtre et un seul sacerdoce. Le sacerdoce dont nous sommes revêtus, n'est que la participation à l'unique sacerdoce de Jésus-Christ. Ce que nous faisons n'est point notre oeuvre personnelle. C'est lui qui le fait par nous. Nous remplissons simplement un ministère. L'acte est uniquement et entièrement de lui. Quand nous disons à l'Autel : <-' Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » parlons-nous en notre propre nom? Est-il possible que, avec des livres catholiques devant soi, on puisse avoir la vue si courte ou l'intelligence si obscurcie ?Iln'y a qu'un seul être qui puisse absoudre, c'est Jésus-Christ. Mais il a sur la terre des milliers
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de ministres, par Tintermédiaire desquels il applique son Précieux Sang aux âmes vraiment pénitentes. L'acte de l'absolution'lui appartient.
Voilà la forme, quelle est la matière? Il y a deux sortes de matière : la matière qu'on appelle éloignée et la matière qu'on appelle prochaine. Les péchés que nous avons commis sont la matière éloignée du sacrement. On l'appelle matière éloignée, parce que ces péchés peuvent dater de notre enfance, et remonter bien loin; ou bien ce sont les péchés de notre jeunesse, depuis longtemps oubliés, et enfm revenus à notre souvenir; ou les péchés que nous avons commis et que nous avons longtemps hésité à confesser, — éloignés du moment actuel, parce qu'ils sont loin dans le passé de notre vie ; ou, s'ils ne sont que d'hier, ils ne nous sont pas présents à l'heure actuelle. La matière prochaine consiste dans les dispositions du cœur que nous devons apporter au moment même.
Or, la matière éloignée est aussi de deux sortes. D'abord, il y a la matière nécessaire que nous sommes obligés de confesser sous peine de mort éternelle. Puis il y a la matière volontaire, qu'il est bon, utile, salutaire et préférable de confesser, bien que ce ne soit pas d'une absolue nécessité. La première comprend tous les péchés mortels commis après le baptême. Comme nous ne connaissons aucun moven révélé, si ce n'est le baptême, par lequel
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nous pouvons obtenir le pardon du péché mortel originel, dans lequel nous sommes nés; de même nous ne connaissons aucun moyen révélé, si ce n'est le sacrement de pénitence, par lequel nous pouvons obtenir le pardon des péchés mortels actuels, que nous avons commis après le baptême. Vous vous rappelez sans doute les principes que je vous ai exposés dans le premier et le second de ces sujets que j'ai traités devant vous : un seul péché mortel sépare l'âme de Dieu; l'âme séparée de Dieu est morte ; et par conséquent il est de toute nécessité que chaque péché mortel commis par nous soit confessé et absous.
Nos fautes vénielles constituent la matière volontaire du sacrement de pénitence. Deux raisons nous montrent combien il est bon de confesser ces fautes. La première, c'est, comme je vous l'ai indiqué, parce que ces péchés véniels peuvent facilement devenir des péchés mortels. Quelquefois, par suite de l'amour propre qui est en nous, nous ne les distinguons pas les uns des autres, et nous considérons simplement comme véniel, ce que Dieu connaît et juge comme mortel : de cette manière, nous commettons des erreurs dangereuses. En outre, pour nous exciter à l'humilité, à notre propre condamnation, au repentir, et par conséquent, pour nous disposer à la grâce de la persévérance, et pour renouveler notre paix avec Dieu, il est bon de nous accuser de tout ce que nous
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savons avoir commis, même de plus léger, même de ce qui touche à ces péchés d'omission dont je vous ai parlé tout dernièrem^t. C'est plus sûr, c'est mieux, et c'est plus salutaire de confesser nos péchés d'omission et de demander à Dieu de nous les pardonner. Néanmoins, il reste absolument vrai- que ces fautes, étant vénielles, ne sont pas nécessaires à la confession.
Donc, la matière prochaine signifie l'état du cœur. Si quelqu'un venait s'agenouiller au confessionnal, et s'accuser sans aucun repentir de ses fautes, il commettrait un autre péché. Cet acte serait en soimême un péché. Il y aurait sacrilège à venir recevoir ce sacrement sans les dispositions voulues, c'est-à-dire sans en être digne ; et celui qui n'aurait aucune douleur de ses péchés, ne serait pas digne du sacrement. Il faut de plus une disposition de la volonté. Si un homme venait demander pardon, lors même qu'il s'accuserait parfaitement bien, mais sans avoir la ferme résolution de ne plus pécher, cet homme commettrait un sacrilège. Par conséquent le cœur et l'esprit doivent être pénétrés d'un douloureux repentir, et la volonté, décidée à ne plus commettre le péché. Vous direz : Comment un homme peut-il être dans ces dispositions, quand il connaît sa faiblesse et son inconstance ? Voici la réponse : Si un homme a la sincère résolution de ne plus pécher, s'il a conscience de sa propre faiblesse et qu'il en soit
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effrayé, c'est une bonne et sincère résolution. Dieu l'acceptera, lors même que dans la suite il lui arriverait de tomber par suite d'une tentation soudaine et imprévue. Au moment voulu, il était parfaitement sincère dans ses dispositions: c'est tout ce- que Dieu demande.
Le sacrement de Pénitence a trois effets. Le premier c'est de délier ou d'affranchir l'âme des liens du péché. Nous parlons par métaphore. Lier et délier sont des métaphores. Qu'est-ce qui lie l'âme? Le péché. Et qu'est-ce que le péché? Je vous l'ai dit en commençant: c'est le désaccord ou l'opposition avec la volonté de Dieu. C'est la difformité ou la perversion de la volonté; c'est la paralysie du cœur, l'obscurité de la conscience'. Tout cela, c'est le lien du péché, et le sacrement de Pénitence donne la grâce du Saint- Esprit; et c'est l'Esprit Saint de Dieu qui ramène la volonté à Dieu par un changement opéré dans la volonté elle-même.
Le second effet du Sacrement de pénitence, c'est d'infuser la grâce. Voici ce que je veux dire : un homme en état de péché mortel vient pour se confesser sans avoir ni charité, ni amour de Dieu, par la raison bien simple que celui qui est en état de péché mortel n'a plus en lui ni charité, ni amour de Dieu. La charité ou l'amour de Dieu est la vie de l'âme, et s'il avait cette vie, il ne serait pas en état de péché mortel. Le péché mortel éteint la charité et
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l'amour de Dieu, et l'âme meurt par le fait même. Ce pécheur, dès lors, quand il vient pour s'accuser luimême, n'a plus en lui -que l'espérance et la foi. Il espère son pardon, et il croit que Dieu le pardonnera si sa confession est bonne. Dans l'acte même de son accusation, quand il reçoit l'absolution, la grâce de la charité lui est rendue ; il renaît à la vie spirituelle; il est de nouveau uni à Dieu : il possède la foi, l'espérance et la charité, comme au moment de son baptême, comme avant son péché, car le sacrement de pénitence l'a rétabli, comme auparavant dans l'état de grâce.
Enfm, il fait quelque chose de plus : il rétablit l'âme drais sa condition antérieure. Vous vous rappelez ce que je vous ai dit, il y a quelque temps, que si un homme avait mené une vie de foi, de charité, de piété, de générosité et de bonnes œuvres, et que, dans la suite, il fût tombé dans un péché mortel, tous ces fruits étaient morts sur l'arbre, parce que cet arbre est mort lui-même. Mais quand il est rendu à la grâce, tous ces fruits qui étaient morts revivent aussi avec l'arbre. Les feuilles se déploient de nouveau dans leur tendre fraîcheur, et les fruits mûrissent encore sur les branches. Toutes les actions de la vie passée, qui avaient été frappées à mort et perdues par un seul péché mortel, reviennent à la vie. Au moment où elles sont rendues à la vie, le mérite de chacune d'elles, — et vous vous rappelez ce que c'est que le
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mérite : un lien, vous ai-je dit, établi entre l'acte et sa récompense, en vertu de la promesse de Dieu dans la liberté et la souveraineté de sa grâce ; — eh bien ! tout le mérite de ces actions revit en même temps. Et, avec ce mérite, les puissances de l'âme reçoivent une nouvelle force. L'âme en état de péché mortel a perdu la grâce ; sa conscience est aveugle, son oreille sourde, et faible sa volonté, De même que notre divin Sauveur, dans ses miracles, ouvrait les yeux aux aveugles, rendait l'ouïe aux sourds, redressait les pieds des boiteux, redonnait force et vigueur aux membres des paralytiques; ainsi l'âme, quand l'absolution et la grâce lui rendent la vie au Sacrement de Pénitence, l'âme retrouve toutes ses forces.
Ainsi vous voyez ce que c'est que le Sacrement de Pénitence. C'est la grâce de la pénitence élargie, multipliée, assurée, mise à la portée de tous et offerte toute la journée à la disposition de chacun. Cette grâce qui, dans le commencement, était en un sens à travers le monde entier, est maintenant incorporée, pour ainsi dire dans un sacrement, afm que tous sachent où trouver la Fontaine dans laquelle ils pourront être lavés et purifiés.
3. Je ne veux ajouter que quelques mots. Quand, pour notre plus grand bien, dans la tendresse de son amour et la surabondance de sa grâce pour les pécheurs, notre divin Sauveur institua cet auguste sacrement, il ne mit aucune limite à son efficacité. H
est pareil à son précieux sang. Il a la vertu et la puissance d'effacer tous les péchés. Il n'y a mis aucune limite, et pourtant il y en a une, comme je vous le montrerai; mais ce n'est point Dieu qui l'a mise. Il n'est pas un péché, de quelque genre qu'il soit, serait-il immense, noir et sombre comme la nuit; aurait-il été plusieurs fois répété ; il n'est rien de si invétéré, rien de si détestable aux yeux de Dieu, rien de si mortel pour l'âme de l'homme qui ne puisse trouver son absolution dans le Sacrement de Pénitence. N'allez pas vous imaginer un seul instant que vos péchés sont hors de la portée du pardon. Il n'est pas un homme parmi ceux qui m'entendent, quel que puisse être son péché, s'il revient à Dieu, s'il se repent et s'accuse avec contrition qui ne sera rendu aussi blanc que la neige. Non, il n'est pas une sorte dépêché, un nombre dépêchés, si multipliés soient-ils, que ne puisse atteindre l'absolution. Lors même qu'un homme, pendant sa vie tout entière, aurait péché jour et nuit, renouvelant sans cesse ses fautes, s'il se repent à son lit de mort, le précieux sang le rendra pur comme la neige. Notre divin Sauveur a dit que « si notre frère pèche contre nous soixante-dix-sept fois sept fois, et même cela en un seul jour, et qu'il revienne et se repente, nous devons le pardonner. ( i) S'il parle ainsi, s'il a employé
(i) S. Luc. XVII. 4.
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cette forme de langage, c'est pour montrer qu'il n'y a pas de nombre, — qu'il n'y a pas de limite numérique. Il ne peut y avoir qu'une limite morale ; et cette limite morale y est. Mais quelle est-elle? Je l'ai dit: « Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis, et il ne sera remis ni en ce siècle ni en l'autre. » (i) Quel est ce blasphème contre le Saint-Esprit? C'est la résistance à la vérité connue. C'est le refus de la grâce de pénitence. C'est l'outrage fait au distributeur même du pardon et de la vie ; et cela par l'impénitence du pécheur. Le seul péché qui soit hors de la portée de l'absolution, l'unique crime que le Précieux Sang ne puisse absoudre, c'est celui dont on ne se repent pas ; c'est là le seul et unique qui ne saurait être purifié.
Enfin, comme notre divin Sauveur n'a mis aucune limite à son pardon, et comme des bornes n'y sont mises que par l'homme et uniquement par l'impénitence de l'homme, ainsi également, Notre-Seigneur n'a mis à l'obtention de ce pardon que les conditions qu'il ne pouvait s'empêcher d'y mettre sans cesser d'être ce qu'il est, — c'est-à-dire un Dieu de sainteté, de justice, de vérité et de miséricorde. Demander plus, ce serait demander plus que nous ne pouvons faire. Demander moins, ce serait porter atteinte à ses
(i) S. i^Iath. xir. 3 1.
divines perfections. Le Sacrement de Pénitence n'est pas autre chose que le Précieux Sang, et le pardon du Précieux Sang mis à la portée du pécheur le plus bas, quelque bas qu'il puisse être; car il est à la portée de tous. Les conditions qui sont fixées, sont sont au nombre de quatre.
La première, c'est que nous soyons contrits. Dieu cesserait d'être Dieu, — il cesserait d'être juste, saint et pur, — s'il devait pardonner ceux qui ne se repentiraient pas de leurs fautes, qui garderaient de l'affection pour leurs péchés, qui seraient par conséquent en opposition avec lui, et en opposition avec ses perfections.
En second lieu, nous devons aller à lui. Si l'enfant prodigue était resté dans les régions lointaines, son père n'aurait pas pu se jeter à son cou. Si Marie Madeleine n'avait pas subitement pénétré au milieu du banquet, elle n'aurait pas entendu les paroles de son absolution. Nous devons donc aller à Dieu. 11 nous en a fait un ordre. Il a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie. Personne ne va à mon Père, si ce n'est par moi. /> (i) Et la voie qu'il a tracée pour que les pécheurs reviennent à lui, est dans l'accusation personnelle au Sacrement de Pénitence.
La troisième condition , quand nous revenons à lui, c'est que nous devons nous accuser en toute
(i) s. Jean. xiv. 6.
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honnêteté, en toute vérité et en toute sincérité. Il ne doit y avoir aucune excuse, aucune dissimulation. Nous ne pouvons pas dissimuler notre cœur ; or. Dieu regarde le cœur et non les apparences extérieures. Notre accusation doit être en tout point conforme à la plus stricte vérité. Tout péché mortel, commis depuis notre plus tendre enfance, aussi loin que nous pouvons nous souvenir, doit être accusé une fois ou l'autre, avant qu'on puisse en obtenir, le pardon. Ce n'est pas trop exiger du pécheur qu'il vienne déclarer quelle est sa maladie, qu'il montre ses plaies, ses misères et les symptômes de mort qui sont en lui. Le médecin ne demande rien de plus pour le guérir, et il ne peut pas demander moins. u.,
Enhn, il demande de nous une ferme résolution de ne plus pécher, et d'éviter les occasions de pécher : (je parlerai plus tard de ces occasions), c'est-à-dire qu'il exige un ferme changement de la volonté, la rétractation du désaccord qui met la volonté du pécheur en opposition avec la sienne, et une sincère résolution de ne plus l'offenser. Il ne pouvait pas demander moins, et il ne demande pas davantage. Telles sont les quatre conditions : douleur d'avoir offensé Dieu; retour à lui de la façon qu'il a prescrite: accusation sincère et personnelle; et ferme résolution de ne plus pécher.
Oh! pendant que nous le pouvons, prévenons le jour du Jugement. Prévenez-le ce jour qui vient, qui
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arrivera aussi inévitablement que le soleil de demain. 11 n'est pas loin le jour où le Grand Trône éclatant de blancheur sera dresser dans les airs, et où nous paraîtrons devant notre Juge. Ses yeux, aussi subtils que la flamme, nous pénétreront en tous sens. Nonseulement ses regards, mais ceux de tous les hommes se fixeront sur nous. Les oreilles de tous les hommes entendront ce que l'accusateur dira contre nous en ce jour. Alors, rien de secret; rien de caché dans nos fautes ; rien qui échappe à la connaissance de Dieu, ni à cette multitude rangée autour du Grand Trône. Que demande-t-il de nous en ce moment? Ce trône si imposant est voilé par sa miséricordieuse bonté. Dans le salutaire sacrement de Pénitence, il se présente comme un juge dépouillé de toutes ces splendeurs propres à nous éblouir et à nous terrifier au dernier jour. Il est là comme le bon Pasteur, comme le bon médecin, comme l'ami des pécheurs, qui est venu « non pour les justes, mais pour appeler les pécheurs au repentir. » Il est là, environné de sa miséricorde. Venez donc à lui, chacun à votre tour. Prévenez ce jour du jugement. Ce que vous confessez maintenant sera effacé et oublié en ce jour terrible. Ce que vous cachez maintenant sera inscrit au livre des souvenirs de Dieu, et sera exposé en pleine lumière en ce jour des grandes assises de riiumanité. Ce n'est pas beaucoup ce qu'il demande de nous, — venir faire un aveu à Toreille d'an homme qui tient
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sa place, — d'un homme qui est enchaîné par un secret sacramentel qu'il ne saurait violer sans commettre un péché mortel, un sacrilège; un secret que jamais prêtre ne trahirait, quand il devrait lui en coûter la vie à l'instant même. Si c'est pénible pour vous, si la honte vous couvre le visage, offrez cette peine et cette honte comme une partie de la pénitence à l'exemple de Marie Madeleine au milieu du banquet. C'est précisément le but que vous devez vous proposer pour que cette peine salutaire soit un remède à votre orgueil. Ne perdez donc point de temps. Non, ne perdez point de temps; prévenez le jour du Jugement, pendant que dure le temps de la grâce.. Venez à lui tel que vous êtes. Ne dites pas: Il faut que j'attende. Ne dites pas: Je ne puis venir avec le fardeau de péchés qui pèse sur moi; je suis trop souillé, trop couvert des pieds à la tête de ces taches qui sont rouges comme du sang. Je ne puis pas venir tel que je suis ; laissez-moi attendre encore un peu. Plus tard, je serai mieux disposé. — Ne raisonnez pas ainsi avec vous-même. Ce sont là les chuchotements de l'ennemi qui désire se mettre entre vous et votre pardon. Venez avec toutes ces iniquités qui vous accablent, seraient-elles plus nombreuses que les cheveux de votre tête, plus noires que la nuit ; seraient-elles sans nombre et sans mesure. Venez bien tel que vous êtes. Si vous aviez une maladie mortelle, attendriez-vous d'aller au médecin que les symptômes de cette
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maladie aient presque disparu? Plus ces symptômes sont intenses et menaçants, plus vous vous hâtez d'aller chercher consul et guérison. Ne vous dites pas : J'ai le cœur trop endurci ; je n'ai aucune larme : je ne ressens aucune douleur. Comment pourrait-il en être autrement, si vous êtes en état dépêché? C'est le péché qui endurcit le cœur et tarit les larmes. Dans le Sacrement de Pénitence, la grâce de l'Esprit Saint vous donnera et la contrition et le sentiment de la douleur.
N'allez pas dire non plus : Je suis si inconstant î Si j'étais pardonné aujourd'hui, je retomberai demain. Est-il plus vraisemblable que vous ne tomberez pas demain, parce que vous n'aurez pas été pardonné? Oh! non, loin de là. Quels que soient vos crimes, quelque nombreux et graves qu'ils soient, venez avec tous ces crimes, comme la pauvre femme qui toucha le bord de la robe du Sauveur, comme le pauvre prodigue, les pieds nus et couvert de haillons, quand il revint à la maison paternelle. Venez comme vous êtes, et ne perdez point de temps. Le temps et la grâce sont des dons de Dieu ; nous ne savons pas combien de temps ils resteront à notre disposition. En ce moment le Cœur Sacré de Jésus saigne pour vous sur la Croix, supplie pour vous dans le ciel. Le père qui vit de loin venir l'enfant prodigue et qui courut à sa rencontre, est le garant, oui, et la preuve la plus convaincante de ces soupirs, de cet ardent
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amour, de ces désirs et de cette soif, avec lesquels Jésus vous attend pour vous pardonner. Toute âme purifiée dans le Précieux Sang est une joie pour le bon Pasteur. Il sait les troubles qu'il y a en vous. Il a vu les aiguillons de votre conscience. Il a vu les hésitations de votre volonté. Il a constaté les bons mouvements qui se produisaient en vous. Il connaît les tentations qui vous arrêtent dans votre retour, et les aspirations par lesquelles vous essayez de monter jusqu'à lui, vos secrets ennuis en présence de votre manque de force et de courage pour vous jeter à ses pieds, et sceller à nouveau la paix avec lui. Il connaît tout cela. Cédez à sa volonté; ne lui résistez pas. Prenez garde de ne point étouffer les inspirations de sa grâce qui sont en vous. Jusques à quand, oui, jusques à quand daignera-t-il vous attendre? Rappelezvous ses propres paroles : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fera pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. » (i)
(i) S. Luc. XV. 7.