CHAPITRE VI
JaA Jentation
Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. (S. Mat. IV. i.)
ir^j^ E Fils de Dieu est la Sainteté Incarnée et la Vie éternelle. Quand il vint en ce monde
pour racheter le genre humain, il se mit, autant que le permettaient ses perfections, en contact intime avec le péché, dans le désert, et avec la mort, sur la Croix. Pendant sa tentation au désert, Jésus a ressenti toute l'amertume dupéché, sauf saculpabilité:
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dans sa mort sur la Croix, le Dieu immortel a goûté la mort pour tous les hommes. Or, j'ai pris la tentation de notre divin Sauveur comme le point de départ de nos réflexions actuelles, parce que, en elle-même, elle est une preuve suffisante de ce que je vous affirmais, il y a quelque temps, à savoir, que être tenté n'est pas pécher, et que nombre de personnes, qui sont très éprouvées par la tentation, ne sont pas coupables. Vous vous rappelez que je parlais de la distinction des péchés, quand j'ai dit un mot au sujet des tentations. Il était nécessaire de retenir ce que je disais; autrement, ceux qui sont tentés, et qui sont peut-être affligés de se voir en butte à des tentations habituelles, pourraient perdre courage et commencer à craindre que leurs tentations ne soient des péchés à leur actif. Or, l'exemple de notre divin Sauveur nous montre qu'une personne sans péché peut être soumise à la tentation. Lui, il a souffert la tentation, tout comme il a souffert la mort par amour pour nous. 11 a souffert la tentation, pour que, selon l'expression de Saint Paul, « le Grand Pontife que nous avons, ne soit pas tel qu'il ne puisse compatir à nos faiblesses; mais qu'il ait éprouvé comme nous toutes sortes de tentations, hormis le péché; » (i) et pour que, dit encore l'Apôtre, « des souffrances mêmes, par lesquelles il a été tenté,
{l) HÉBR. IV. 15.
Jla '^cntaixon 153
il tirât la vertu de secourir ceux qui sont aussi tentés. » (i) Il fallait t[ue, par son expérience personnelle, le Fils de Dieu, incarné dans notre humanité, goûtât le péché dans toute son amertume, dans toutes ses peines, excepté celle qui lui était impossible, la culpabilité du péché, afm qu'il pût être un Sauveur plein de sympathie pour les pécheurs.
Maintenant il est nécessaire d'observer les distinctions que je vous ai exposées avec tout le soin et toute la précision possibles. Bien qu'il soit incontestable que la tentation n'est pas un péché, il n'en est pas moins vrai que la tentation et le péché se tiennent de très-près: ils ont des points de ressemblance etpeuvent être facilement pris l'un pour l'autre. Les tentations sont des occasions de péchés, les tentations deviennent très vite et très facilement des péchés. Pour toutes ces raisons, il est nécessaire de les distinguer très-soigneusement. Quelqu'un d'entre vous médira peut-être : Je comprends que le Fils de Dieu, s 'étant fait homme, fût capable d'être tenté ; mais ceci est bien peu encourageant pour moi; car toute tentation s'attaquant à son âme sans tache, était à l'instant anéantie, comme des étincelles tombant sur l'eau sont immédiatement éteintes; mais quand les tentations s'attaquent à moi, les étincelles tombent sur de l'amadou, sur de la cire, sur des feuilles sèches prêtes à s'enflammer. Cette
(i) Ibid. h. 18.
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différence existe, j'en conviens. Les tentations de notre divinSauveur étaient absolument extérieures ; aucune ne provenait de l'intérieur; les nôtres, il est vrai, viennent en grande partie du dehors, mais le trèsgrand nombre, et les pires de toutes, viennent de notre intérieur. Elles naissent de notre propre cœur; elles sont dans nos pensées, dans nos passions, dans notre tempérament, dans nos facultés, dans notre mémoire : tels sont les réduits et les repaires de nos tentations. Ce sont là les plus dangereuses, et l'exemple de notre divin Sauveur n'offre rien de comparable à ce que nous souffrons.
Or, rien n'est plus certain que ce fait : toutes les épreuves qui peuvent assaillir un homme pendant sa vie, — la maladie, le tourment, les abandons, les douleurs, toutes les croix qui se rencontrent, les pertes, les déceptions, les mauvaises affaires, — tout cela n'est rien en comparaison des douleurs et des amertumes de la tentation. Un homme peut dire : Je serai prêt à supporter toutes ces épreuves. Elles me viennent du dehors ; elles n'ont pas le genre de souffrance qui est propre à la tentation, elles n'ont pas en elles l'amertume du péché. Elles ne viennent pas se placer entre Dieu et moi. Et même, plus mes peines et mes douleurs sont grandes ence monde, plus elles me mettent en la présence de Dieu. Ce sont des verges et des fouets qui me rapprochent de plus en plus de lui, tandis que les tentations élèvent une
barrière entre lui et moi. Elles m'assaillent et me séparent de lui. Ell6s sont là, pareilles à un épais nuage suspendu entre moi et la face de Dieu. Elles me font sentir qu'il est impossible que Dieu m'aime, impossible que je puisse être sauvé, impossible que je ne contriste pas toute la journée l'Esprit de Dieu. Je suis semblable à ceux dont parle la Sainte Ecriture, qui font tout pour le mieux, mais qui, malgré tout, ne savent pas s'ils sont dignes d'amour ou de haine, (i) J'ose dire qu'il n'en est pas un de vous qui ne connaisse et ne sente ce que la Sainte Ecriture appelle « la plaie de son propre cœur. » Cette plaie du cœur pour chacun est le défaut dominant, le péché le plus habituel ou trois ou quatre péchés les plus habituels, tels que l'orgueil, la colère, la susceptibilité du caractère, la jalousie, l'envie, la paresse et tant d'autres défauts que je n'ai pas besoin de nommer. Mon but est de répondre à l'objection des personnes atteintes de cette plaie. Je désire leur montrer et leur prouver qu'il est parfaitement possible qu'unhomme, souffrant toute la journée des tentations de ce genre, puisse néanmoins être innocent aux yeux de Dieu ; et que, quelle que soit l'acuité de ces tentations, il puisse très bien rester innocent. Je ne dis pas que ce soit là un cas ordinaire ; mais j'affirme que le cas est possible ; et par conséquent chacun, à condition d'être fidèle aux
• (l) ECCLKS. IX. I.
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règles que j'exposerai plus tard, peut au moins en partie s'appliquer cette consolation.
I. Avant tout, la tentation est inévitable. Tant que nous n'aurons pas dépouillé notre mortalité, tant que la c orruptibilité n'aura pas été changée en nous en incorruptibilité, nous serons en butte aux tentations. Etre tenté, c'est tout simplement être homme; et être homme, c'est être tenté. Dans la Sainte Ecriture, au livre de la Genèse, nous lisons que « Dieu tenta Abraham ; »(i) mais dans l'Epître de Saint Jacques il est écrit : « Que nul ne dise lorsqu'il est tenté, que c'est Dieu qui le tente. » (2) Voilà qui semble une contradiction, et pourtant il n'y en a aucune. Le mot tejité a une double signification. Il ne veut pas dire nécessairement « tenté pour le mal; il signifie simplement éprouvé, — Dieu éprouva Abraham ; — car Dieu nous soumet à l'épreuve, et cela de deux manières. Par sa Providence il nous envoie une variété d'afflictions, de croix, de pertes, de contradictions, par lesquelles il éprouve notre esprit; ou bien, il permet que Satan nous éprouve, comme il lui permit d'éprouver et d'affliger Job. Par conséquent, lorsqu'il est dit que Dieu nous tente, cela veut dire que Dieu nous éprouve. L'autre signification du mot tenter est mauvaise ; car toutes les tentations qui
(i) Gen. XXII. I.
(2) S. Jacq. I. 13.
nous viennent de Satan sont mauvaises en ellesmêmes. Jamais il ne tente un homme pour le porter au bien, à moins que, par accident, un bien ne puisse être l'occasion du mal.
Or, c'est dans ce dernier sens que je veux parler de la tentation, c'est-à-dire de nos tentations pour le mal, de celles qui viennent de Satan. Dieu gouverne même les tentations de Satan pour notre bien, comme je vous le montrerai. Je dis donc que ces tentations sont inévitables, et en voici la raison : depuis le jour où le Dragon et ses anges succombèrent sous les armes de Michel et de ses anges dans le ciel, et que Satan et ses mauvais anges furent précipités sur la terre, depuis ce jour jusqu'à maintenant, une guerre est engagée autour de nous. Rappelez-vous que Satan est un ange créé avec une intelligence, une volonté et une puissance supérieures à celles de l'homme. Il y a quelque chose de satanique dans le mépris et le ridicule avec lesquels les hommes traitent Satan. Je dis satanique, car c'est bienune illusion satanique que celle qui porte les hommes à cesser de le craindre et même à cesser de croire en lui. 11 n'est jamais plus complètement maître d'un homme que quand cet homme tourne son existence en ridicule — que quand, comme nous l'entendons répéter de nos jours, les hommes disent: Il n'y a pas de démon. L'homme le plus entièrement sous la puissance du tentateur, c'est celui qui ne croit pas à l'existence de son
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ennemi. Cet ennemi rôde jour et nuit autour de lui et il est sous chacun de ses pas. Satan, étant d'une nature angélique, a aussi une intelligence angélique, plus grande que celle de l'homme, toute de ruse et d'habileté. Il est aussi doué d'une volonté angélique, plus puissante que la nôtre et dominée par une malice extraordinaire. Son pouvoir est plus grand que le nôtre, et ce pouvoir s'alimente d'une jalousie constante contre nous qui avons été rachetés par le Précieux Sang de Jésus-Christ. Ce Sang divin n'a pas été répandu pour lui ; et par conséquent il travaille sans relâche, jour et nuit, à la destruction de ceux qui sont les héritiers de la Rédemption.
Nous voyons dans la Sainte Ecriture deux titres donnés à Satan. Notre Seigneur l'appelle « le prince de ce monde. » Nous avons donc tout autour de nous, comme l'atmosphère, ce monde dont il est le prince, et nous sommes, peut-on dire, dans le sanctuaire dont il est le dieu. Car qu'est-ce que le monde ? C'est l'état intellectuel et moral du genre humain sans Dieu, pénétré, obscurci, trompé et corrompu par l'influence de Satan qui façonne ce même monde selon sa malice. C'est pourquoi la Sainte Ecriture déclare que le monde est l'ennemi de Dieu, et un ennemi irréconciliable ; que le monde ne pourra jamais s'entendre avec Dieu ; ni Dieu avec le monde ; que le monde ne pourra jamais être purifié de ses souillures ; que même les eaux du Baptême ne sauvent
du monde que des individus en particulier; que le monde lui-même ne* sera jamais sauvé, mais sera consumé par le feu. Monde signifie la transmission du péché dans le genre humain, l'immense corruption de la nature humaine par les péchés de la chair et par les péchés de l'esprit, avec tous leurs mensonges, toute leur impiété, et toute leur malice contre Dieu. C'est là ce qui compose l'atmosphère du monde : en dehors du christianisme, ce monde règne en souverain suprême. Dans le christianisme, il a pénétré de nouveau, comme en un temps de pestilence, et il a, malgré tous nos soins, infesté l'air même de nos demeures. Même parmi les nations baptisées, l'esprit du monde, venant du dehors, et le sol corrompu de la nature humaine le faisant renaître sous nos pas, se renouvelle constamment lui-même. Nous vivons entourés d'une atmosphère qui altère toutes les formes de la vérité. Les illusions s'y présentent de toutes parts aux hommes pour les égarer et les détourner de Dieu et de sa loi. Nous vivons au milieu de ce monde : et, à notre baptême, nous avons renoncé à ce monde, oui, à ce monde et « à toutes ses pompes. » Il a néanmoins une action et une influence continuelle sur chacun de nous. C'est là ce qu'on appelle l'esprit du monde, cet esprit qui s'introduit avec la plus grande subtilité dans le caractère même des gens de bien. C'est encore ce qu'on appelle l'esprit du temps, ce qui signifie la manière spéciale de penser et d'agir
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qui domine au temps où nous vivons. Tout autant de redoutables tentations, pleines de dangers et constamment acharnées après nous.
Nous portons donc la tentation avec nous. Chacun de nous a subi les trois blessures de la tache originelle: l'ignorance de l'esprit, le trouble des affections qui par le fait même deviennent des passions, l'inconstance et la faiblesse de la volonté. L'âme a reçu ces trois blessures. Elle n'en reste pas moins sans cesse en mouvement, par la pensée, par la parole et par l'action, si ce n'est pendant les heures de sommeil. Tant que nous sommes en état de veille notre nature est dans une activité incessante, livrée à une perpétuelle anarchie, excepté chez ceux qui, étant guidés par l'Esprit de Dieu, restent sous l'influence de la grâce et en parfait accord avec la vérité. Les pensées, les mouvements, les affections, les passions du cœur sont dans un état d'effervescence perpétuelle, au point de justifier la description de l'Esprit Saint par la bouche du prophète : « Les méchants sont comme une mer agitée, qui ne peut se calmer et dont les flots vont se rompre avec une écume sale et bourbeuse. » (i) De même que la mer arrache la vase sous les abîmes de ses ondes, ainsi la constante activité du cœur met en ébuUition les péchés et les passions qu'il recèle dans ses plus
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intimes profondeurs. Cette peinture s'applique jusqu'à un certain point à chacun de nous. Nous sommes tous dans cet état. Par conséquent les tentations de Satan, les tentations du monde qui nous viennent du dehors, et les tentations de notre pauvre cœur, — ces trois sortes de tentations sont inévitables. Nous ne pouvons pas leur échapper. Chacun de nous est placé entre deux voies : — il y a l'Esprit de Dieu d'un côté, l'esprit de Satan de l'autre ; — entre les deux est l'esprithumain, c'est-à-dire l'âm e avec sonintelligence, avec son cœur et avec sa volonté. Ces deux esprits, celui de Dieu et celui de Satan, sont sans cesse en lutte autour de nous et à notre sujet. L'esprit de Satan s'efforce de nous pervertir, de nous tromper etde nous conduire à notre ruine ; l'Esprit de Dieu est là toujours pour nous guider, nous fortifier et nous soutenir. Les pensées de Satan se répandent en nous; mais les lumières de l'Esprit Saint y pénètrent aussi. Parfois nous ne les distinguons pas l'un de l'autre. Il nous arrive de prendre les trompeuses lumières de Satan pour les lumières de la vérité. Nous nous figurons quelquefois que les lumières de la vérité qui nous parviennent ne sont autre chose que des tentations. Puis, nous prenons aussi nos pensées purement humaines pour les pensées et les lumières de Dieu; et nous nous trompons ainsi nous-mêmes. Nous sommes dans ce perpétuel état de tentation, qui est le sort de tous les hommes.
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2. L'universalité de la tentation est absolue ; aucune condition humaine ne saurait y échapper. Prenez, par exemple, les pécheurs qui vivent volontairement dans le péché. Satan les tente. Ils sont constamment en. butte à des tentations diaboliques. Mais soyez sûrs qu'ils ne sont pas l'objet principal de ses efforts, et en voici la raison. Ils sont déjà ses serviteurs ; ils font déjà sa volonté ; ils sont déjà conformes à son esprit et ils aiment déjà le mal auquel il les pousse. Satanlaisse sesserviteurs accomplir leur œuvre selon ses intentions : ils travaillent en union avec ses mauvais anges. Quand Notre-Seigneur fut tenté dans le désert, ce n'était qu'un soulèvement du voile ; ce n'était que l'accomplissement visible de ce qui se passe invisiblement, à toute heure et à tout instant, autour de nous. « Nous avons à combattre, dit l'Apôtre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, c'est-à-dire de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l'air; » (i) c'est-à-dire avec toute la hiérarchie des anges déchus qui nous environnent. Ils se confondent avec les hommes mauvais et pervers : ces suppôts du mal et de la perversion se sont unis à ceux qui leur ressemblent. Satan les laisse tranquilles : ils accomplissent son œuvre. Le blasphémateur n'est pas tenté de blasphémer.
(i) Ephés. VI. 12.
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Pourquoi le serait-il? Il blasphème déjà. L'incrédule n'est pas tenté de renoncer à sa foi; — il l'a déjà perdue. Le moqueur n'est pas tenté de tourner la vérité en ridicule; il le fait déjà assez, même pour satisfaire «leprince de ce monde» Je pourrais continuer ainsi pour chaque espèce de péché. Ils sont devenus membres du « mystère d'iniquité. » (i) De même que les fidèles enfants de Dieu sont membres du Christ, que l'âme, la volonté et l'esprit de Jésus-Christ habitent en eux, et que, membres vivants du corps mystique du Christ, ils sont unis à leur divin Chef ; de même aussi les méchants et les pécheurs ont en eux l'âme, l'esprit, la volonté et la malice de Satan. Ils sont membres de Satan, membres de son corps mystique, et ils sont unis au chef diabolique dont ils suivent la direction.
Ce n'est pas tout. Si l'un d'eux cherche à revenir à Dieu, il devient l'objet d'une double tentation. Satan s'attache à la suite de tout déserteur qui abandonne son camp. Il le poursuit avec une intensité de malice toujours grandissante. Il multiplie toutes sestentations. Il redouble la puissance et l'action de celles qui causèrent ses chutes précédentes, dès qu'il s'efforce de leur résister ou de s'y soustraire. Il ne lui laisse ni repos ni trêve. Si vous avez essayé de rompre avec un défaut, vous avez trouvé, j'en suis sûr, que vous étiez
(i) Thessal. II. 7.
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plus tentés par rapport à ce défaut, du moment même que vous avez commencé à le maîtriser. Faut-il vous en dire la raison? Jusque-là, vous nagiez en suivant le courant ; mais dès que vous avez essayé de triompher de ce défaut, vous avez dû remonter ce courant dont la force s'opposait à vos efforts. En d'autres termes, jusqu'au moment où vous avez rompu avec le péché, vous alliez au-devant de la tentation ; alors, vous vous êtes trouvés en face delà tentation dans toute sa force et pareille aux flots impétueux d'un fleuve; en face d'un courant dont la force est doublée par le tentateur.
Il n'est pas seulement très fort dans ses tentations, il est encore très-subtil. Quand vous renoncez à une sorte de péchés, il vous laisse parfaitement tranquille sur ce point : mais il vous tentera sur un autre et vous portera à commettre des fautes toutes différentes des premières. Comme, par exemple, si un homme a été porté à des péchés grossiers et qu'il se soit corrigé, il se verra tenté de commettre des péchés spirituels qui, en précipitant sa ruine, le ramèneront au point où il en était. Soyez sûr que si vous commencez à vous mortifier au sujet d'un défaut tel que la gourmandise, et que vous vous en soyez rendu maître, pour vous donner un exemple, vous vous sentirez poussé vers quelque faute spirituelle, telle que la colère, la mauvaise humeur, ou peut-être la vaine gloire. Qu'importe quelle que soit la faute ? Il
cSLa "tentation 165
y a sept péchés capitaux; on peut dire que trois sont des péchés du corps et quatre des péchés de l'âme. Mais tous précipitent l'âme en enfer. Et si on périt par un péché spirituel, on est aussi incontestablement condamné à la mort éternelle, que si on périt par les fautes les plus grossières de la chair. La subtilité de Satan ne l'ignore pas, et il s'attache aux pas de quiconque s'éloigne de lui. Tous ceux qui lui tournent le dos et s'efforcent de ramener leur âme à Dieu sont l'objet plus direct de ses tentations.
Même ceux que nous appelons des serviteurs de Dieu, ceux qui ont sincèrement rompu avec Satan et qui sont confirmés dans une vie de foi et de piété, même ceux-là sont sujets à des tentations particulières. Par exemple, quand Satan voit une âme échappera ses mains et se soustraire à l'empire des grossiers péchés du corps, il se transforme en ange de lumière. Il n'ignore pas que des formes trop grossières de tentation n'auraient plus de pouvoir, qu'elles ne seraient plus pour cette âme qu'une cause de dégoût et d'effroi et ne seraient plus aptes qu'à l'éloigner davantage de lui. Par conséquent il se voile sous les traits d'un ange de lumière. Il se présente comme un messager de paix, un prédicateur de justice et un docteur de pureté. Il stimule, il excite les imprudents à viser aux perfections de la pénitence, aux perfections de la prière et aux mystérieuses hauteurs de la vie spirituelle, dont nous voyons des traits dans
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la vie des saints, mais qui sont encore bien loin de la portée de ceux qui commencent à servir Dieu. Néanmoins, il y a là de quoi tourner la tête et donner naissance à la vanité, de quoi détourner des personnes de l'humble pratique du devoir quotidien, les faire tendre et monter jusqu'à des sphères élevées. Leur tête ne sera pas assez solide pour s'y maintenir et à la fm elles tomberont par suite d'une ébriété spirituelle. Il en est de même pour ceux qui ont brisé avec lui et qu'il porte à critiquer les autres. Lorsqu'ils ont assez de lumière pour connaître leurs propres défauts et que leurs yeux ont appris à discerner le péché, l'usage qu'ils font des lumières reçues, consiste souvent à diriger leurs regards avec empressement à la découverte des défauts de leur prochain. En portant au dehors ces regards qui ne devraient être fixés que sur eux-mêmes, ils s'égarent, voient et critiquent les défauts des autres, commettent sans cesse des jugements téméraires dans leur cœur, et très-souvent leur langue se rend coupable de péchés de médisance ou de calomnie.
Il y a une autre tentation qui s'attaque même à ceux qui ont déjà fait des progrès considérables dans la voie de la perfection. Les auteurs spirituels nous parlent d'une tentation qu'ils appellent la tempête au port. Voici ce qu'ils entendent. Un vaisseau, après avoir traversé des mers orageuses, arrive enfin au port. Il est là qui repose paisiblement sur ses ancres:
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eh bien! il peut encore sombrer, victime de la foudre ou d'une brusque rafale. Ainsi peuvent finir par causer notre naufrage l'orgueil spirituel, l'amour propre et la vaine gloire que nous inspirent nos prétendues perfections. Se regarder avec complaisance; lire la vie des Saints au point de se croire soi-même parvenu à la sainteté; remplir son esprit d'imaginations exagérées et forcées; puis, se les appliquer à soi-même; rêver qu'on a en réalité atteint un état qu'on aime à se représenter et qu'il y a une auréole, une couronne de lumière suspendue sur sa tête, c'est plus qu'il n'en faut pour éloigner une âme de Dieu. Ces imaginations et ces illusions dont la source est un profond amour-propre et une profonde ignorance de soi-même, troubleront la tête et la conscience même de ces personnes qui auront échappé à des fautes plus grossières, et les rendront semblables à Simon le Pharisien qui, aveugle sur ses propres défauts, et critique de ceux des autres, était, en comparaison de la pauvre Marie Madeleine, un pécheur aux yeux de Notre-Seigneur; ou bien encore, semblables au Pharisien dans le Temple, qui, après avoir remercié Dieu de ce qu'il n'était point comme les autres hommes, s'en alla dans sa maison sans être justifié comme le pauvre Publicain. Nous voyons donc que les tentations sont inévitables et universelles: que vous soyez simplement des pénitents, ou que vous soyez déjà sur le chemin de la sainteté, ne vous attendez pas à y échapper.
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Rappelez-vous donc, comme dit l'Apôtre, que « vous n'avez eu jusqu'ici que des tentations humaines, et que Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces; mais il vous fera tirer avantage de la tentation même, afin que vous puissiez persévérer. » (i) Jamais la tentation ne forme un cercle parfait et sans issue. Si le cercle était complet, il n'y aurait pas moyen d'en sortir. Dieu ne permet jamais qu'il en soit ainsi: il y a toujours une porte de sortie, une ouverture par laquelle l'âme peut s'échapper en sûreté.
3. Il est encore une autre raison qui fait que la tentation n'est pas un péché. Quelle que soit la force d'une tentation, qu'elle vous pousse à des péchés mortels ou à des fautes plus légères, peu importe; cette tentation ne vous sera pas imputée à péché, si vous n'y donnez pas un consentement volontaire. C'est la porte de sortie qui est toujours ouverte, l'issue certaine et incontestable par laquelle toute âme peut s'échapper, même d'une fournaise, seraitelle chauffée à en devenir incandescente. Vous vous rappelez ce que nous avons établi, il y a quelque temps, comme la condition essentielle du péché : c'est un acte mauvais contraire à la volonté de Dieu, avec la connaissance de l'intelligence, avec le consentement de la volonté, et avec la conscience de ce que l'on fait. Or, cette règle fera précisément la distinction
(i) Cor. X. 13.
entre le péché et la tentation, Saint Paul, au septième chapitre de son Epitrê aux Romains, dit ces paroles : « Je n'approuve pas ce que je fais, parce que je ne fais pas le bien que je veux; mais je fais le mal que hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je consens à la loi, parce qu'elle est bonne. Et ainsi ce n'est plus moi qui fais ce mal; mais c'est le péché qui habite en moi. Car je sais que le bien ne se trouve pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien : mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir. Car je ne fais pas le bien que je veux; mais je fais le mal que je ne veux pas. Si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, mais c'est le péché qui habite en moi. »(i) Il distingue donc entre le péché inhérent à sa nature et lui-même. Il dit : « Ce n'est plus moi. » Pourquoi n'est-ce plus lui ? Parce que sa volonté n'a aucune action, aucune part dans cette tendance intérieure à commettre le péché.
On peut donc distinguer, dans nos actions, celles qui sont volontaires et celles qui ne le sont pas ou qui sont, comme l'on dit, indélibérées. Cette distinction nous donnera précisément la clef des principes que je vous expose. Un acte délibéré, où il y apéché, est celui que j'ai décrit, — avec connaissance, consentement et conscience. L'acte non délibéré est
(i) Rom. VII. 15. 20.
lyo @0aptfre sixième
celui auquel manquent ces trois éléments. Mais comment est-ce possible? me direz-vous. C'est trèspossible. Quand nous sommes dehors, en plein soleil, nous sentons la chaleur sans qu'il y ait aucun acte de notre part. Si le vent est froid, nous sommes frileux, sans que notre volonté y soit pour rien. Tout autour de nous, et tant que le jour est long, les objets extérieurs remplissent nos yeux, et pourtant nous ne pouvons fixer notre vue que sur une seule chose à la fois. Nous voyons mille objets, et cependant nous ne pouvons en fixer qu'un seul. Celui-ci, nous le voyons par un acte de notre volonté ; mais tous les autres ne frappent notre vue que d'une manière passive. Nous marchons à travers les rues, nous entendons une foule de paroles que nous n'écoutons pas ; — nous en saisissons le sens à mesure qu'elles frappent notre oreille qni n'est que passive. Ce sont là tout autant d'actes queje pourrais appeler indélibérés. La volonté n'y a aucune action; et nous ne pouvons pas plus nous, empêcher de voir et d'entendre que de sentir le froid ou la chaleur. Les pensées qui sont en nous sont mises en activité; et les pensées s'associent et se mêlent à d'autres. Le souvenir est ranimé et refait naître les images du passé. L'imagination y ajoute d'autres idées. — Cette marche se continue à toutes les heures; car il est parfaitement vrai que notre esprit n'est jamais inactif. Eh ! oui, même pendant notre sommeil, nous rêvons. C'est une raison de
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croire que, lors même qu'il y a suspension complète dans l'action du corps, cette suspension n'existe pas dans l'esprit. Or, une grande partie de ces actions mentales peuvent assurément devenir coupables, si nous y consentons. Mais il ne saurait y avoir aucun péché, si nous n'y donnons pas notre consentement. Et en voici la raison.
La volonté, comme je l'ai déjà dit, est l'appétit rationnel de l'âme. Elle n'est autre chose que le désir qui est en nous, dirigé par la raison, et qui choisit et décide ce que nous voulons obtenir. Mais en même temps que la volonté et avec elle, il y a avant tout un cercle d'affections qui, telles que Dieu les a créées, étaient toutes pures. A côté des affections, se trouvent les passions qui, blessées qu'elles ont été par le péché, ont toutes quelque chose de désordonné. Avec les passions viennent les sens, — la vue et l'ouïe, le goût et le toucher; — ce sont les canaux par lesquels entre le péché. Le Prophète dit: « La mort s'introduit parles fenêtres. » (i) Les auteurs spirituels interprètent ces paroles du péché qui fait son entrée en nous par les sens, — par les yeux, par les oreilles, — qui sont comme les fenêtres toujours ouvertes de l'âme. Satan n'a absolument pas le pouvoir d'entrer dans notre âme contre notre volonté. Le Saint-Esprit peut entrer dans l'âme, parce qu'il en est le créateur,
(l) JÉR. IX. 21.
172 ^^apiixe st.\tème
et que l'Esprit incréé de Dieu pénètre toutes les créatures. Il est celui qui fouille les replis du cœur, parce qu'il pénètre le cœur tout entier. Il le connaît entièrement, parce qu'il est présent dans toutes ses parties. Mais Satan ne peut pas s'introduire dans le cœur comme le Saint-Esprit. Tout ce qu'il lui est possible de faire, c'est de se tenir au-dehors, veillant aux fenêtres, et de lancer à l'intérieur « ses flèches de feu. » (i)Ces flèches de feu sont les tentations qui s'introduisent par les sens, tombent sur les passions, et, en les enflammant, troublent les affections, et par elles atteignent la volonté. Mais si la volonté ne consent pas, la présence de la tentation, quelque forte et intense qu'elle soit, ne sera pas un péché.
De sorte que le moyen de s'assurer si une tentation est un péché, c'est de se demander : L'ai-je bien accueillie? Lui ai-je ouvert la porte? Ai-je laissé la fenêtre s'ouvrir à son approche? L'ai-je engagée à entrer et à rester? Ou avez-vous dit : « Le Seigneur te repousse, — retire-toi, Satan?» Comment avez-vous reçu ces tentations? Quand les flèches enflammées ont été jetées par la fenêtre, les avez-vous foulées aux pieds, ou les avez-vous laissé prendre feu, jusqu'à ce que, par l'œil, par l'oreille, par le souvenir et par l'imagination, l'incendie se soit déclaré? Vous sentez comme si quelque chose vous avait touché et ému :
(i) Ephés. VI. 16.
qu'est-ce, par exemple, qu'un accès de colère, sinon une étincelle qui tombe sur nous à l'improviste, et qui vient sans que nous ayons eu le temps de réfléchir? Une réponse désobligeante, un geste insolent, quelque chose qui provoque la passion naturelle de la colère, déterminera aussitôt un emportement chez nous. Telle est notre nature : nous ne pouvons pas l'éviter. De même qu'en frappant une pierre vous faites jaillir une étincelle; ainsi, heurtez la nature humaine, et la colère répond immédiatement. Cette première émotion de la colère n'est pas un péché. Elle en devient un, si je réfléchis, si je lui fais bon accueil, si je dis : Oh ! c'est bien à propos; c'est ce que je voulais : j'avais besoin de me fâcher. Si vous jetez du combustible sur la flamme, en pensant à l'offense qui a été commise envers vous, et si vous attisez le feu au point de lui donner plus d'intensité, son œuvre devient alors la vôtre et vous êtes coupable. Je pourrais vous donner d'autres exemples : vous en trouverez vous-mêmes, car on peut faire une application semblable à chacun des sept péchés capitaux. Je ne vous en donne qu'un, pour gagner du temps, puis, il est préférable que vous trouviez ces exemples vous-mêmes.
Une autre pierre de touche qui vous montrera si la tentation est un péché ou non : la venue de cette tentation vous cause-t-elle du plaisir ou de la peine? Vous trouvez-vous satisfait d'avoir été excité à un sentiment de colère, ou éprouvez-vous une peine sensible de voir que vous avez perdu votre calme?
174 ^Çaptfre dixième
Si c'est du plaisir que vous ressentez, alors, très sûrement vous avez consenti ; si c'est de la peine, il est incontestable que ce mouvement a été contraire à votre volonté. Vous savez qu'il est opposé à la loi de Dieu, aux exemples de Jésus-Christ ; vous sentez qu'il n'est point conforme à sa douceur, à sa charité, à son amour, à sa compassion, et à sa générosité; et, intérieurement vous éprouvez de la tristesse et de l'ennui de voir que vous lui êtes si peu semblable. Vous savez, je dirai encore, que ce mouvement est contraire à la sainteté de Dieu et à la pureté de votre âme ; dès lors, vous n'avez que de la haine pour cette tentation à sa première approche. Vous la combattez; vous la rejetez; vous priez Dieu de repousser la présence du tentateur et de le terrasser à vos pieds : dans ce cas, vous pouvez vous livrer à la satisfaction de croire qu'il n'y a eu là qu'une tentation et non un péché.
Je ne m'arrêterai pas à vous dire qu'il ne peut y avoir là une certaine adhésion de votre volonté, un certain contact intérieur, pour ainsi dire, qui vous met un instant en danger: l'exemple du premier Adam, qui était innocent au moment où il fut tenté ; et celui du second, qui était Dieu, sont pour nous des preuves que de violentes tentations, que nous détestons, peuvent assaillir des personnes innocentes.
4. Dieu se sert de toutes les innombrables tentations de la vie dans un double but : d'abord, afm de nous éprouver, comme je l'ai dit, pour augmenter nos
JLa 'tentation 175
mérites, et par conséquent notre récompense ; puis, pour sanctifier les âmes. C'est dans les tentations elles-mêmes que Dieu a établi l'école de la sanctification. A propos du premier point, vous comprenez ce que c'est que le mérite. Nous avons eu soin de distinguer et de définir avec toute la précision possible ce que signifie ce mot. Il ne veut pas dire que, entant que créatures, nous avons droit d'exiger quelque chose des mains de Dieu; mais que Dieu a promis que, en vertu de sa grâce souveraine, il attacherait une certaine récompense à certaines actions. Eh bien ! un homme éprouve des tentations contre la colère, l'ambition, le mensonge, ou contre tout autre vice que vous voudrez; s'il résiste à ces tentations, comme un bon soldat de Jésus-Christ, il se montre fidèle et intrépide dans la lutte. S'il résiste aux tentations de paresse, de complaisance en soi-même, de sensualité, qui sont communes chez les personnes molles, il se montre un enfant de Dieu et un ami fidèle de son divin ami. Il montre que ni frayeur ni corruption ne lui feront violer ses serments de fidélité : par conséquent, tout acte de résistance à la tentation est avant tout un acte de foi. Cette résistance est soutenue par des motifs de foi ; elle est soutenue parce que nous apprécions la bonté et l'amour de Dieu. Nous faisons un choix réfléchi entre Dieu et la tentation ; nous mettons hardiment le pied sur la tentation afin de nous attacher plus fermement à Dieu.
176 §Çaptfre dixième
Tout acte de résistance à la tentation est digne de mérite et de récompense aux yeux de Dieu; et plus on est tenté, plus on a de mérite, si on est fidèle à résister. De sorte que la vie en butte aux tentations les plus fréquentes et les plus fortes, est, pour celui qui persévère, une cause de mérites de plus en plus grands devant Dieu, et d'une récompense de plus en plus riche pour la vie éternelle. Toute résistance de ce genre à la tentation est un acte d'amour de Dieu. Lors même que nous ne disons rien, de nos actions s'échappe pour ainsi dire constamment ce cri : O mon Dieu, par amour pour vous, j'aimerais mieux mourir que de faire telle chose! Chaque fois que nous agissons ainsi, Dieu l'accueille comme un acte d'amour envers lui. Il nous connaît comme Notre- Seigneur connaissait Pierre quand celui-ci disait : <c Seigneur, vous connaissez tout; vous savez que je vous aime. »(i) De plus, c'est un acte de mortification. Nous nous mortifions en agissant de la sorte ; et quand nous nous mortifions, nous faisons un acte agréable aux yeux de Dieu. C'est l'esprit de la Croix, c'est un crucifiement intérieur de la chair, de ses affections et de ses concupiscences, et c'est le signe d'un vrai chrétien. Ainsi comme j'ai eu l'occasion de le dire, bien qu'un homme marche à travers la fournaise des tentations de toute sorte, s'il y résiste,
(i) s. Jeax. XVI. 13.
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il accomplit des actes de foi, d'amour et de mortification ; actes qui se* renouvellent toute la journée, qui augmentent ses mérites devant Dieu, et la récompense qui lui est réservée dans le ciel.
5. Un autre effet, c'est que Dieu se sert des tentations mêmes comme moyen de notre sanctification. Vous vous rappelez les paroles de Saint Paul : ^c De peur que la grandeur de mes révélations ne me causât de relèvement, Dieu a permis que je ressentisse dans ma chair un aiguillon qui est l'ange de Satan, pour me donner des soufflets. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur, afin que cet ange de Satan se retirât de moi. Et le Seigneur m'a répondu: Ma grâce vous suffit : car ma puissance se fait plus voir dans la faiblesse. » (i) Ce qui veut dire que Dieu se servait de ses tentations pour le faire avancer dans la voie de la sainteté. D'abord, il nous humilie par les tentations. Rien ne nous donne davantage la connaissance de nous-mêmes. Tant qu'un homme n'a pas été éprouvé, on ne sait pas ce qu'il y a en lui. C'est mêmie un vieil axiome. Tant qu'un homme n'a pas été éprouvé par la tentation, il ne se connaît pas lui-même. Avant d'avoir passé par cette épreuve, il ne sait pas comment ilse comporteradanscertainescirconstances qui le sortiraient de la vie ordinaire. Un homme se croit loin des atteintes de Torgueil : laissez-le se
(i) II. Cor. XII. 79.
trouver supérieur à ses voisins ; il croit qu'il n'y a aucun danger pour lui de tomber dans l'avarice : laissez-le arriver à une richesse inattendue , il se figure qu'il ne risque pas d'être en butte à des tentations particulières : qu'un jour il en soit assailli, — il apprendra alors à se connaître. Tel qui se figure que jamais mensonge ne pourrait sortir de sa bouche, est surpris tout d'un coup — voilà une brèche faite à sa sincérité.
Oui, la tentation nous apprend à connaître ce que nous sommes. Elle jette une lumière sur notre cœur, et nous voyons que devant Dieu nous sommes tachés et souillés, victimes d'affections et de passions troublées, d'égarements dans la volonté et de ténèbres dans l'intelligence. Et quand nous arrivons à faire cette découverte, comme tombent les rêves hautains de notre vaine gloriole ! Elle est bien désagréable, cette découverte ; mais elle est aussi très-salutaire. Rien de plus utile pour un homme que de reconnaître que son inconstance est si grande, qu'il ne peut pas se fier à lui-même. Lorsqu'il a acquis cette conviction, — qu'il ne peut pas se fier à lui-même, — il en vient alors à reconnaître combien il a besoin de la grâce de Dieu : il ne le reconnaît pas avant. Nous lisons dans la vie de Saint Philippe de Néri, deux passages très instructifs. Nous voyons dans l'un qu'il avait l'habitude de dire : « O mon Dieu, tenez bien votre main sur ma tête ; car si vous m'abandonnez, je
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m'éloignerai de vous et je vous ferai toute sorte de mal. La blessure d^ votre côté est grande, mais je l'élargirai encore. » Tel est le sentiment qu'il avait de son inconstance et de sa faiblesse naturelle que, sans la grâce de l'Esprit Saint pour le sanctifier et le soutenir, il se savait incapable de se tenir debout; et que, s'il tombait, il ne savait pas jusqu'où il pourrait aller. Cette pensée le domina toute sa vie ; au point que dans une maladie où on le crut près de mourir, il priait Dieu de le guérir afm de pouvoir faire un peu plus de bien avant sa mort. Il fat guéri ; mais quelques années après il retomba gravement malade. Tous croyaient sa fm prochaine. Quelle fut alors sa prière? « O mon Dieu, prenez-moi pour que je ne puisse plus faire du mal ! >/ Il avait appris à se connaître intimement. Les tentations et les épreuves lui avaient fait comprendre sa propre nature : aux yeux de Dieu il devenait chaque jour plus humble et plus saint.
Dieu se sert encore des tentations pour nous châtier. Car, neuf fois sur dix, les tentations qui nous assiègent ne sont que les effets et les conséquences des défauts et des fautes de notre vie passée. Dieu tire parti des péchés et des fautes dont nous nous sommes rendus coupables dans nos années passées, — dans notre enfance et dans notre jeunesse, — pour nous punir et nous humilier, dans un âge plus avancé et dans notre vieillesse. Par là, il rappelle à notre souvenir des choses que nous aurions pu oublier.
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Enfin, les tentations sont pour lui un moyen d'éveiller et d'exciter dans notre cœur la haine du péché; et rien ne nous fait plus détester le péché. Quand une fois nous avons complètement brisé avec le péché, et que, consciencieusement, nous ne sommes plus coupables, alors, tout ce que le péché a de détestable, de hideux, de noir et de repoussant, se grave d'une manière de plus en plus effrayante en nous, à mesure que nous avançons dans la vie. Aux yeux de qui le péché est-il le plus détestable? Est-ce aux yeux du pécheur ou aux yeux de Dieu? Plus nous sommes libres du péché, plus grande est l'horreur que nous en concevons. La mesure des progrès que nous faisons dans la lumière et la grâce, dans la pureté et la sanctification, est celle de la haine que le péché nous inspire. Et alors, plus la tentation nous assiège violemment, mieux nous apprenons à connaître tout ce que le péché peut avoir d'odieux.
Nous commençons par détester le péché en lui- même; mais nous ne nous bornons pas à cette détestation abstraite. Nous en venons bientôt à détester ce que nous fûmes jadis. Nous nous souvenons de ce que nous avons été ; nous nous rappelons ce que furent notre enfance et notre jeunesse : tout cela est devant nous. Le soleil ne donne pas à la photographie une ressemblance aussi exacte et aussi précise que celle que la conscience, éclairée par l'Esprit-Saint, nous
Jia "^entaixon i8i
présente de notre vie passée. Quand nous voyons quel était notre état avant que la grâce de Dieu nous eût convertis, toute la noirceur, toute la multitude, toute la perversité et toute l'ingratitude des péchés que nous avons commis; — quand tout cela est présent à nos yeux, que nous voyons notre passé, le caractère dont nous étions revêtus, et qui est là, pareil à un portrait suspendu au mur et tracé dans toute sa laideur par le crayon de l'Esprit-Saint, alors, nous nous haïssons nous-mêmes. Nous haïssons ce que nous fûmes; nous haïssons tout ce qui nous le rappelle, — les lieux, les personnes, les souvenirs, les témoignages, — en un mot, tout ce qui y fut associé. Eh ! oui, les chants, les tableaux, les peintures, les objets qui ont frappé nos regards, les livres, les histoires, les poèmes, les amitiés dont les chuchotements ont précipité notre âme dans les ténèbres de l'abîme, — tout cela est détestable. Nous allons plus loin encore. Notre personne même, notre état actuel, si plein d'imperfections, nous le détestons aussi. Plus lumineuse devient en la présence de Dieu la vue que nous avons de nous-mêmes, plus humble aussi est ce sentiment d'horreur personnelle qui, aux yeux de Dieu, est la marque d'un vrai pénitent.
Dans tout cela je vous ai donné le moyen de distinguer le péché d'avec la tentation. Je dis avec confiance que pour quiconque peut considérer son passé et son présent, avec ce sentiment de détestation, de peine et d'humilité; pour celui-là, dis-je, il est
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permis, de se consoler par la conviction que, quelles que soient les tentations qui l'assiègent du dehors, le péché n'a pas prise en lui, si son cœur et sa volonté sont fermement et sincèrement opposés à ces tentations. « Ce n'est pas moi, mais c'est le péché qui habite en moi. » (i) Puis, je vous en ai donné les raisons : la tentation est inévitable, la tentation est universelle, la tentation à laquelle on ne consent point n'est pas un péché, la tentation à laquelle on résiste est une perpétuelle augmentation de mérites, et la tentation vaincue est pour nous un continuel accroissement de sainteté.
Il ne me reste maintenant que deux simples conseils à ajouter. Tout cela est vrai, mais à deux conditions. L'une, c'est que nous évitions les occasions du péché. Vous savez ce que ce mot signifie. Il y a une différence entre la tentation et l'occasion du péché. Une tentation c'est un danger de pécher, danger positif, présent à l'instant même. L'occasion de pécher peut être quelque chose de licite en soi, mais qui peut nous conduire au danger de pécher. Les occasions peuvent être parfois des choses absolument licites, des choses innocentes qui, semblables à des sentiers glissants, trompent nos pas et amènent une chute.
Trois raisons nous obligent à éviter les occasions du péché. Voici la première. Nul ne peut, agenouillé au pied du crucifix, faire une bonne confession, ou
(i) Rom. VII. 17.
Sa "Senfatiou 1S3
échapper au danger d'une confession sacrilège ; et nul ne peut recevoir une absolution valide, si, en même temps qu'il accuse ses péchés, il ne prend une résolution ferme, sincère, inébranlable, d'éviter ces péchés et tout ce qui y conduit. S'il n'a pas la volonté arrêtée de fuir les occasions qui, dans le passé, l'ont entraîné à pécher, et de ne plus commettre ces péchés mêmes dont il demande l'absolution en présence de Dieu, il estabsolumentcertainqu'iln'a pas la contrition nécessaire des fautes qu'il a commises.
Or il y a deux sortes d'occasions : celles qu'on appelle nécessaires et celles qu'on appelle volontaires. Voici qui vous fera comprendre cette distinction. Je suppose pour un instant que quelqu'un d'entre vous a des tentations contre la foi, — j'ai confiance que, grâce à Dieu, personne de vous n'en est là ; — mais laissez-moi supposer la chose comme possible. Vous avez un frère qui vit dans la même maison que vous, et qui, malheureusement, est un incrédule. Il vous expose toutes sortes de raisonnements infidèles, de doutes rationalistes contre la révélation de Dieu. Vous ne pouvez pas quitter votre maison, — vous ne pouvez pas l'enchâsser, — il y est. Vous êtes obligé d'habiter avec lui. C'est une occasion de tentation pour vous, et c'est peut-être une occasion de péché. Vous ne pouvez pas vous en débarrasser ; — elle est nécessaire, — elle demeure là, — elle échappe à tout pouvoir et à tout contrôle de votre part. Dieu ne vous demandera pas compte de ce que, dans ces
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circonstances, vous n'abandonnez pas votre maison. Mais si volontairement et de votre propre chef, vous cherchez à amener cette personne à parler sur ces matières, c'est un acte volontaire de votre part. Si vous faites ainsi, vous êtes responsable. Et si vous ne formez pas la ferme résolution de ne pas agir de la sorte, vous ne pouvez pas recevoir l'absolution de vos péchés de doute contre la foi, de ces péchés dans lesquels vous vous êtes jeté de plein gré. Je vous donne cet exemple. Faites l'application en vousmême à toute espèce de péchés et de tentations. Je ne veux pas entrer dans des détails; mais vous savez très-bien qu'il vous est facile d'appliquer cet exemple à tout autre genre. Il est donc nécessaire, pour que vous soyez validement absous, que vous ayez la ferme résolution d'éviter toute occasion volontaire de pécher.
En second lieu, une partie de la réparation due à notre divin Sauveur que vous avez offensé, exige que vous ne vous laissiez pas entraîner de nouveau dansles mêmes occasions. La réparation que vous lui devez, après qu'il vous a purifié dans son Précieux Sang, vous impose l'obligation de résister généreusement, et d'éviter avec soin ces circonstances et ces occasions qui vous l'avaient fait offenser. Nous lisons aux livres des Actes que les chrétiens d'Ephèse étaient adonnés à ce qu'on appelait « des arts curieux, » (i) aux
(i) Actes, xix. 19.
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augures, à la magie, à la superstition et choses semblables. Une fois éclairés par la foi, ils apportèrent leurs livres et les brûlèrent sur la place publique. Les habitants de Milan, après une mission, réunirent leurs livres de romans et de poésies, tous leurs mauvais Uvres et mauvais tableaux, les masques, les vêtements qu'ils mettaient dans les mascarades, les instruments de musique qui servaient à leurs folles vanités, les ornements dont ils se paraient aux jours de luxe et de parade, une foule d'autres choses, les cartes, les dès, tous les appareils de jeu et de perte de temps, tout ce qui avait été pour eux une cause de tentations ; — ils apportèrent tout sur la place du Dôme, et en firent un immense feu de joie. Je n'ai pas l'intention de vous demander de faire un feu de joie dans les rues de Londres ; mais ce que firent en réalité les Milanais, chacun de vous pourrait le faire dans son esprit et dans son cœur. Vous savez, et vous trouverez facilement, les choses qui ont été pour vous la cause et l'occasion du péché, non seulement en action, mais aussi en parole, en pensée et en imagination. Abandonnez toutes ces choses ; — n'ayez plus rien de commun avec elles ; — rejetez-les loin de vous ; — ne leur accordez mêmeplus un regard; — mettez-les sous vos pieds. Et alors, si vos tentations reviennent, vous pouvez lever les yeux avec confiance vers votre Père céleste et vers votre divin Maître. Vous pouvez vous rassurer par la pensée que le retour de ces tentations
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est un châtiment et une humiliation, et non une nouvelle faute pour vous. Je ne veux pas entrer dans les détails; cela me conduirait à des développements qu'il vaut mieux éviter. 11 est toujours préférable de donner les règles et les principes : les hommes d'un esprit mûr, les personnes d'une foi» chrétienne, en feront l'application. J'indiquerai seulement quelquesunes de ces occasions.
Je demande d'abord, quel argent ne dépensez-vous pas, dans votre alimentation, pour l'inutile satisfaction du palais? Quelle délicatesse, quels soins, pour flatter le goût, ne trouve-t-on pas même chez des personnes où on serait loin de le soupçonner? Quelles sommes sont gaspillées pour la boisson! Et je ne vous parle pas comme je le ferais, si je m'adressais à certaines autres parties de mon troupeau. Mais je dois dire que, même parmi les personnes de bonne éducation, qui appartiennent aux classes supérieures de la société, on se livre avec une indulgence trop facile à ces excès qui émoussent l'intelligence, énervent la volonté, brisent les habitudes de la vie, atrophient le cœur, étouffent l'esprit de piété , troublent la paix des familles, et peuvent conduire à des résultats encore plus effrayants. Je suis obligé de vous dire franchement que, tout prêtre, par son expérience, et moimême, par la mienne, nous avons connu, même parmi les personnes de bonne société, de bonne éducation et de haute naissance , des exemples
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effrayants de cet esclavage de la boisson. Et cet esclavage a duré jusqu'à la mort de ses victimes. Combien d'âmes malheureuses ont péri, enchaînées dans les entraves d'un vice qui débuta peut-être par des habitudes semblables aux vôtres , qu'on ne soupçonnait point au premier abord, et qui ont fmi par devenir inextricables. C'est pourquoi je vous le répète : dans votre nourriture, dans le boire et le manger, apportez de la simplicité, du renoncement. Mettez-y le grand bon sens des chrétiens; ne vous souciez pas de telles ou telles choses; n'y attachez pas vos pensées. L'Eglise prescrit le jeûne et l'abstinence; mais le jeûne et l'abstinence tendent à disparaître. Pourquoi? Parce que les personnes sont les esclaves de leur complaisance personnelle et de leur fantaisie. Leur santé n'y résisterait pas; leur médecin leur dit qu'elles ne peuvent pas; et*parfois, même leur confesseur se voit assiégé jusqu'à ce qu'il donne la permission. Il y a une loi de liberté d'après laquelle nous devons être jugés au dernier jour. Saint Jacques dit : « Réglez vos paroles et vos actions, comme devant être jugés par la loi de liberté. » (i) Eh bien! j'en appelle à vous au nom de votre liberté de chrétiens, au nom de la générosité et de la gratitude; à vous qui avez été rachetés par le Précieux Sang de Jésus-Christ. Je vous redis : mortifiez-vous dans ces choses futiles maispérilleuses.
(l) S. JaC. II. 12.
i88 gÇaptfre sixième
Il y a un sujet trop vaste pour que je puisse faire autre chose que d'y toucher en passant. Je veux parler de la toilette. Je le placerai d'abord sur le terrain des dépenses exagérées et du gaspillage de l'argent; mais je ne puis pas en parler seulement à ce point de vue. Il a des conséquences bien plus fâcheuses. Je dois éviter d'entrer dans trop de détails sur ce point. Je n'ai pas à m'occuper des couleurs, des formes et des modes: ce sont là affaires de votre ressort. Mais il est de mon devoir de parler de la moralité des toilettes. Les fautes que causent le luxe dans les vêtements, les péchés auxquels donnent naissance le luxe et la vanité dans les toilettes : voilà ce qui me concerne. Ce que je veux encore essayer de faire, c'est de vous exposer les conseils d'un grand bon sens chrétien. Je voudrais seulement que vous sachiez» d'où viennent les modes. Elles sortent de quelque chambre obscure, de quelque ville luxueuse et corrompue. Là, une sorte de société secrète de la folie, établit des règles et des ordonnances, année par année. Ces règles sont suivies avec servilité, et, j'ose dire, avec l'absence de cette dignité chrétienne qui convient à la femme. Cette mode insensée, que quelque personne dévergondée aura follement inventée, se répand à travers toutes les parties civilisées de l'Europe. D'un hiver à l'autre, d'un printemps à l'autre, c'est à peine si on peut reconnaître ses plus proches voisines. Elles sont vêtues, attifées, masquées au point que, parfois, elles ne peuvent
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provoquer que la risée, la compassion ou le dégoût. Il faut que je vous dise ce qui m'est arrivé un jour. Je passais à travers un de nos parcs; je rencontrai trois personnes. L'une était mise selon la nouveauté d'une mode alors naissante. Suivaient deux simples ouvriers. J'en entendis un disant à l'autre : « Elle ne se met ainsi que pour se faire voir ! » Rappelez-vous ces paroles qui sont un juste reproche. C'est toute l'estime que conçoit de la mode le solide bon sens du peuple anglais. Il ne lui accorde que pitié et mépris. Nos pères et les femmes d'un autre siècle ne se laissaient pas entraîner et n'ondulaient pas à chaque souffle du vent qui ridait la mer. Ces femmes se vêtaient en femmes chrétiennes, ne prenant conseil que de leur bon sens, et s'habillant d'une manière en rapport avec leur position dans la vie, sans se singulariser par trop de simplicité, ce qui est une des affectations de la vanité ; et sans copier servilement la mode, ce qui est l'esprit de ce monde.
Vous trouverez là des règles de conduite. Tout ce que je veux ajouter, c'est qu'il fut un temps où, pendant le carême, les gens portaient des vêtements noirs. Je ne dis pas que cet usage les rendait plus pieux ou plus pénitents; mais j'affirme qu'il était plus en rapport avec ce temps d'humiliation et déjeunes, que les couleurs frivoles et clinquantes, les queues de paons et les arcs-en-ciel, qu'on peut voir nonseulement dans nos rues, mais jusques autour des
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autels. Il 3' a peu de temps encore, régnait une coutume (et elle est commune dans les pays catholiques) qui ne permettait pas à une femme d'entrer dans la maison de Dieu sans avoir la tête couverte, ou par un voile, ou au moins par une coiffure quelconque. C'est une prescription de l'Ecriture, inscrite comme une loi sur la porte de toutes les églises de Rome, et aujourd'hui encore, je crois qu'on peut l'y voir. Je doute même que la révolution l'ait effacée. Je me rappelle que tant que Rome fut la cité du Vicaire de Jésus-Christ, les femmes avaient l'habitude de venir à l'Eglise dans un costume convenable. Je vous cite et vous laisse ce trait. Je m'arrête : ce sujet n'est point de ma compétence, si ce n'est au point de vue de la moralité de la toilette. Je laisse le reste à votre bon sens et à votre piété.
Je ne puis pas m'appesantir sur d'autres points, je vous dirai seulement : examinez bien ce que vous pouvez faire, dans un esprit de liberté et de générosité, pour la dépense de votre argent. \"oyez combien de milliers de personnes sont dans le besoin! Les hôpitaux de Londres n'abritent pas la quinzième partie des personnes qui sont atteintes de maladies mortelles. Et nous passons, gaspillant notre argent, sans songer à ceux qui se meurent autour de nous. Il y a des dizaines de milliers d'enfants qui périssent dans les rues sans éducation chrétienne ; et nous
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avons le courage, avec tout le calme possible, d'accumuler les dépenses sur nos personnes. J'en dirai autant de vos plaisirs. Je ne suis ni rigoriste ni puritain ; j'aime à voir les gens heureux au milieu de leurs délassements innocents. Mais il y a certains genres de plaisirs et d'amusements, certains goûts, que l'instinct chrétien ne nous permet pas d'approuver. Pour toutes ces questions, j'espère que vous prendrez conseil des Saintes Ecritures et de votre conscience. Vous vous demanderez sur quelle sorte de divertissements et sur quelle sorte de plaisirs vous pourrez, à votre lit de mort, porter vos regards avec sérénité ; et quel genre de réjouissances pourra vous donner la paix à cette heure. Enfin, je vous dirai : prenez une résolution pendant ce carême qui va finir. Nous nous trouverons encore ici le Vendredi Saint pour méditer sur la Passion de notre divin Maître et Sauveur Jésus- Christ. Prenez dès maintenant une résolution de renoncement et selon votre pleine liberté de chrétiens. Offrez au Sauveur quelque chose qui vous la rappellera. Je ne vous l'indique pas; déterminez vous-mêmes, à votre choix.
La prière, la piété, la vigilance, la mortification et la pureté du cœur: — telles sont les sentinelles qui garderont votre volonté inébranlable. Et si votre volonté est ferme, elle défendra toute entrée à la tentation qui voudrait, par les sens, par les passions, ou par les affections, s'introduire en vous, comme
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la flamme d'une fournaise qui consume tout ce qui approche de son ouverture. Cette ferme volonté repoussera et chassera loin de vous toutes choses contraires à votre sanctification. Rappelez-vous alors la promesse de Notre-Seigneur. 11 a souffert la tentation afni qu'il pût avoir de la sympathie pour nous. Vous pouvez vous adresser à lui dans vos tentations. Vous pouvez lui dire: O Seigneur, vous avez souffert dans le désert par amour pour moi, vous voyez la force de cette tentation qui m'obsède. Ayez pitié de moi; soutenez-moi; car, de moi-même je suis incapable de la repousser. Il connaît les sentiments qu'il doit éprouver pour ceux qui sont en butte aux tentations. Au milieu de l'épreuve, il fait constamment entendre à chacun de vous ces paroles : « Au victorieux je donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu, (i) — Quiconque sera victorieux, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu : il n'en sortira plus. (2) — Je donnerai au victorieux de la manne cachée ; et je lui donnerai encore une pierre blanche, sur laquelle sera écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, que celui qui le reçoit. (3) — Quiconque sera victorieux je le ferai
(i) Apoc. III. 7.
(2) Apoc. m. 12.
(5) Id. II. 17.
asseoir avec moi sur mon trône, comme je me suis aussi assis moi-même avec mon Père sur son trône. » (i)
(1) Ibid. III. 21.