‹ Le péché et ses conséquencesChapitre 2 sur 24 · ATURE DU · texte numérisé non relu

ATURE DU

pÉCHÉ

Il vous est utile que je m'en aille; car si je ne m'en vais point, le Consolateur ne viendra poin t à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. Et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde du péché.

(S. Jean. XVI. 7. 8,)

EPUis le commencement du dernier carême, combien d'âmes qui étaient ici présentes, sont maintenant dans l'éternité î Et avant le prochain carême, combien paraîtront devant le trône brillant de la justice î Quel est celui d'entre nous

2 §Bap'itve pvenxxev

qui devra le premier se présenter au jugement ? Entrons donc dans ce carême comme si nous savions qu'il sera le dernier pour nous. Commençons ce •temps de retour à Dieu comme si nous étions convaincus qu'il ne nous en sera pas accordé un autre. « Faites donc de dignes fruits de pénitence. Caria cognée est déjà à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. » (i)

Ces pensées m'ont fait choisir un sujet, triste, il est vrai, et sévère en tous ses points; mais capital pour chacun de nous, nécessaire à notre salut, la base et le fondement de tout : — Je veux parler du péché, de sa nature, de ses effets et de ses conséquences. J'ai chosi ce sujet, parce qu'il ne saurait y en avoir un autre plus nécessaire, et parce que le précepte de l'Eglise, — nous obligeant tous à nous confesser et à communier à Pâques, — devient plus urgent pour la conscience de tout membre de l'Eglise catholique. Je fais donc appel à tous. Je fais appel à votre conscience afm que vous remplissiez, chacun pour son propre compte, ce devoir de salut, et non-seulement pour vous seuls : Pères et mères, pressez vos familles et ceux qui dépendent de vous; amis et voisins, pressez en toute humilité et charité, tous ceux que vous savez négliger Il pratique de ce devoir envers Dieu.

(i) S. Mat. III. 8-10.

Les paroles de notre divin Sauveur nous apprennent quelle est l'œuvre et la mission de l'Esprit Saint. « Il convaincra le monde de péché. » Dans l'ancienne comme dans la nouvelle création, avant l'Incarnation du Fils de Dieu comme après son Ascension dans le ciel, l'œuvre et la mission du Saint-Esprit a été, est, et sera jusqu'à la fui du monde « de convaincre le monde de péché, » d'éclairer la raison de l'homme pour lui faire connaitre et comprendre ce que c'est que le péché, et aussi de convaincre la conscience des hommes, chacun en particulier, de leur culpabilité, et de leur inculquer individuellement le sentiment qu'ils sont coupables devant Dieu. Telle est la mission du Saint-Esprit. Dans tous les temps, depuis le commencement du monde, l'Esprit de Dieu a éclairé l'intelligence et la conscience des hommes, pour les convaincre qu'ils devaient connaître Dieu, se connaître eux-mêmes, et dès lors comprendre, jusqu'à un certain point, la nature du péché. Mais la plénitude de ces lumières était réservée pour le jour de la Pentecôte, quand le Saint-Esprit vint personnellement et pour toujours habiter dans le Corps mystique du Christ.

Au commencement quand Dieu créa l'homme, il le créa sans péché, et il lui donna la lumière de l'Esprit Saint. De sorte que l'homme connaissait Dieu, sa sainteté et ses perfections; il se connaissait aussi lui-même, ainsi que la nature dans laquelle Dieu

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l'avait créé. Il connaissait la loi de Dieu; mais il ne connaissait pas le péché, parce que la loi n'avait pas encore été violée. Il ne pouvait pas en avoir connaissance, parce qu'il n'avait encore aucune expérience de la transgression de la loi avec ses amertumes et ses fatales conséquences. Mais dès l'instant où l'homme eut péché contre Dieu, tout fut changé. II eut alors conscience de sa faute, et il chercha à se dérober aux regards de son Créateur, mais il ne faisait que dérober Dieu à sa propre conscience. Il ne pouvait pas échapper à la présence ni aux regards de Dieu, il pouvait mettre un obstacle entre la lumière de la présence de Dieu et lui, — c'est ce qu'il fit. Par conséquent, depuis l'origine des temps, Dieu, dans sa miséricorde, par l'action et la lumière de son Esprit, a appris aux hommes à connaître, au moins dans une certaine mesure, ses propres perfections et leur culpabilité. Ce n'était là que le crépuscule qui précède le soleil de midi. Nous sommes en plein midi; et si, dans cette plénitude de lumière, nous ne voyons pas les perfections de Dieu et nos misères, malheur à nous au jour du Jugement!

C'est pourquoi mon intention est de commencer par vous montrer, dans un aperçu très général, ce que c'est que le péché, et de poser certains principes, larges mais simples, dont j'aurai à faire l'application dans les sujets que nous traiterons plus tard. Je veux donc d'abord vous parler de la nature du péché, de

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ce qu'il est, de certaines distinctions du péché, auxquelles nous devrons nous rapporter plus tard.

I. D'abord, qu'est-ce que le péché ? On en a donné plusieurs définitions, et en voici une : C'est la transgression de la loi. « Le péché est la transgression de la loi. » (I ) Dieu est sa loi à lai-même, ses perfections sont la loi de sa nature. Et Dieu a imprimé dans la conscience de l'homme, même en l'état de nature, l'esquisse de ses perfections. Il a créé dans l'homme la distinction du bien et du mal. Il lui a fait comprendre la nature de la pureté, de la justice, de la vérité et de la miséricorde. Ce sont là des perfections de Dieu, et dans la conscience de l'homme sont écrites les obligations de cette loi. Tout homme, né en ce monde dans l'état de nature, a l'empreinte de cette loi gravée en lui, et le péché est la transgression de cette loi. Voici une autre définition du péché: C'est toute pensée, parole ou action contraire à la volonté de Dieu. Or, la volonté de Dieu, c'est la perfection de Dieu, lui-même, — volonté sainte, juste, pure, miséricordieuse, vraie; et tout ce qui, en pensée, en parole ou en action, est contraire à cette perfection, est un péché. La conformité de l'homme avec la volonté de Dieu avec les perfections de Dieu, constitue la sainteté ou la perfection de l'âme humaine. Plus un homme est conforme à la volonté de Dieu, plus il

(i) I. S. Jea.n III. 4.

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est saint et parfait. Par conséquent, être en désaccord avec Dieu, c'est être difforme ; et la plus monstrueuse difformité du corps humain n'est pas plus humiliante ni plus repoussante, — je ne dis pas assez, — n'est pas même humiliante et repoussante, si on la met en comparaison avec la difformité de l'âme. Quand l'âme n'est plus semblable à Dieu, quand elle s'est séparée de la perfection de Dieu, quand il y a, en elle, l'impureté au lieu de la pureté, l'injustice au lieu delà justice, le mensonge au lieu de la vérité, la cruauté au lieu de la miséricorde ; quand, au lieu de ces perfections de Dieu, il y a, en elle, tout le contraire de ces perfections, rien de difforme ou de repoussant ne peut offrir au regard un spectacle plus effrayant.

La malice du péché consiste donc dans le désaccord connue d'une volonté créée avec la volonté incréée de Dieu. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance ; il nous a donné tout ce qu'il pouvait nous accorder. Il ne pouvait pas nous conférer sa propre nature, puisqu'elle est incréée ; aucune créature ne peut participer à la nature incréée de Dieu. Mais Dieu pouvait, — et par sa toute puissance unie à sa miséricorde, — il a en effet imprimé en nous son image et sa ressemblance. Il y a ajouté une intelligence, une volonté, un cœur et une conscience, de sorte que nous sommes devenus des êtres intelligents et moraux. La malice du péché consiste donc encore en ceci : Une créature intelligente se met de propos délibéré

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et sciemment en opposition avec la volonté de son Créateur. La malice du péché est essentiellement dans l'âme. L'action extérieure, par laquelle le pécheur accomplit son péché, ajoute, il est vrai, une malice accidentelle, et augmente accidentellement le mal. Mais l'essence, le point capital de la malice réside dans l'état de l'âme. Nous voyons donc que le péché est l'acte d'un être moral qui se met en opposition avec la volonté de Dieu.

Nous abusons de notre nature, nous abusons de notre intelligence en agissant contrairement à la raison, en violant la loi de Dieu qui est écrite dans notre conscience. Nous abusons de notre volonté, parce que, de propos délibéré, nous abusons de la puissance de cette volonté, par laquelle nous produisons des actes en opposition avec la volonté de Dieu qui nous l'a donnée. L'œil bien ouvert, entoute liberté, avec réflexion, nous appliquons notre intelligence à accomplir des actes, ou à proférer des paroles, ou à entretenir des pensées que nous savons contraires à la volonté de Dieu. Et, en conséquence, dans tout péché, il y a l'intelligence qui sait ce que nous faisons, la volonté qui consent à le faire, et la présence de l'esprit qui, pendant cette action, a deux objets devant lui: la loi et le Législateur; la loi de Dieu qui nous est connue, et celui qui a porté cette loi. Dieu luimême. De sorte que, de propos délibéré, voyant bien ce que nous faisons, de notre plein gré, nous violons

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la loi de Dieu à la face même de Dieu. Voilàla claire définition et l'explication du péché. Ici, je dois m'arrêter un instant pour me permettre une digression. Nos dernières générations sont devenues fécondes en impiété et en immoralité d'un genre prodigieux. Parmi leurs oeuvres impies et immorales, il est une école de pestilence et d'irréligion, qui avec une audace inconnue jusqu'ici dans le monde chrétien, s'en prend en ce moment aux bases mêmes de la société humaine et de la loi divine. On parle depuis un certain temps de ce qu'on appelle la morale indépendante. Que supposez-vous que puisse être une morale indépendante? Elle signifie la loi des mœurs prise en dehors du Législateur. C'est un orgueilleux système de philosophie qui prétend fixer ce qui est bien et ce qui est mal, sans tenir aucun compte de Dieu, le Créateur de la loi . Et quelle est le but de cette théorie ? C'est de se débarrasser du Christianisme, de Dieu, du bien et du mal tout ensemble, et de ramener toute la morale à la raison. D'autant plus, nous dit-on, que les enseignements de la raisonhumaine varient à travers le monde, et changent d'une génération à l'autre. Une telle philosophie est la négation et la destruction des bases de la morale elle-même. Or. je ne me serais pas détourné de mon sujet pour parler de ce monstrueux phénomène d'immoralité et d'impiété si, en ce moment, on ne tentait d'introduire en Angleterre, en la voilant, cette subtile négation de

toute morale chrétienne et naturelle. L'autre jour seulement, je lisais ces mots : « Dans l'éducation du peuple, il n'est pas possible vraiment, au point où en sont les choses d'enseigner la morale sans enseigner la doctrine, parce que le peuple Anglais est tellement habitué à ne point séparer la morale de la doctrine, qu'il n'a pas encore été possible de lui apprendre une autre base de la morale. » A Dieu ne plaise qu'on le puisse jamais ! Le sens de ces paroles est celui-ci : Enseignez aux enfants à distinguer le bien et le mal, mais ne leur dites rien de Dieu, rien du Législateur ; apprenez-leur à connaître le bien et le mal, si vous voulez, mais pas un mot de Jésus-Christ. — Qu'est-ce que cela, si ce n'est une stupidité en même temps qu'une impiété ! Car enfm, les mœurs ne consistent pas dans les rapports aveugles, inconscients, insensibles, que nous avons avec les bûches de bois et les pierres ; mais dans les rapports de devoir et d'obligation que nous avons avec le Législateur vivant, qui est notre Créateur et notre Rédempteur. 11 n'y a pas de morale si ce n'est dans les rapports entre Dieu et l'homme, entre l'homme et son semblable. Morale signifie rapports et devoirs entre des êtres vivants et moraux. Et cette morale indépendante, cette morale sans Dieu pour les enfants des écoles est une impiété sans bornes, si elles n'est pas la stupidité de l'incroyance. Je ne pouvais m'empêcher d'en dire un mot en passant. Revenons maintenant à notre sujet.

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II. J'ai à établir deux distinctions dans la nature du péché. Il y a ce qu'on appelle les péchés formels, et ce qu'on appelle les péchés matériels. Vous verrez plus tard l'importance de cette distinction.

I. Cherchons d'abord à comprendre ce que c'est qu'un péché formel. Ce terme désigne un péché commis avec une pleine connaissance de ce qu'on fait et un plein consentement. De sorte que plus un homme est éclairé, et mieux il connaît la loi et le Législateur , plus grave est la culpabilité de sa désobéissance. Dieu avait créé les saints Anges avec la pleine connaissance et la pleine lumière de sa présence : ceux que leur révolte a fait tomber de la perfection , furent formellement coupables , en proportion de cette connaissance angélique qui les laissait sans excuse. Tous ceux qui ont la claire lumière pour connaître ce que c'est que la loi, et qui cependant la violent, sont coupables, comme Pierre fut coupable de renier son Maître, et comme Judas fut coupable de le vendre: tous deux furent d'autant plus coupables qu'ils avaient reçu plus de lumières. Ceux qui connaissent la loi naturelle et qui la violent, sont coupables, parce que la loi est écrite dans leur conscience. Ceux qui violent la loi chrétienne, connaissant les enseignements de la foi, sont d'autant plus coupables qu'ils les connaissent mieux. Et, plus que tous, ceux qui ont la pleine lumière de la foi catholique, s'ils transgressent les lois de Jésus-Christ,

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sont les plus coupables sur la terre. La mesure de vos connaissances vous donne celle de vos fautes ; vous êtes d'autant plus coupables que vous avez reçu des lumières plus abondantes.

Le péché est donc formel quand il est commis avec connaissance et consentement. Maintenant, qu'est-ce que c'est que les péchés matériels? Les mêmes actes accomplis sans connaissance suffisante ou sans intention. Deux hommes peuvent faire absolument la même action: l'un sera coupable devant Dieu et l'autre ne le sera pas. Si, dans les ténèbres, je crois abattre un arbre, et que, avec ma hache, je tue un homme, je ne suis pas un meurtrier. J'ai commis un homicide dans la nuit et sans intention. Et si l'homme que j'ai tué se trouve être mon père, je ne suis pas un parricide. Cependant l'acte que j'ai accompli est matériellement un acte de meurtre et de parricide. Le caractère de culpabilité est donc purifié, enlevé à l'action, si je ne sais pas ce que je fais, ou si je n'ai pas l'intention de le faire. Notre divin Sauveur a prié en ces termes pour le plus grand crime qui fut jamais commis sur la face de la terre : ^< Père, pardonnez-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. » Dans sa divine compassion, il priait pour ses bourreaux. L'Apôtre, parlant de lui, s'exprime ainsi: « Lui, qu'aucun des princes de ce monde n'a connu; car s'ils l'avaient connu, ils n'auraient pas crucifié le Roi de Gloire. » C'est-à-

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dire que, parmi la foule, le plus grand nombre ne savaient peut-être pas ce qu'ils faisaient; et cette divine prière de compassion nous révèle de la part de Dieu une loi de justice et de pitié pour les ignorants.

Il n'en est pas moins vrai que ceux qui connaissent ou qui auraient pu connaître, sont coupables, car nous aurons à rendre compte, non-seulement de tout ce que nous savons; mais encore de tout ce que nous aurions pu savoir, et que, par conséquent, nous devrions savoir.

C'est là ce que vous entendez par ignorance vincible ou invincible. L'ignorance, si elle est invincible, empêche nos actions d'être coupables, car alors nous ne pouvons pas la vaincre. Si nous ne pouvons pas acquérir plus de lumières. Dieu, dans son infmie miséricorde, lors même que nous aurions commis une faute matérielle, ne nous en demandera pas compte comme si c'était une faute formelle. Mais il y a un autre genre d'ignorance qu'on appelle vincible, parce que nous pouvons en triompher si nous employons les moyens voulus pour nous éclairer. Et Dieu a mis à notre portée les moyens de science suffisante, si nous voulons chercher avec soin à l'acquérir. Maintenant, faisons l'application de ces principes.

En Orient, il y a des églises qui étaient autrefois en communion avec l'Eglise Catholique. Elles en sont séparées depuis des siècles. Parmi ces églises.

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quelques unes ont rompu avec la foi catholique sur des articles touchant la Sainte Trinité et l'incarnation. Degénération en génération, des millions de personnes sont nées dans cet état. Elles n'ont jamais eu connaissance de la vérité complète ; elles n'ont jamais été en union avec la seule vraie Eglise. Les fidèles croient que Dieu s'est révélé dans le Christianisme, et ils sont persuadés que l'enseignement qu'on leur a donné dans leur enfance, est cette révélation même. Ils sont convaincus que Dieu a une Eglise sur la terre, et que l'Eglise dans laquelle ils se trouvent, est bien cette Eglise de Dieu. Les simples, les ignorants, tous ceux qui n'ont pas le moyen de mieux s'instruire, — et nous avons toutes sortes de raisons, aux yeux de Dieu, de croire qu'ils sont dans la bonne foi, — vivent et meurent dans cette bonne foi. Dieu, dans sa miséricorde, — nous pouvons l'espérer, — ne leur demande pas le même compte que s'ils avaient eu préalablement le moyen de connaître la vérité tout entière. Mais prenons un exemple plus près de nous.

C'est ma consolation et ma joie, — je ne me lasse pas de le répéter, et avec plus de confiance à mesure que j'avance en âge, — de penser que, pendant ces trois derniers siècles, des multitudes de nos compatriotes, qui sont nés hors de l'unité de la foi, croient néanmoins en toute confiance et de tout cœur, que Dieu s'est rév.élé en Jésus-Christ, qu'on leur a enseigné dès leur enfance cette révélation, qu'il a établi une

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Eglise sur la terre, et que cette Eglise que, dans le Credo de leur baptême, ils appellent la sainte Eglise Catholique, est bien l'Eglise dans laquelle ils ont été baptisés, élevés et instruits. Ma consolation est de croire que ces personnes en grand nombre sont dans la bonne foi et que Dieu, dans sa miséricorde, aura des égards pour elles. Car je sais ce que sont les préjugés de l'enfance et d'une éducation qu'on a égarée avec soin; ce que c'est que le pouvoir et l'influence des parents et des maîtres de l'autorité publique, de l'opinion et de la loi. Avec quelle facilité ces influences peuvent créer dans les âmes la conviction qu'elles sont dans le vrai, qu'elles ont la seule vraie foi, qu'elles appartiennent à l'unique Eglise dans laquelle seule se trouve le salut! Nous aimons à recommander ces âmes, — qui sont de bonne foi, — à l'amour de notre Père céleste. Elles sont, il est vrai, dans une erreur matérielle; et, sur plusieurs points, en opposition matérielle avec la vérité et la volonté du Sauveur. Comme elles ne le savent pas, et même, comme beaucoup, moralement parlant, ne peuvent pas le savoir, nous restons persuadé que le souverain Juge ne leur en demandera pas compte.

2. Voilà donc une première distinction entre le péché mortel et le péché matériel. Il faut que je vous en expose une seconde entre le péché .originel et le péché actuel. Qu'est-ce que le péché originel? C'est

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la transgression de la loi dans le chef de la race humaine, par suite de laquelle transgression nous naissons tous pécheurs devant Dieu et dans un état de privation. La violation de la loi dans notre chef est un péché, parce que Dieu, en créant l'homme, créa le genre humain. La race humaine était toute comprise dans ce premier homme. Le genre humain est né d'un seul chef, et ce chef devait hériter de toutes les bénédictions du royaume de Dieu en notre faveur: notre héritage reposait tout entier sur lui. S'il avait persévéré, par lui nous aurions hérité du royaume de Dieu; il est tombé, et par sa chute il a entraîné la perte de cet héritage pour tout le genre humain. Nous entendons des hommes de nos jours s'écrier: « Que peut-on voir de plus absurde que de croire que toute la race humaine est tombée parce que Adam a mangé une pomme? >/ Je cite les paroles dans toute la sotte impertinence du monde. Voyons un peu si les voies de Dieu ont besoin d'être justifiées. Dieu créa Adam et le plaça dans le Paradis, au milieu d'un jardin de délices. Il lui donna Lempire sur tous les arbres de ce jardin, un seul excepté. Telle fut la générosité de Dieu. Il ne dit pas : Tu peux manger des fruits de ce seul arbre, mais tu ne toucheras pas aux fruits des millions d'autres arbres qui sont dans le jardin, car du jour où tu en mangeras, tu mourras de mort. — Non, Dieu n'agit point avec la parcimonie d'an cœur humain, et ne donna pas à

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Adam la permission de ne manger des fruits que d'un seul arbre en lui défendant de toucher à des milliers d'autres. Non; il lui permit d'user de ceux qui étaient innombrables et ne lui en défendit qu'un seul. Y avait-il là quelque chose qui fût contraire à la raison? N'est-ce pas ce que vous feriez si vous vouliez éprouver l'obéissance de quelqu'un? N'est-ce pas ce que vous feriez et ce que font les hommes aujourd'hui quand, par un mouvement de générosité, ils abandonnent leurs droits sur le revenu d'un champ? Quand le monde parle avec impertinence, je puis lui répondre sur le même ton. Le propriétaire qui abandonne son champ, se contentant d'exiger une reconnaissance nominale, est loué par tous comme un homme généreux, comme un grand cœur aux nobles sentiments. Il agit en ami, sans aucune vue d'intérêt personnel, en cédant à un autre la jouissance et les richesses de son champ sur la simple reconnaissance qu'après tout ce champ lui appartient. Il ne se réserve que son droit de propriété. Or, qu'est-ce que Dieu a fait par ce commandement? IL s'est réservé son droit comme Souverain. Il s'est réservé son droit sur la soumission de l'homme qu'il a créé. Il lui a révélé, par cet ordre, qu'il avait autorité sur ce jardin et sur l'homme auquel il en abandonnait la libre jouissance. Il le soumit a l'épreuve; c'était la pierre de touche de sa fidélité. Bien plus, c'était une épreuve si légère qu'on peut

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dire qu'il n'y avait pas même tentation de violer la loi. S'il avait été interdit à l'homme de toucher à tous les arbres excepté un seul, il aurait été tenté à chaque pas. Tout arbre, sur lequel seraient tombés ses regards, aurait été une tentation nouvelle, et cette tentation l'aurait suivi, hanté partout. Dieu n'agit point de la sorte avec lui. Il ne lui interdit qu'un arbre, un seul. Ainsi il pouvait aller en tous sens, en pleine liberté, cueillant des fruits à tous les arbres, un seul excepté. Où est donc la tentation? Autant il y eut, de la part de Dieu, générosité divine, autant, de la part de l'homme, il y eut petitesse dans la désobéissance. C'est peut-être ma faute, mais je ne vois rien en cela qui soit incompatible avec la sagesse, la bonté, la souveraineté et la miséricorde de Dieu. Je n'y vois rien qui autorise l'impertinence du monde. Eh bien! oui, cette restriction était légère, et sans qu'il y eût tentation quelconque, Adam l'a violée. Il avait le bénéfice de sa perfection, la promesse de la vie éternelle et du royaume de Dieu, à la condition, comme je l'ai dit, de cette faible rétribution, de la simple reconnaissance de la souveraineté de son Créateur, et même à cette condition, il n'a pas voulu se soumettre.

Alors quelle fut la conséquence ? L'homme tel que Dieu l'avait fait, avait trois perfections. Il avait en premier lieu la perfection du corps et de l'âme. En second lieu, il avait la perfection plus sublime qui

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lui venait de l'habitation du Saint-Esprit dans son âme. Cette habitation établissait dans son âme l'ordre et la sainteté, et tenait ses passions dans une parfaite soumission à l'égard de la raison et de la volonté. Enfm il jouissait d'une troisième perfection provenant de cette perfection plus sublime, c'est-à-dire de l'immortalité dans son corps et de la parfaite intégrité dans son âme. Il avait donc ces trois privilèges: perfection naturelle du corps et de l'âme, perfection surnaturelle conférée par l'habitation de l'Esprit Saint en lui, et perfection préternaturelle de l'immortalité: par un seul acte de désobéissance l'homme perdit tout. Dès l'instant qu'il eut péché, l'Esprit de Dieu s'éloigna de lui ; son âme mourut parce qu'elle se séparait de Dieu; son immortalité fut perdue : l'intégrité ou l'harmonie de son âme fut pareillement détruite ; les passions se révoltèrent : la volonté devint faible ; l'intelligence troublée, et la nature de l'homme fut privée de sa perfection surnaturelle et de tous les privilèges qui en dérivaient. C'est làle sens de ces mots : ^< Le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort. » C'était la mort spirituelle et temporelle, suivie plus tard, à moins de repentir, de la mort éternelle.

Tout ceci nous montre la signification du péché originel en nous. Descendant de notre premier père, nous naissons privés de l'héritage de ces trois perfections que nous à fait perdre sa désobéissance. Nous venons en ce monde sans l'Esprit de Dieu; nous le

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recevons à notre baptême qui est notre seconde naissance. Par notre première naissance, « ce qui est de la chair est chair. » Nous avons, comme on les a appelées, les trois blessures d'Adam: ignorance dans l'intelligence, faiblesse dans la volonté, et trouble dans les passions. Tel est l'état dans lequel nous venons en ce monde, et par conséquent nous sommes spirituellement morts devant Dieu. Je ne vois là, comme je l'ai dit tout-à-l'heure que divine sagesse, et cette sagesse est justifiée aux yeux de ses enfants.

Ici, je veux répondre à la pensée qui pourrait peutêtre s'élever dans l'esprit de quelques-uns d'entre vous, au sujet des enfants morts sans baptême. On dit parfois : Comment peut-on croire que ces enfants qui meurent sans baptême puissent, sans aucune faute de leur part, aller aux tourments éternels ? Qu'à Dieu ne plaise! Les enfants qui meurent avec la seule faute originelle, — n'ayant jamais commis un péché actuel, — qui croit que ces enfants descendent dans un lieu de douleurs? Leur état éternel est un état de bonheur, bien que ce ne soit pas la vision de Dieu. Car nous ne connaissons aucune autre voie, par laquelle une âme puisse arriver à la vision de Dieu, que la génération de l'Esprit Saint. Si elle ne reçoit pas la grâce du saint Baptême, une âme n'est pas dans l'ordre surnaturel. Et nous ne pouvons pas affirmer que la grâce qui appartient à l'ordre surnaturel, s'étend à ceux qui meurent dans Tordre naturel. 11 est

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cependant certain que la privation qu'entraîne le péché originel, ne comporte rien des tourments dont la malice du monde accuse si souvent la foi chrétienne, dans le but de la combattre et de la dénigrer. Mais, bien que le péché originel ne soit puni que par une privation, tout péché actuel sera puni d'une peine actuelle. Ily a la peine delà privation qui accompagne le péché originel ; il y a la peine des sens qui accompagne le péché actuel. Tout péché actuel commis par les hommes sera puni d'un châtiment temporel ou éternel, car la peine suit le péché comme l'ombre suit le corps.

Venons enfm au péché actuel. Pour le comprendre, rappelons les principes par lesquels j'ai commencé. Le péché actuel est le désaccord voulu d'une créature avec la volonté connue de son Créateur; ce désaccord implique la lumière de l'intelligence, le consentement de la volonté, la connaissance de ce que l'on fait avec intention. La malice essentielle du péché est dans la volonté, et il y a une triple malice dans tout péché actuel commis par un chrétien. D'abord, il y a une malice contre Dieu le Père, qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, parce qu'il voulait devenir l'objet de son amour. Il l'a créé pour qu'il apprît à l'aimer, à le connaître, à le servir, à l'adorer, à lui devenir semblable, afm d'habiter avec lui pendant l'éternité. Le chrétien qui pèche contre Dieu, pèche contre son Créateur, préfère la créature au

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Créateur , c'est-à-dire lui préfère le monde , ses plaisirs et lui-même. Il met le culte de soi-même à la place du culte de Dieu, et en cela il commet une offense infmie, — lors même qu'il n'est qu'un être fmi, — parce que la personne contre laquelle l'offense est commise est un Dieu infini.

Le péché actuel renferme, en second lieu, une malice contre Notre - Seigneur Jésus - Christ le Rédempteur du monde. L'Apôtre dit que tout pécheur est « ennemi de la Croix de Jésus-Christ. ;/ Il dit: « Ceux qui se conduisent de la sorte, je vous en ai souvent parlé, et je vous en parle encore avec larmes, se conduisent en ennemis de la Croix du Christ. » (i) Et pourquoi? Parce que Jésus-Christ a souffert sur la Croix pour ces péchés mêmes que commettent ces homm.es. Le pécheur le cloue de nouveau sur la Croix. Les clous et le marteau n'étaient que les instruments matériels du crucifiement. La cause morale de ce supplice du Fils de Dieu fut le péché que nous avons commis, vous et moi. Et si nous commettons encore des péchés de ce genre, nous renouvelons de propos délibéré les causes qui ont cloué Jésus sur la Croix. L'Apôtre dit encore: ^^ Si celui qui a violé la loi de Moïse est condamné, combien donc croyez-vous que celui-là sera jugé digne d'un plus grand supplice, qui aura foulé

(i) Philip, m. i8.

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aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour une chose vile et profane le sang de l'alliance par lequel il avait été sanctifié, et qui aura fait outrage à l'esprit de la grâce. » (i) Le chrétien qui volontairement commet un péché blesse notre divin Sauveur. Il ouvre ses cinq plaies sacrées et les fait saigner de nouveau. D'un cœur plein d'une froide ingratitude, il renouvelle les douleurs qui causèrent l'agonie de Gethsémani et produisirent la sueur de sang.

Ce n'est pas tout encore : il y a dans le péché actuel une malice contre le Saint-Esprit. Tout péché qui se commet est contraire à la lumière et à la grâce du Saint-Esprit qui est dans la conscience. Là, trois degrés à distinguer: Nous pouvons contrister l'Esprit-Saint ; nous pouvons lui résister et nous pouvons l'étouffer en nous. Notre divin Sauveur a dit: « Tout péché et tout blasphème sera remis aux hommes; mais le blasphème contre le Saint-Esprit ne leur sera point remis. Et quiconque aura parlé contre le Fils de l'Homme, il lui sera remis; mais si quelqu'un parle contre le Saint-Esprit, il ne lui sera remis ni en ce siècle ni en l'autre. » (2) Or, quel est le sens de ces paroles? Un homme peut parler contre Jésus-Christ, oui, blasphémer son Sauveur, et l'Esprit Saint, l'ayant convaincu de péché, peut l'amener au repentir, le

(i) Hebr. X. 29.

(2) s. Mat. XII. 31. 32.

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faire revenir à Dieu, et son âme sera sauvée. Mais quiconque blasphème l'Esprit Saint, — qui est l'Esprit de pénitence, l'Esprit de pardon, l'Esprit qui absout le coupable, — celui-là renonce à toute dispensation de la grâce. Et dès lors, le péché qui ne sera jamais pardonné, c'est le péché d'impénitence. Tout péché dont on se repent sera pardonné. Mais le péché dont on n'a aucun repentir n'obtiendra jamais son pardon, ni dans ce monde, ni dans le monde futur.

En exposant ces principes, je crains bien de vous avoir dit des choses abstraites et peut-être ennuyeuses. Mais il m'est impossible de rendre clairement ce que j'ai à vous dire dans la suite, sans poser les premiers principes. Je ne ferai donc maintenant que l'application de ce que j'ai dit. Ici, se présentent deux conclusions pratiques.

I. Voici la première: L'homme le moins clairvoyant pour connaître ses propres péchés, c'est celui qui en est le plus chargé. Si un homme est atteint de la peste, il le reconnaît au changement de couleur de son épiderme.-S'il voit les écailles de la lèpre se former sur son bras, il peut prononcer qu'il est lépreux. Si un nuage obscurcit ses yeux, il peut dire qu'il va perdre la vue du ciel. Toutes les maladies du corps se font parfaitement bien connaître. Mais ce qui rend le péché subtil, dangereux et fatal, c'est qu'il se- cache. Nul ne voit si peu la lumière de la présence divine que celui qui est couvert de péchés.

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Plus les péchés sont nombreux, moins on voit clair. Lors même que toutes les perfections de Dieu, pareilles aux rayons du soleil qui entourent la tête d'un aveugle, enveloppent constamment les pécheurs, ils ne se rendent pas compte de sa présence. Ils ressemblent à Elymas le magicien qui ne voyait point sa propre impiété. Et parce qu'ils ne voient pas la lumière de Dieu, ils ne distinguent point ses perfections et par suite ne se voient pas eux-mêmes. Car la lumière pour se connaître soi-même vient de la lumière qu'apporte la connaissance de Dieu. Comment un homme connaîtra-t-il ce que c'est que le manque de sainteté, s'il ne sait pas ce que c'est que la sainteté? Comment saura-t-il ce que c'est que le mensonge, s'ils ne connaît pas la vérité? l'impureté, s'il ne connaît pas la pureté, ou l'impiété, s'il ne connaît pas quels sont nos devoirs envers Dieu, et ce que c'est que la majesté de ce Dieu que nous devons adorer? Plus la connaissance des perfections de Dieu est obscurcie en nous, moins nous avons de lumière pour nous connaître nous-mêmes? La conséquence est que, quand des hommes entendent parler comme je le fais en ce moment, ils disent: Voilà bien le tableau de mon voisin; — ceci s'applique bien à un tel. Ils ne se voient pas eux-mêmes dans le tableau. Vous pouvez leur dépeindre leur propre caractère, ils ne le reconnaîtront pas. Il y a en eux quelque chose qui obscurcit leur conscience: qu'est-ce que c'est?

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C'est que le péché hébète l'intelligence et le cœur. Il tire un voile et étend un brouillard sur les clartés de l'intelligence, et il trouble la vue de la conscience. Le péché est comme la ciguë : il atrophie le sens, au point que l'œil de la conscience commence à se clore, que l'oreille intérieure devient sourde et que le cœur s'assoupit. Quand par leur libre volonté, des hommes en sont arrivés à cet état, alors, vient le jugement de Dieu. « Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux et ne comprennent du cœur, et qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. Isaïe a dit ces choses, lorsqu'il a vu sa gloire, et qu'il a parlé de lui. (i). »

2. Une autre vérité : Personne ne voit plus clairement la nature du péché que ceux qui en sont le plus libres ; tout comme aucune intelligence ne connaît le péché avec autant de pénétration que Dieu lui-même. Notre divin Sauveur, Jésus-Christ, le Fils Immaculé de Dieu, connut le péché dans toute salaideur, mieux que jamais ne le connut un autre homme. Sa Mère Immaculée, — parce qu'elle était sans tache, — connut l'odieux du péché par la lumière de son intelligence et par la pure horreur qu'en éprouvait toute sa nature spirituelle. Il en est de même des Saints de Dieu, chacun selon le degré de sa sainteté. Et ainsi en est-il de vous : plus vous êtes libres du péché, plus vous le

(i) S. Jean xii, 40. 41.

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haïssez, mieux vous en comprenez et en saisissez la laideur. Si un jour dans votre vie vous avez commis le péché, — la distance qui vous sépare maintenant de votre vie passée, où vous avez rejeté loin de vous cet ancien caractère, au point de pouvoir dire que « le vieil homme >>a été purifié, que votre ancien état et votre vieille nature ne sont plus rien pour vous, que vous regardez ce passé comme odieux, comme effrayant, que ce qui avait été de votre enfance et de votre jeunesse n'est plus rien pour vous, maintenant, — cette distance vous donne la mesure de votre intelligence du péché. Vous pouvez regarder votre passé et comprendre vos péchés comme vous ne les compreniez pas alors. Quand vous arriverez au moment de la mort, vous verrez votre état présent et votre'vie actuelle dans une lumière plus vive et plus éclatante que celle qui vous éclaire maintenant. Portez donc vos regards vers la lumière de la présence divine, et priez Dieu qu'il vous fasse vous connaître, comme il vous connaît lui-même, vous voir comme il vous voit. Car, quand vous aurez découvert les plus graves de vos péchés, que seront-ils, comparés à ceux que Dieu découvre en vous? Ne croyons donc jamais que nous connaissons tous nos péchés, et n'allons pas nous imaginer que nous savons bien à quel point nous sommes coupables. Nous commençons seulement à l'apprendre, et nous devrons continuer à l'apprendre toute notre vie. Il est trois abîmes

qu'aucune capacité humaine ne peut sonder : l'abîme de notre culpabilité, l'abîme de notre indignité et l'abîme de notre néant. Si vous commencez à pénétrer dans ces trois abîmes, vous êtes heureux. Que voir combien vous êtes coupables ne vous effraie point, et pour la raison que voici : Qui est-ce qui vous le fait voir? C'est la lumière de l'Esprit de Dieu. C'est lui seul qui fouille le cœur, lui seul qui nous montre à nous-mêmes. Plus vous constatez combien vous êtes coupables, plus aussi vous êtes assurés de sa présence plus vous êtes certain qu'il est avec vous, qu'il est en vous et qu'il s'occupe de votre salut. Je vous donne une promesse et une garantie que, de tous les péchés que vous voyez en vous, ilvous aidera à vous repentir; et que tous les péchés dont vous vous repentez seront effacés par le sang Précieux de Jésus-Christ.

Donc, un dernier mot. Le premier conseil que je vous donne pour ce carême est celui-ci : Cherchez à vous connaître vous-mêmes; cherchez, pendant ces jours, à acquérir de vous-même une connaissance plus intime que vous ne l'avez jamais eue. Mettez-vous à ce travail comme si c'était la première fois. Prenez les dix commandements. Lisez-en la lettre; comprenez-en l'esprit. D'après cette règle divine, étudiez soigneusement votre vie, depuis votre enfance, depuis les premiers souvenirs de votre mémoire. Prenez les sept péchés capitaux : faites-en l'objet d'un sérieux examen, en actions, en paroles et en pensées. Priez l'Esprit de

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Dieu dont Tœuvre et la mission sont de convaincre le monde de péché. Priez chaque jour, pendant ce carême, matin et soir, que l'Esprit de Dieu éclaire A^otre raison pour lui faire comprendre la nature du péché, et qu'il touche votre conscience au point de vous faire connaître quels péchés vous avez en vous. Demandez-lui que la lumière de la présence divine descende sur vous comme la lumière du soleil en plein midi, afm que vous puissiez voir non seulement les grandes lignes de vos péchés, mais encore vos fautes les plus légères, les plus secrètes et les plus subtiles, comme nous voyons des papillons voltiger au soleil. Plus la présence de Dieu sera avec vous, plus la lumière de ses perfections brillera en vous, plus aussi vous pénétrerez en vous-mêmes. Le Patriarche Job avait longtemps vécu dans la prière, en conversation et en communion avec Dieu ; il avait été cruellement affligé, ce qui est une école qui, plus que tout autre, apprend aux hommes à se connaître : malgré tout cela, à lafm de ses épreuves, quand Dieu lui parla et lui fit sentir sa présence en lui, Job s'écria : «Mon oreille vous a entendu ; mais maintenant je vous vois de mes propres 3^eux. C'est pourquoi je m'accuse moi-même et je fais pénitence dans la poussière et dans la cendre (i). »

(i; hj^> ALU. 5. 6.

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